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Text on one page: Few Medium Many
de Chantal, elle lui demandait si
amiablement cong d'ouvrir ces pauvres gens et les mettre en libert,
que quasi toujours elle l'obtenait.

Elle donnait aux paysans les exemples de la pit; elle instruisait
elle-mme dans la religion ses serviteurs que la prire en commun
runissait matin et soir autour de la chtelaine. Svre pour le vice,
elle tait indulgente pour les fautes auxquelles les domestiques
s'taient laiss entraner par la faiblesse et non par la volont; et,
ici encore, sa misricordieuse influence plaidait auprs du chtelain en
faveur du coupable.

C'est une grande marque de sa prudence et douce conduite, qu'en huit
ans qu'elle a demeur marie, et neuf ans au monde aprs son veuvage,
elle n'a presque point chang de serviteurs et de servantes, except
deux qu'elle congdia pour ne les pouvoir faire amender de quelques
vices auxquels ils taient adonns. Elle n'tait point crieuse ni
maussade parmi ses domestiques; sa vertu la faisait galement craindre
et aimer. Bref, sa maison tait le logis de la paix, de l'honneur, de
la civilit et pit chrtienne, et d'une joie vraiment noble et
innocente[192].

[Note 192: Mre de Changy. _Mmoires sur la vie et les vertus de
sainte Jeanne-Franoise Frmyot de Chantal_; comp. _Bulle du Pape_
Clment XIII pour la canonisation de la bienheureuse.]

Sans connatre alors le grand vque qui devait tre son guide dans la
saintet, Mme de Chantal appliquait dans son mnage les conseils que
saint Franois de Sales donnait aux femmes pour qu'elles unissent
leurs devoirs religieux, leur apostolat, leurs oeuvres de
misricorde, les occupations de la femme forte: le soin de la famille,
avec les oeuvres qui dpendent d'iceluy, ainsi que l'utile diligence
qui ne permet pas l'oisivet de prendre la place destine au
travail[193].

[Note 193: Saint Franois de Sales, _Introduction la vie dcote_.
111e partie, ch. XXXV.]

Dans la vie rurale, les nobles dames veillent aux intrts de
l'exploitation agricole et n'en ddaignent pas l'humble dtail. La
chtelaine envoie ses serviteurs aux champs et garnit leur besace.
Lorsque Sully tait la cour, sa femme vendait le bl et les autres
rcoltes.

A une poque postrieure, Laure de Fitz-James, marquise de Bouzolz,
fille du marchal de Berwick, n'avait jamais, dit-on, les mains
inoccupes; et, cette grande dame ne couchait que dans les draps dont
sa main patricienne avait fil la toile[194]. Les quenouilles dites _de
mariage_, que l'on voit au muse d Cluny et qui datent du XVIe sicle,
rappelaient aux femmes, dans leurs riches sculptures, l'histoire de ces
femmes fortes qui filaient la laine et le lin.

[Note 194: _Anne-Paule-Dominique de Noailles, marquise de Montagu._]

Deux femmes, entres par le mariage dans la famille de La Rochefoucauld,
donnrent au XVIIe et au XVIIIe sicles l'exemple de la femme forte, de
la mnagre, aussi bien la ville qu'aux champs. C'est au XVIIe sicle,
Jeanne de Schomberg, duchesse de Liancourt; c'est, dans le sicle
suivant, Augustine de Montmirail, duchesse de Doudeauville, dont
l'existence se prolongea jusque dans le XIXe sicle. Dans leur conduite,
dans les conseils que l'une crivit pour sa fille, l'autre pour sa
petite-fille; dans le rglement que Mme de Liancourt traa pour
elle-mme, nous voyons combien important tait pour les plus grandes
dames le gouvernement de la maison, et par quelles fortes et douces
vertus elles soutenaient leurs foyers.

Ce gouvernement domestique est vaste. La femme surveille les affaires de
la maison, et elle en soumet l'ensemble son mari, le chef respect
de la communaut. Elle vrifie les dpenses de la veille, celles de la
semaine; elle arrte le compte du mois. A l'aide de conseils clairs,
elle revoit le compte gnral de l'anne. Lorsqu'elle l'a sign en
double expdition, elle le fait placer avec les pices justificatives
dans une cassette de bois qui est dpose au trsor des papiers.
Pour l'anne suivante, elle fait un tat gnral des dpenses, par
estimation, et d'aprs la moyenne des trois quatre annes prcdentes.
Elle y fait figurer le train de la maison de ville et les dpenses de
la vie rurale. Elle tient compte aussi des dpenses imprvues. La femme
chrtienne payera exactement ses serviteurs, ses fournisseurs. Faire
des dettes, c'est retenir injustement le bien d'autrui. La noble
dame vitera le luxe des habits, des meubles, de la table. Bonne et
hospitalire d'ailleurs, elle tablira l'ordre dans la biensance et
dans la gnrosit. Elle n'oubliera pas non plus qu'il faut donner aux
pauvres le superflu de son bien.

La chtelaine peut galement tre associe aux affaires extrieures
du chtelain: le choix des officiers qui rendent la justice
seigneuriale[195], le contrle de leurs actes; elle aussi veillera au bien
des orphelins, des hpitaux, des fabriques; l'entretien des ponts et
des chemins sur lesquels les seigneurs sont voyers, la conservation
des communes.

[Note 195: En l'absence de M. de Gondi, sa femme choisit des officiers
probes pour administrer la justice dans ses terres. Chantelauze, saint
Vincent de Paul et les Gondi. Paris. 1882.]


Elle aide son mari dans la conduite d'un procs, et prside avec lui
le conseil domestique des gens d'affaires. Dans les conseils que la
duchesse de Liancourt donne sa petite-fille, on reconnat la noble
femme qui, soucieuse avant tout du droit, fournissait ses adversaires
mme le moyen de plaider contre elle, et gardait pour leurs personnes
les affectueux mnagements de la charit[196].

[Note 196: Mme la duchesse de Liancourt, _Rglement donn par une dame
de qualit, etc._]

La duchesse de Doudeauville fut plus qu'associe au gouvernement de la
maison. Pendant l'migration de M. de Doudeauville, elle s'acquitta si
bien de cette administration que, de retour, le duc la lui laissa tout
entire[197].

[Note 197: _Vie de Mme de la Rochefoucauld, duchesse de
Doudeauville_.]

Quant aux charges officielles dont le mari est revtu, la femme y
demeurera trangre. Mais commet-il une injustice, elle doit l'avertir
en secret et avec prudence. C'est le droit, c'est le devoir de l'pouse
conseillre.

En toute circonstance d'ailleurs o le mari s'carte du devoir, l'pouse
doit lui en indiquer le chemin. Mais elle prche surtout d'exemple.
Aprs dix-huit annes d'une action lente et bienfaisante, Mme de
Liancourt arrache son mari aux sductions du monde.

Si l'pouse, si la mre ont charge d'mes, la matresse de la maison a
aussi cette responsabilit. Comme la baronne de Chantal, elle veille
aux besoins spirituels de ses serviteurs et leurs intrts temporels.
Matresse attentive, elle les rcompense de leurs bons services, les
soigne dans leurs maladies, leur assure le pain dans leur vieillesse. La
duchesse de Liancourt, cette grande dame qui, dans le monde, mesure ses
gards au rang des personnes, considre dans son cour ses domestiques
comme ses gaux devant Dieu, des gaux que, dit-elle Mlle de La
Roche-Guyon, Dieu a rduits en ce monde dans l'tat de servitude pour
aider notre infirmit durant que vous remdiez leur misre.... Ils
doivent gagner le Ciel par cette humiliation, comme vous devez le gagner
par le soin que vous prendrez de leur conduite. Dieu nous oblige donc
ainsi des devoirs mutuels les uns envers les autres.

Un rglement tait ncessaire pour que la matresse de la maison pt
s'acquitter de la charge qui pesait sur elle, charge si lourde qu'elle
rappelait la plus grande dame la sentence de l'Eden: Tu mangeras
ton pain la sueur de ton front. Aussi, avant d'assumer une telle
responsabilit, elle invoquait l'Esprit-Saint pour pouvoir agir avec
prudence et fermet.

En prenant le fardeau du gouvernement domestique, la noble dame voudra,
non dominer sur autrui, mais obir: obir au mari qui, occup par de
grands emplois, ne pourrait surveiller lui-mme la maison; obir Dieu
qui, selon la belle pense de Mme de Liancourt, ne donne l'homme que
la garde d'un bien que celui-ci doit transmettre fidlement autrui.
C'est le talent que Dieu lui confie et dont il lui demandera compte au
jugement dernier.

Partout la matresse de la maison cherche la volont de Dieu. Comme la
chtelaine du moyen ge, son premier labeur est de distribuer la tche
ses serviteurs, mais sa premire pense est d'adorer le Seigneur qui lui
a donn un jour de plus pour le servir. C'est lui qu'elle consacre
toute sa journe. Avant toute action, avant tout plaisir mme, elle se
demande si cette action, si ce plaisir peuvent tre offerts au Dieu de
justice et de puret.

Gnreusement dvoue ses amis, elle leur sacrifie son repos, son
bonheur, mais sa conscience, jamais! Le nombre de ses relations sera
d'ailleurs restreint, et toujours soumis la volont du mari. Quant aux
devoirs du monde, aux visites, elle ne leur donnera que ce qui ne se
peut refuser la plus stricte biensance. Elle apporte dans toutes ses
conversations une parole sobre, aimable, indulgente, ennemie de toute
discussion opinitre, nourrie de bonnes lectures[198]; une influence
bienfaisante, mais toujours exerce avec prudence. Fut-elle mme
entoure de caractres difficiles, elle fait rgner partout la paix,
et pour cela elle l'a d'abord tablie dans son me en domptant ses
passions, ses caprices, son humeur[199]. Quelle paix, en effet, dans une
me qui s'est rendue matresse d'elle-mme! Tout peut crouler, Dieu
reste[200].

[Note 198: Pendant que la duchesse de Liancourt est sa toilette,
elle se fait faire une bonne lecture pour que les personnes qui
l'entourent alors puissent en profiter. Elle les fait parler sur cette
lecture et attire leur attention sur l'enseignement qu'elles en peuvent
tirer.]

[Note 199: Mme la duchesse de Liancourt, _l. c._]

[Note 200: _Vie de Mme de la Rochefoucauld, duchesse de Doudeauville]

La douceur est la souveraine expression de cette paix intrieure. La
douceur! c'tait la vertu perptuelle que saint Franois de Sales
recommandait la femme.

La femme forte, bonne mnagre, douce et sre conseillre, se retrouvait
particulirement au sein de la magistrature.



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