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Text on one page: Few Medium Many
de M. Chérnel, t. II, ch.
XXXVII; VI, XXIII.]

Ces abus n'existaient pas dans les familles où régnait l'esprit
chrétien. Mère de neuf filles, la maréchale de Noailles né voulut
forcer la vocation d'aucune d'elles. Une seule reçut l'appel divin et y
répondit[101].

[Note 101: E. Bertin, _les Mariages dans l'ancienne société
française_.]

Dans ces pieuses familles, les filles sont dotées par leur père, soit
de son vivant, soit par disposition testamentaire. On en voit même qui,
conformément au droit romain, reçoivent du testament paternel une part
égale à celle de leurs frères. Tel exemple nous est offert dans la
famille des Godefroy. Nous voyons aussi dans cette famille une fille
tendrement dévouée à ses parents et qui reçoit de sa mère «en avancement
d'hoirie deux rentes au capital de 10,400 livres.» Son père lui avait
déjà légué «hors part,» divers domaines; et cependant elle avait des
frères[102].

[Note 102: _Les savants Godefroy_. Mémoires d'une famille, etc.]

A la mort du père, le fils aîné devient chef de la famille. Plus d'un se
souvient que le testament de son père a légué ses soeurs à sa tendresse.
Plus d'un aussi sans doute, selon la touchante pensée de Mme du
Plessis-Mornay, témoignera à ses soeurs par son amour fraternel, l'amour
filial que lui inspirait une mère regrettée[103]. Chef de la maison, le
frère aîné dote sa soeur. Dans une famille pauvre des frères se cotisent
pour remplir ce devoir. Par testament le frère lègue à la soeur des
rentes viagères ou autres[104].

[Note 103: Mme du Plessis-Mornay, _Mémoires_.]

[Note 104: Les frères du Laurens. Manuscrit de Jeanne du Laurens. Ch.
de Ribbe, _une Famille au XVIe siècle_; id., _les Familles et la Société
en France avant la Révolution; les savants Godefroy_.]

La fille n'a-t-elle pas de frère et le père a-t-il désigné dans sa
famille un héritier, elle épouse celui ci, fût-ce un oncle âgé.

Si le droit d'aînesse a échappé à l'influence du droit romain, ce
dernier domine dans la condition de la femme, surtout au XVIe siècle.
A cette époque le sénatus-consulte Velléien qui défend à la femme de
s'engager pour autrui, règne aussi bien dans les pays de droit coutumier
que dans les pays de droit écrit. L'ordonnance de 1606 l'abrogera
implicitement; mais cette ordonnance ne sera pour ainsi dire appliquée
que dans les provinces du centre. Louis XIV en étendra l'application
sans toutefois la rendre générale[105].

[Note 105: Gide, _Étude sur la condition privée de la femme dans
le droit ancien et moderne et en particulier sur le sénatus-consulte
Velléien_. Paris, 1867.]

Les pactes nuptiaux subissent aussi l'influence romaine, tout en gardant
le principe germain de la communauté. Suivant que les pays sont de droit
coutumier ou de droit écrit, ce régime prévaut dans les premiers et le
régime dotal dans les seconds[106].

[Note 106: Un jurisconsulte a établi en France quatre espèces de
pays sous le rapport de la communauté: 1° les pays de droit coutumier,
principalement ceux que régissait la coutume de Paris ou d'Orléans;
«là, la communauté était le droit commun, à défaut de stipulation
contraire...

«2° D'autres pays coutumiers, tels que ceux de Bretagne, d'Anjou, du
Maine, de Chartres et du Perche; là, la communauté ne formait le droit
commun que si le mariage avait duré _an_ et _jour_.

«3° Les pays de droit écrit; là, la communauté n'avait lieu qu'en cas de
stipulation expresse; le régime dotal était le droit commun;

«4° Le pays de Normandie, où il n'était pas même permis de stipuler le
régime de la communauté (art. 330, 389 de la coutume). Armand Dalloz
jeune. _Dictionnaire général et raisonné de législation et de
jurisprudence_, t. I. _Communauté_.]

Nous voyons dans certains contrats la dotalité romaine se mêler à la
communauté coutumière. Mais c'est la loi romaine qui l'emporte quand
elle défend aux époux, après leur mariage, les dons, les avantages, les
contrats mutuels.

Comme le remarque M. Gide, l'autorité maritale s'affaiblit par les
restrictions que subit le régime de la communauté. Cependant les
romanistes d'alors ont une si faible idée de la capacité féminine,
qu'ils s'accommodent d'un élément germain, le pouvoir marital, «pour en
faire une sorte de tutelle à la romaine.» L'épouse devient une pupille,
non plus, comme dans la communauté coutumière, à cause de sa faiblesse
physique, mais à cause de l'infériorité morale que lui attribue l'esprit
romain. Cette tutelle est pour la femme, aux yeux des romanistes, «un
droit et un bénéfice.»

Si l'épouse agit seule, la loi juge que c'est sans volonté suffisante.
La femme elle-même peut «attaquer le contrat.» Mais la tutelle n'étant
plus maintenue que dans l'intérêt de l'épouse, ne rend plus le mari
maître des biens du ménage, comme il l'était dans l'ancienne communauté
coutumière.

La communauté n'est donc plus une suite nécessaire du pouvoir marital.
«Elle ne résulta plus que des conventions nuptiales qui purent, au gré
des parties, la restreindre ou l'exclure[107].»

[Note 107: Gide, _ouvrage cité_.]

Tant que les familles vivent sur leurs terres ou mènent dans les villes
une existence modeste, les dots sont faibles. Au XVIe siècle, 60,000
livres constituent une dot considérable. Ceux qui alors recherchaient
les grosses dots en furent punis par les caprices impérieux de leurs
riches compagnes: «Pourtant, dit Montaigne, treuve le peu d'advancement
à un homme de qui les affaires se portent bien, d'aller chercher une
femme qui le charge d'un grand dot; il n'est point de debte estrangiere
qui apporte plus de ruyne aux maisons: mes predecesseurs ont communément
suyvi ce conseil bien à propos, et moy aussi[108].»

[Note 108: Montaigne, _Essais_, I. II, ch. VIII. Comp. au siècle
suivant, La Bruyère, XIV.]

La mère d'André Lefèvre d'Ormesson reçut en 1559 une dot de 10,000
livres. Son fils, qui nous l'apprend, dit à ce sujet «que son père avoit
recherché le support et l'alliance, plus que les richesses[109].»

[Note 109: Cité par M. de Ribbe, _les Familles et la Société en France
avant la Révolution_.]

Une autre famille de robe, celle des Godefroy, nous montre la
progression des dots depuis le XVIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe. En
1535, la fille de Pierre Lourdet, «pourvu d'une charge dans la maison
Royale,» apporte en dot, à Léon Godefroy de Guignecourt, «un capital de
4,000 livres tournois, un demi-arpent de vignes à Antony, le quart d'une
maison rue de la Bucherie, quelques menues rentes, quatre cents livres
de biens meubles et _deux robes_, l'une d'escarlatte, l'autre noire. Le
contrat lui assure un douaire de cent soixante livres de rente s'il y
a enfants, de deux cents au cas contraire, rachetable sur le pied du
denier dix.»

En 1610, Théodore Godefroy épouse Anne Janvyer, fille d'un conseiller
secrétaire du roi, et celle-ci lui apporte 6,000 livres tournois. Son
fils se marie en 1650 avec la fille d'un écuyer, Geneviève des Jardins
dont la dot, considérée comme modique, est évaluée à 14,000 livres;
il est vrai que dans ce chiffre ne figurent que 4,000 livres d'argent
comptant; des rentes diverses, des meubles, du linge, de la vaisselle
forment le reste de la dot. En 1687, la fille de ce Godefroy,
Marie-Anne, a 10,000 livres de dot, plus 1,000 livres de meubles et de
hardes qui lui appartiennent: «Chacun des époux met un tiers de son
apport dans la communauté. Un préciput de 1,200 livres en deniers ou
meubles est réservé au prémourant. La veuve aura un douaire de 400
livres de rentes et l'habitation dans la maison seigneuriale de
Champagne.» Alors que Marie-Anne était toute jeune fille, un mariage
manqua pour elle, faute de 1,000 écus de dot. Son frère, Jean Godefroy
d'Aumont, épouse en 1694 une femme dont la dot est de 16,000 florins que
représentent des terres, des rentes et quelque peu d'argent comptant. Le
contrat assure une pension à l'époux survivant.

Au XVIIIe siècle les dots sont beaucoup plus considérables. En 1720,
Claude Godefroy du Marchais, frère de Marie-Anne et de Jean Godefroy,
s'unit à une fille de robe qui lui apporte, avec une dot de 36,000
livres provenant de la succession paternelle et de ses épargnes, 15,000
florins que sa mère lui donne en avancement d'hoirie. Comme son fiancé,
elle met «18,000 livres dans la communauté. Le survivant pourra prélever
sur les meubles un préciput de 6,000 livres en argent ou en nature à son
choix et après estimation. Si c'est la femme, elle retirera en plus ses
habits, linge, et bijoux, et aura un douaire de 1,500 livres de rente.»
En 1769, la fille de Godefroy de Maillart a une dot de 150,000 livres en
meubles et en immeubles[110].

[Note 110: _Les savants Godefroy_, Mémoires d'une famille pendant les
XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.]

Ces divers contrats sont d'autant plus curieux que certains d'entre
eux nous offrent la combinaison de la communauté coutumière et de la
dotalité romaine.

Nous avons remarqué que c'est une famille de robe qui nous a offert,
avec ces contrats, les chiffres qui établissent la progression des dots,
du XVIe siècle au XVIIIe. Dans la noblesse de cour, sous Louis XIV, une
dot de 60,000 francs, cette dot qui était considérable au XVIe siècle,
est regardée comme bien modique. On voit des dots de 200,000, 300,000,
400,000 francs. Mais ces grosses dots sont néanmoins des exceptions.
Aussi les filles qui les apportent sont-elles ardemment convoitées
à cette époque où le luxe de la vie des cours entraîne aux folles
dépenses. Le gentilhomme endetté recherche l'héritière. Une fille laide,
bossue, mais grandement dotée, trouve «non seulement un mari, mais un
ravisseur[111].» Un jeune homme épousera une vieille femme riche, quitte
à la maltraiter si elle ne meurt pas assez vite après l'avoir enrichi et
l'avoir délivré de ses créanciers[112].

[Note 111: Ernest Bertin, _les Mariages dans l'ancienne société
française_.]

[Note 112: La Bruyère, XIV.]

En général cependant, c'est plutôt par ambition que par avarice que les
gentilshommes se marient au XVIIe siècle. Eux aussi, ils cherchent,
comme au XVIe siècle, «le support et l'alliance», mais c'est surtout
pour parvenir plus rapidement aux honneurs.



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