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Text on one page: Few Medium Many
M. Faugre a fait rechercher le manuscrit du discours de
Mme Roland, dans les archives de l'Acadmie de Besanon. Il a publi ce
travail indit dans son dition des _Mmoires_ de Mme Roland. 1864.]

Ce n'est pas dans la prdominance absolue de la sensibilit, c'est dans
l'harmonie du coeur et de la raison qu'est le secret de la vritable
ducation, mais il n'appartient pas la philosophie naturelle, de
livrer ce secret.

Tandis que les philosophes dissertaient sur l'ducation, tandis que
des mres mondaines s'essayaient appliquer les thories de Rousseau,
quelques familles, bien rares il est vrai, continuaient de chercher les
traditions ducatrices leur vritable source: le christianisme. J'aime
remarquer ces traditions dans la postrit du chancelier d'Aguesseau.
Un esprit suprieur avait toujours distingu les femmes de cette
famille. La femme et la soeur du chancelier nous apparatront plus tard.
Sa fille ane, la future comtesse de Chastellux, reut chez les dames
de Sainte-Marie de la rue Saint Jacques, une solide instruction. Rentre
dans sa famille, elle se livra d'elle-mme de fortes tudes. Son pre
l'y encourageait: J'espre, lui crivait-il, que vous humilierez par
vos rponses la vanit de vos frres, qui croient tre d'habiles gens,
et que vous leur ferez voir que la science peut tre le partage des
filles comme des hommes. Ce serait l un avis un peu tmraire s'il ne
trouvait son correctif dans cette autre phrase: Ce que je trouve
de beau en vous, ma chre fille, c'est que vous ne ddaignez pas de
descendre du haut de votre rudition, pour vous abaisser faire tourner
un rouet. Plus tard, le chancelier s'intressait la prdilection
que sa petite-fille, Mlle Henriette de Fresnes, avait pour l'histoire
ancienne et particulirement pour ce qui concernait l'gypte. Il se
plaisait au style de cette jeune personne, mais il la flicitait aussi
de garder le got des occupations mnagres: Je suis ravi de voir que
vous savez _ptisser_ aussi bien qu'crire, et que vous cherchez
de bonne heure imiter les moeurs des femmes et des filles des
patriarches. Vous me permettrez cependant de prfrer toujours les
ouvrages de votre esprit ceux de vos doigts[84].

[Note 84: D'Aguesseau, _Lettres indites_. A Mlle d'Aguesseau, 13
octobre 1712; Mlle Henriette de Fresnes, 4 janvier et 27 fvrier
1745; et dans le mme ouvrage, _Essai sur la vie de Mme la comtesse de
Chastellux_, par Mme la marquise de la Tournelle, sa fille.]

Mlle Henriette de Fresnes. qui devint la duchesse d'Ayen, trouvait donc,
dans les traditions de sa famille, une plus sre mthode d'ducation que
celle de l'_mile_. Elle l'applique avec la sollicitude maternelle la
plus claire. En levant ses cinq filles, la duchesse fortifie leur
jugement, fait planer leurs mes au-dessus des intrts terrestres, et
leur apprend qu'il faut tout sacrifier la vertu. Elle lit avec ses
filles les pages les plus loquentes des anciens et des modernes, ainsi
que les plus belles oeuvres de la posie. Elle forme elle-mme ces
admirables mres qui, travers la tourmente de la Rvolution, gardent
ses enseignements pour les transmettre notre sicle: Mme de La
Fayette, Mme de Montagu; Mme de Montagu qui disait ses filles que la
vrit ne nous est pas donne seulement pour orner notre esprit, mais
pour tre pratique[85]. Belle dfinition qui rsume tout ce que la
vieille ducation franaise nous a donn de meilleur.

[Note 85: Anne-Paule-Dominique de Noailles, marquise de Montagu.]

Du XVIe au XVIIIe sicles, quelles jeunes filles produira d'une part
l'ducation mondaine, de l'autre l'ducation domestique?

Au XVIe sicle, la premire de ces ducations nous offre, dans son
expression typique, la fille d'honneur attache une reine ou une
princesse. Elle figure dans les ballets, elle assiste aux tournois; ou,
bien, cheval, la plume au vent, elle escorte avec ses compagnes la
litire d'une royale voyageuse. Elle porte gaiement la vie, la mort
mme; et, vaillante, elle fait de sa tendresse le prix de la valeur
guerrire. Mais, dans l'_escadron volant_ de Catherine de Mdicis, elle
met moins haut prix son amour, et sert l'astucieuse politique de la
reine pour sduire les hommes qu'il faut gagner[86].

[Note 86: Brantme, les deux livres des _Dames_; Marguerite de
Valois, reine de France et de Navarre, _Mmoires_.]

La lgret des filles d'honneur pouvait aller jusqu' la plus
effroyable immoralit. Brantme nous en donne des preuves suffisantes.
Ne nous montre-t-il pas de ces jeunes filles buvant dans une coupe o un
prince a fait graver les scnes les plus immorales! Si quelques-unes de
ces jeunes filles dtournent les yeux, d'autres regardent effrontment,
changent tout haut d'ignobles rflexions, et osent mme tudier les
infmes leons qui leur sont prsentes[87]!

[Note 87: Brantme, _Second livre des Dames_.]

Sous Louis XIV, la dpravation, pour tre moins honte, n'en existe
pas moins parmi les filles d'honneur. Elles sont exposes ou s'exposent
elles-mmes aux hommages outrageants. La marchale de Navailles est
oblige de faire murer l'escalier qui mne le jeune roi chez les filles
d'honneur.

Mais dans les familles demeures patriarcales, d'autres habitudes
prparent dans la jeune fille la gardienne du foyer. Au sein de
l'austre retraite o la protge l'honneur domestique, elle verra dans
la vie, non cette fte perptuelle que rvent les filles de la cour,
mais une rude preuve laquelle elle doit prparer son me.

Dans les familles mme qui ne prennent de la cour que l'lgance et qui
en repoussent la corruption, la jeune fille conserve cette grce suave
et chaste, cette dignit et cette simplicit, cette douceur et cette
force morale que lui avait donne le moyen ge. Il s'y joint mme
quelque chose de plus dans ce milieu d'une distinction souveraine.
Quand, aux attraits de la vierge chrtienne, venaient s'unir les dons
exquis de l'intelligence, le charme des nobles manires et du gracieux
parler, on avait dans son expression la plus accomplie le type de la
jeune fille franaise.

Au XVIe sicle et au commencement du XVIIe, les luttes du temps font
souvent prdominer chez la jeune fille la force sur la douceur.
Corneille dut peindre d'aprs nature ces _adorables furies_ qui, tout
entires la vengeance d'un pre, immolent cette vengeance leurs plus
tendres sentiments, et sacrifient un faux point d'honneur les lois de
la misricorde, celles de la justice mme. Mais, ct de ces natures
ardentes, le doux type de la jeune fille subsiste toujours, et des
temps plus calmes permettront de le voir plus souvent dans sa paisible
srnit. Racine l'avait sous les yeux en dessinant Iphignie. Molire
le respecta gnralement dans ses comdies. Nobles ou bourgeoises, la
plupart de ses jeunes filles, gracieuses et modestes comme Iphignie,
ont comme celle-ci la tendresse filiale, le respect de la volont
paternelle, la force des gnreuses renonciations. Sans doute le pote
comique ne leur demande pas d'immoler leur vie,--ce n'tait pas son
rle,--mais elles savent sacrifier leurs sentiments les plus chers au
souvenir d'un pre, au repos d'un fianc. Nous retrouverons encore
cette touchante figure de la jeune fille franaise dans la socit
artificielle du XVIIIe sicle, cette socit, tour tour, et mme
la fois, sentimentale et spirituellement lgre; et Bernardin de
Saint-Pierre immortalisera dans sa Virginie ce type de la tendresse,
du dvouement et de la cleste puret qui, devant une mort soudaine et
terrible, fait refuser la jeune fille le salut qui l'alarme dans les
plus intimes dlicatesses de sa pudeur.

Et si nous passons dans la vie relle, que de ravissantes figures depuis
ces jeunes filles du XVIe sicle qui allient les plus humbles devoirs
domestiques au culte des lettres, jusqu' ces nobles cratures du
XVIIe et du XVIIIe sicles, Louise de la Fayette, Marthe du Vigean,
Louise-Adlade de Bourbon-Cond, anges de la terre qui s'envolent vers
les saintes rgions du clotre sans que leurs blanches ailes aient
reu la moindre poussire terrestre! Et, au milieu de la tourmente
rvolutionnaire, que de touchantes physionomies encore, depuis
cette _Jeune Captive_ dont Andr Chnier recueillit, dans sa posie
enchanteresse, les mlancoliques regrets et les invincibles espoirs[88];
jusqu' Madame lisabeth de France et ses glorieuses mules qui, devant
l'chafaud, immolent avec un sublime courage ces mmes regrets, ces
mmes espoirs, et prouvent que le pays de Jeanne d'Arc n'a pas cess
d'enfanter des vierges-martyres!

[Note 88: Bien que l'hrone de ce pome, Mlle de Coigny, n'ait pas
gard dans la suite de sa vie le charme que nous a rvl Andr Chnier,
elle est toujours reste, comme l'a dit M. Caro, la jeune fille
immortalise par le pote, _la Jeune captive_. Caro, _la Fin du XVIIIe
sicle_.]

Sans doute, comme nous l'avons remarqu, les tendresses du foyer seront
souvent comprimes pour la jeune fille. Mais ces tendresses dborderont
plus d'une fois. On verra des Antigones soutenir leurs parents
infirmes[89]. L'amour filial, l'amour fraternel auront leurs hrones,
comme la gnreuse soeur de Franois Ier captif, comme la duchesse de
Sully pendant la Fronde, Mlle de Sombreuil et Mlle Cazotte pendant la
Rvolution.

[Note 89: Mme la baronne d'Oberkirch, _Mmoires; les savants
Godefroy_. Mmoires d'une famille, etc.]

Mme de Miramion, qui n'avait que neuf ans lorsqu'elle perdit sa mre, en
devint malade de chagrin; et toute sa vie, sa figure, de mme que son
esprit, garda la mlancolique impression de ce souvenir. Ds le jeune
ge o elle fut prive de sa mre, elle devait regretter de ne l'avoir
pas assez aime[90].

[Note 90: Rcit de la vie de Mme de Miramion, crit par elle-mme,
d'aprs l'ordre de son directeur, M. Jolly, 1677. Bonneau-Avenant, _Mme
de Miramion_.]

En aimant ma mre, j'ai appris aimer la vertu, dira dans une maladie
mortelle Mme de Rastignac, fille de la duchesse de Doudeauville. J'ai
toujours cru entendre la voix de Dieu quand elle me parlait, et en lui
obissant, c'est sa volont que j'ai cru faire.

Les terreurs de la mort agitent la jeune femme: Restez avec moi,
dit-elle l'admirable mre qui a inspir un tel loge.



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