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Text on one page: Few Medium Many
Pour La Rochefoucauld il y a de bons mariages;
mais il n'y en a point de dlicieux.

Heureusement, ct de ces portraits peu flatteurs de la femme,
ct de ces tableaux peu enchanteurs de la flicit conjugale, nous
trouverons, sinon dans La Rochefoucauld, du moins dans Montaigne, dans
La Bruyre, dans Montesquieu, d'autres traits qui tmoignent que, dans
un monde corrompu, il y avait encore d'honntes femmes et de bons
mnages.

La dmoralisation avait, du reste, t progressive. Le pre de Montaigne
lui disait que de son temps, peine y avait-il dans toute une province,
une femme de qualit mal nomme. Un crivain qui n'aimait pas les
femmes vertueuses et qui, regardant leur vie patriarcale d'autrefois
comme un tat de grossiret primitive, considrait comme un progrs
la brillante corruption qui les y avait arraches, Brantme, l'immoral
Brantme, constatait que, parmi ses contemporaines, le nombre des
honntes femmes l'emportait sur le nombre des autres[186]. Il est vrai que
pour Brantme le titre d'honnte femme tait singulirement lastique.
Nous en avons cit une preuve[187].

[Note 186: Brantme, _l. c._; Montaigne; I, xxvii; II, xxxi, xxxii;
III, v, etc.; La Rochefoucauld, _Maximes_, 113.]

[Note 187: Voir plus haut, page 122.]

Comme au moyen ge, les femmes d'intrieur, les femmes de mnage,
existaient toujours au XVIe sicle, bien que Montaigne en restreignt le
nombre: La plus utile et honnorable science et occupation une mre
de famille, dit-il, c'est la science du mesnage. J'en veoy quelqu'une
avare; de mesnagires, fort peu: c'est sa maistresse qualit, et qu'on
doibt chercher avant toute aultre, comme le seul douaire qui sert
ruyner ou sauver nos maisons.... Selon que l'exprience m'en a
apprins, je requiers d'une femme marie, au dessus de toute aultre
vertu, la vertu oeconomique. Je l'en mets au propre, luy laissant par
mon absence tout le gouvernement en main[188].

[Note 188: Montaigne, _Essais_, III, ix.]

L'ordre, l'conomie, c'est l ce que recommande la nouvelle marie un
pre soucieux de l'avenir du jeune mnage[189]. C'est toujours l'idal de
la femme forte qui domine dans les familles chrtiennes, surtout dans la
vie rurale. En parlant de l'agriculteur, Olivier de Serres voit, comme
Montaigne, dans la femme vigilante la fortune de la maison; mais il
s'inspire directement de la Sainte-criture pour traduire cette pense.
Il dit avec un sentiment tout biblique: Ce lui sera un grand support
et aide, que d'estre bien mari, et accompagn d'une sage et vertueuse
femme, pour faire leurs communes affaires avec parfaite amiti et bonne
intelligence. Et si une telle lui est donne de Dieu, que celle qui
est descrite par Salomon, se pourra dire heureux, et se vanter d'avoir
rencontr un bon thrsor: estant la femme l'un des plus importans
ressorts du mesnage, de laquelle la conduite est prfrer toute
autre science de la culture des champs. O l'homme aura beau se
morfondre les faire manier avec tout art et diligence, si les fruicts
en provenant, serrs dans les greniers, ne sont par la femme gouverns
avec raison. Mais au contraire, estans entre les mains d'une prudente et
bonne mesnagere, avec honorable libralit et louable espargne, seront
convenablement distribus: si qu'avec toute abondance, les vieux se
joindront aux nouveaux, avec vostre grand et commun profit, et louange.
Aussi,

On dict bien vrai qu'en chacune saison
La femme fait ou dfait la maison.

[Note 189: Nicolas Pasquier, _Lettres_, l. V, lettre ix.]

Avec Xnophon, Olivier de Serres rappelle dans un autre chapitre, que
la femme doit vaquer au gouvernement de la maison pendant que le mari
dirige l'exploitation agricole. Mais il faut qu'il y ait entre les poux
communication de conseil requise tout mesnage bien dress: estant
quelques fois propos, selon les occurrences, que l'homme die son avis
et se mesle des moindres choses de la maison, et la femme des plus
srieuses[190]. Le temps pass, quand on vouloit louer un homme, on le
disoit bon laboureur. C'estoit aussi lors la plus grande gloire de la
femme que d'estre estime bonne mesnagre: laquelle louange, le temps
n'ayant peu esteindre, est-elle encores en telle rputation, que celui
qui se veut marier, aprs les marques de crainte de Dieu, et pudicit,
par dessus toutes autres vertus, cherche en sa femme le bon mesnage,
comme article ncessaire pour la flicit de sa maison. Plus grande
richesse ne peut souhaitter l'homme en ce monde, aprs la sant, que
d'avoir une femme de bien, de bon sens, bonne mesnagre. Telle conduira
et instruira bien la famille, tiendra la maison remplie de tous biens,
pour y vivre commodment et honorablement. Depuis la plus grande dame,
jusques la plus petite femmelette, toutes, la vertu du mesnager
reluit par dessus toute autre, comme instrument de nous conserver la
vie. Une femme mesnagre entrant en une pauvre maison, l'enrichit:
une despencire, ou fainante, destruit la riche. La petite maison
s'aggrandit entre les mains de ceste l: et entre celles de ceste-ci,
la grande s'apptisse. Salomon fait paroistre le mari de la bonne
mesnagre, entre les principaux hommes de la cit: dict que la femme
vaillante est la couronne de son mari: qu'elle bastit la maison: qu'elle
plante la vigne: qu'elle ne craint ni le froid, ni la gele... que la
maison et les richesses sont de l'hritage des pres, mais la prudente
femme est de par l'Eternel.

[Note 190: Nicolas Pasquier, dans la lettre cite la page
prcdente, note 2, dit sa fille de ne rien faire sans l'avis du mari:
C'est le moyen en obessant, d'apprendre luy commander: je veux dire,
que quand il recognoistra cette humble obessance, il ne fera plus rien
que ce que vous desirez, et vous abandonnera la libre disposition de
tout le mesnage.]

A ces belles paroles profitera nostre mre-de-famille, et se plaira
en son administration, si elle dsire d'estre loue et honore de ses
voisins, rvre et servie de ses enfans,... si elle prend plaisir de
voir tousjours sa maison abondamment pourveue de toutes commodits, pour
s'en servir au vivre ordinaire, au recueil des amis, la ncessit des
maladies, l'advancement des enfans, aux aumosnes des pauvres.

Olivier de Serres qui rappelle la mnagre les rcompenses de la
femme forte, dit aussi, dans le chapitre d'o nous avons extrait notre
premire citation, quelles incomparables flicits attendent les poux
qui s'unissent dans une affectueuse estime pour diriger leur maison:
Par telle correspondance la paix et la concorde se nourrissans en la
maison, vos enfans en seront de tant mieux instruicts, et vous rendront
tant plus humble obissance, que plus vertueusement vous verront vivre
par ensemble.

Cela mesme vous fera aussi aimer, honorer, craindre, obir, de vos
amis, voisins, sujets, serviteurs. Et par telle marque estant vostre
maison recogneue pour celle de Dieu; Dieu y habitera, y mettant sa
crainte: et la comblant de toutes sortes de bndictions, vous fera
prosprer en ce monde, comme, est promis en l'escriture[191]...

[Note 191: Olivier de Serres, _le Thtre d'agriculture et Mesnage des
champs_, 1er lieu, ch. vi; 8e lieu, ch. i.]

Tel fut le mnage du baron et de la baronne de Chantal. Et le rle de la
mnagre contribua puissamment prparer dans la noble dame la sainte
que l'glise devait placer sur ses autels.

Lorsque M. de Chantai se maria, il remit le gouvernement de la maison
sa jeune compagne qui s'effrayait de cette responsabilit. Mais avec
la douce autorit de l'poux chrtien, il voulut qu'elle se rsolt
porter ce fardeau, disant, lui aussi, que la femme sage difie
sa maison, et que celles qui mprisent ce soin, dtruisent les plus
riches. Et il mit sous les yeux de la jeune femme, comme un exemple, le
type de la baronne de Chantal, son hroque mre. Saisie d'une gnreuse
mulation, elle ceignit ses reins de force et fortifia son bras pour
se dvouer la mission domestique que lui imposait son mari. Elle mit
ordre l'ordinaire et aux gages des serviteurs et servantes, le tout
avec un esprit si raisonnable que chacun tait content. Elle ordonna que
tous les grangers, sujets, receveurs et autres, avec lesquels on
aurait traiter, s'adresseraient immdiatement elle pour toutes les
affaires.

Ds le jour qu'elle prit le soin de la maison, elle s'accoutuma se
lever de grand matin, et avait dj mis ordre au mnage, et envoy ses
gens au labeur, quand son mari se levait. De fortifiantes lectures, _la
Vie des Saints, les Annales de la France,_ rafrachissaient son me au
milieu de tant d'occupations matrielles....

Elle ne portait habituellement que des vtements de camelot et
d'tamine; mais l'lgance inne de la grande dame la faisait paratre
plus charmante sous ces humbles habits que d'autres sous leurs tissus
d'or et de soie. Lorsqu'elle avait reprsenter, elle se parait de ses
vtements de noces ou de ses ajustements de jeune fille. Elle savait
accueillir avec la grce modeste de la femme chrtienne les amis de
son mari qui se runissaient chez lui pour la chasse et d'autres
divertissements. Mais lorsque son mari tait absent, il n'y avait
pour elle ni rception, ni parure. Les yeux qui je dois plaire,
disait-elle, sont cent lieues d'ici; ce serait inutilement que je
m'agencerais. Elle tait pour les pauvres une servante. Pendant une
famine, elle les runissait chaque jour, leur versait du potage dans
leurs cuelles, leur prsentait les morceaux de pain qui s'entassaient
dans les corbeilles. Alors dj elle secourait ces malades que, dans son
austre veuvage, elle devait soigner avec une hroque charit.

Pour un dlit qu'elle jugeait vniel, un paysan tait-il renferm dans
l'humide prison du chteau, elle l'en faisait secrtement sortir le
soir, lui donnait un lit, et, le lendemain, de grand matin, pour ne pas
dplaire son mari, elle remettait le prisonnier dans la prison, et,
en allant donner le bonjour M. de Chantal, elle lui demandait si
amiablement cong d'ouvrir ces pauvres gens et les mettre en libert,
que quasi toujours elle l'obtenait.

Elle donnait aux paysans les exemples de la pit; elle instruisait
elle-mme dans la religion ses serviteurs que la prire en commun
runissait matin et soir autour de la chtelaine.



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