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Mais d'autres portraits du XVIe
sicle, dus Clouet ou son cole, tmoignent que les femmes de
la cour savaient lutter d'lgance avec une souveraine lgitime ou
illgitime.

[Note 154: Au muse du Louvre.]

[Note 155: Miniature cite par M. Frank dans son dition de _la
Marguerite des Marguerites_.]

Des aiguillettes d'or et des plumes ornent la robe de velours noir que
porte Silvie Pic de la Mirandole, comtesse de la Rochefoucauld; des
perles d'or accompagnent la plume blanche d'une toque en velours noir
pose sur sa blonde chevelure crpe; et le petit col pliss qui donne
cette toilette un caractre de simplicit, n'empche pas la jeune
comtesse de porter au cou un cercle d'or cisel o chatoient les
pierreries[156].

[Note 156: Au muse du Louvre.]

Les femmes d'alors, peintes aussi bien que pares[157], se condamnaient
dj de vritables supplices pour obir la mode. Comme les
contemporaines de Tibulle, une femme de Paris se fait escorcher pour
donner son visage une nouvelle peau. On n'avait pas encore invent
_l'maillage_. Il y en a qui se sont faict arracher des dents visves et
saines, pour en former la voix plus molle et plus grasse, ou pour les
renger en meilleur ordre. Combien d'exemples du mespris de la douleur
avons nous en ce genre! Que ne peuvent elles, que craignent elles, pour
peu qu'il y ayt d'adgencement esperer en leur beault[158]! Montaigne
qui nous rvle avec son indiscrtion ordinaire, tous ces petits
secrets, nous en apprend bien d'autres. Il a vu des femmes avaler
jusqu' du sable et de la cendre pour avoir le teint ple! Il juge aussi
que ce doit tre supplice d'enfer que ces corps de baleine qui
serraient la femme ouy quelques fois en mourir. Ces dtails ne sont
malheureusement pas tous pour nous de l'archologie....

[Note 157: Marguerite d'Angoulme, l'_Heptamron_.]

[Note 158: Montaigne, _Essais_, livre I, ch. XLI.]

Que de temps perdu dans ces soins idoltres que la femme prend de sa
personne! Je veoy avecques despit, en plusieurs mesnages, monsieur
revenir maussade et tout marmiteux du tracas des affaires, environ midy,
que madame est encores aprez se coeffer et attiffer en son cabinet:
c'est faire aux roynes; encores ne say je: il est ridicule et injuste
que l'oysifvet de nos femmes soit entretenue de nostre sueur et
travail[159].

[Note 159: Id., _Id._, livre III, ch. IX.]

Ce luxe, cette oisivet de la femme amnent la ruine de la maison, et
ce n'est pas seulement la ruine, c'est le dshonneur, c'est le stigmate
infamant du vol. coutons la voix austre du chancelier de l'Hpital.
Tandis que la femme s'habille sans regarder sa fortune, nourrit des
troupeaux de serviteurs, et se promne dans un char comme pour triompher
d'un mari vaincu, celui-ci, qui ne veut cder en rien une telle
pouse, dpense dans les plaisirs de la table, de l'amour et d'un jeu
honteux, des biens acquis par le travail de ses parents. Quand la
perversit a puis le patrimoine, on ose mettre la main aux deniers
publics, rien ne peut combler le gouffre avide; la hideuse contagion
gagne les autres citoyens et la rpublique en est tout entire
infecte[160].

[Note 160: Ch. de Ribbe, _les Familles et la Socit en France, etc._]

Sous Louis XIV, le mariage du duc de Bourgogne fut l'occasion des plus
folles dpenses du luxe. Le roi qui en avait cependant donn l'exemple,
fut lui-mme effray des ruines qui s'ensuivirent. Saint-Simon nous
apprend que le roi se repentit d'y avoir donn lieu, et dit qu'il ne
comprenait pas comment il y avait des maris assez fous pour se laisser
ruiner par les habits de leurs femmes; il pouvait ajouter, et par
les leurs. Mais le noble duc nous dit que le petit mot lch
de politique, le roi prit grand plaisir au spectacle de cette
magnificence[161]. Paris avait lutt de splendeur avec la cour.

[Note 161: Saint-Simon, t. I, ch. XXX.]

On se reprsente ces robes, ici de point de France, l d'une toffe d'or
valant au moins vingt louis l'aune; ces pierreries et ces perles qui se
mlent aux mille boucles de la chevelure, et qui, cette poque o les
fraises et les fichus sont supprims, n'en ruissellent que plus aisment
sur les paules.

Au XVIIIe sicle, voici les normes paniers avec leurs enguirlandements
de fleurs, de fruits, de perles, de pierreries. Voici encore, avec
Marie-Antoinette, les coiffures que la reine met la mode, ces immenses
chafaudages de plumes, de gaze, de fleurs, qui reprsentent un
vaisseau, un bocage, une mnagerie. Les femmes ne peuvent plus se tenir
droites dans leurs voitures, elles s'y courbent ou s'y agenouillent.

Le coiffeur est devenu un artiste qui fait payer cher ses productions.
Mme de Matignon fait avec Baulard un trait de 24,000 livres par an pour
que, chaque jour, il lui fournisse une coiffure nouvelle.

Au Temple, une faiseuse de rouge, Mlle Martin, en vend le moindre pot un
louis. D'autres pots de qualit suprieure, cotent jusqu' soixante et
quatre-vingts louis. Mlle Martin a le privilge de faire fabriquer
Svres des pots de rouge qu'elle destine aux reines. A peine une
duchesse en obtient-elle un par hasard. C'est une vraie puissance
nous dit Mme d'Oberkirch.

C'est une puissance aussi que Mlle Bertin, la clbre marchande de
modes qui traite d'gale gale avec les princesses. Admise dans
l'intrieur de la reine Marie-Antoinette, dlibrant avec elle des
affaires de la toilette, elle montre avec suffisance dans sa clientle,
le rsultat de son dernier travail avec Sa Majest: mystrieux
conseils dans lesquels la jeune reine puisait le got dominant de la
parure et excitait ainsi parmi les femmes de la cour cette rivalit
d'ajustements qui, cette fois, comme toujours, ruinait les familles et
brouillait les mnages.

Mlle Bertin fit une banqueroute de deux millions. Ce chiffre se conoit
une poque o une jeune femme honnte faisait en dix mois 70,000
francs de dettes, et o la princesse de Gumene devait 60,000 livres
son cordonnier[162].

[Note 162: _Mmoires_ de Mme d'Oberkirch, de Mme Campan. Taine, _les
Origines de la France. L'ancien rgime._ La plaie du luxe s'tend
partout alors. Le mal a envahi jusqu'aux campagnes, et un cur de
village dit en 1783: Les servantes d'aujourd'hui sont mieux pares que
les filles de famille ne l'taient il y a vingt ans. Th. Meignan, _Les
anciens registres paroissiaux_, cits par M. de Ribbe; _les Familles,
etc_.]

Par leur luxe insens, les femmes croient ajouter cette royaut que
leur concde l'opinion et dont le moyen ge leur avait donn le sceptre.
Reines, elles le sont en effet. Les rois eux-mmes reconnaissent cette
gracieuse majest. Comme Louis XII, Franois Ier, Franois II font
profession de respecter les dames. Charles IX et Louis XIV saluent
toutes les femmes qu'ils rencontrent, et le premier de ces deux rois
ne souffre pas que l'on mdise d'elles[163]. Le XVIIIe sicle fait de
la femme, non plus seulement une reine, mais une idole laquelle il
prodigue des hommages aussi peu respectueux dans le fond qu'ils sont
dlicats, raffins dans la forme.

[Note 163: Brantme, _Second livre des Dames_.]

Le caractre de la royaut fminine a, en effet, bien chang depuis
le moyen ge. Le chevalier dfendait l'honneur de toutes les femmes,
choisissait la dame de ses penses et lui gardait sa fidlit. Dfendre
l'honneur des dames! Garder une seule sa fidlit! Ce n'est point
l, tant s'en faut, le but que poursuit l'homme de cour qui, bien au
contraire, fait son possible pour compromettre toutes les femmes et ne
se pique gure d'tre fidle une seule, surtout si cette femme est la
sienne. Il n'est pas de bon ton, d'ailleurs, d'aimer sa femme.

La froideur entre les poux est, en effet, le moindre des maux que la
vie de cour entrane sa suite. Au XVIe sicle cependant, par un reste
des bonnes vieilles coutumes, les poux osent encore s'aimer aux yeux du
monde, tmoin le charmant mnage que l'_Heptamron_ met en scne, Hircan
et Parlamente qui assaisonnent d'un grain d'aimable taquinerie une
affection qui se sent plus encore qu'elle ne s'exprime. Mais quand
l'intrt est la cause de tant de mariages, l'indiffrence, l'hostilit
mme en sont les rsultats ordinaires. Si le mari doit sa femme de
grandes alliances, ou une grande fortune, elle l'crasera de cette
supriorit. A-t-elle sur lui des avantages tout personnels, un mrite
dont elle est infatue, une beaut dont elle est fire, elle trouvera
encore dans les dons qu'elle possde ou qu'elle s'attribue, des motifs
d'orgueil qui abaisseront d'autant plus son mari ses yeux qu'ils
l'exalteront elle-mme. Il y a des mnages o la femme parat tant que
le mari ne s'aperoit jamais. Ne pourrait-on point dcouvrir l'art de
se faire aimer de sa femme? demande alors La Bruyre[164].

[Note 164: La Bruyre, _Caractres_, III, _Des Femmes_.]

Plus d'une femme aurait pu retourner la question du moraliste. A l'une
ou l'autre de ces questions, il aurait pu tre rpondu que, pour
trouver l'amour dans le mariage, il n'aurait pas fallu y chercher
l'intrt. Et ce reproche l, fallait-il l'adresser celui qui avait
poursuivi le march ou celle qui en avait t l'objet et souvent la
victime?

Au temps de La Bruyre, il est dj de mauvais got de se montrer en
public avec sa femme. Au XVIIIe sicle, la sparation est totale entre
les poux mondains. Ce n'est pas seulement la vie de cour, c'est la vie
de salon, si anime et si charmante alors, qui touffe, Paris comme
Versailles, la vie de famille. Quand les poux sont haut placs, dit M.
Taine, l'usage et les biensances les sparent. Chacun a sa maison, ou
tout au moins son appartement, ses gens, son quipage, ses rceptions,
sa socit distincte, et, comme la reprsentation entrane la crmonie,
ils sont entre eux, par respect pour leur rang, sur le pied d'trangers
polis. Ils se font annoncer l'un chez l'autre; ils se disent Madame,
Monsieur, non seulement en public, mais en particulier; ils lvent les
paules quand soixante lieues de Paris, dans un vieux chteau, ils
rencontrent une provinciale assez mal apprise pour appeler son mari
mon ami devant tout le monde.--Dj divises au foyer, les deux
vies divergent au del par un cart toujours croissant.



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