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Text on one page: Few Medium Many
Dans ce milieu svre
o les principes sur lesquels repose l'ordre social sont chaque jour
rappels, les femmes vivent gnralement selon les principes dont leurs
maris sont les gardiens. Elles mnent l'existence de la matrone romaine
qui file la laine et garde la maison. Un jurisconsulte d'Aix raconte
que, sous le rgne de Louis XIII, les magistrats n'estoient vus qu'aux
rues conduisant au palais, et ils vivoient chez eux en si grande
simplicit qu'au feu de la cuisine, quand le mouton tournoit la
broche, le mari se prparoit pour le rapport d'un procs, et la femme
avoit la quenouille[201].

[Note 201: Ch. de Ribbe, _les Familles et la Socit en France, etc._]

C'est la robe qu'appartient par sa naissance et par son mariage Mme
de Nesmond, cette jeune femme de quinze ans que sa sainte mre, Mme
de Miramion, installe dans sa nouvelle famille en demandant que cette
enfant soit charge de l'administration de ses biens. La nouvelle marie
obtient ce privilge et s'en montre digne[202].

[Note 202: Bonneau-Avenant, _Madame de Miramion_.]

Dans la magistrature se rencontraient des types respectables et
attachants. Il pouvait sans doute arriver que l'austrit ft ridicule
et intolrante comme chez Mme Omer Talon, que Flchier a peinte avec
une verve si piquante et si malicieuse dans _les Grands-Jours
d'Auvergne_[203]. Mais la svrit morale s'alliaient gnralement la
douceur des affections domestiques et l'amabilit des relations. Quelle
noble et sympathique figure que Mme de Pontchartrain, ne Meaupou, cette
femme sense et spirituelle, tincelante de gat et remplie en mme
temps de dignit, sachant, comme aurait pu le faire une femme de vieille
race, accueillir ses htes avec toutes les nuances de distinction que
comporte leur tat, prsidant enfin aux rceptions officielles comme
nulle femme de ministre ne savait le faire; et avec toutes ces
brillantes sductions, possdant l'active et chaleureuse bont qui lui
inspire de charitables fondations, et qui fait d'elle une amie aussi
fidle que gnreuse. Chez Mme d'Aguesseau, femme du chancelier et
belle-fille de la bienfaisante Mme Henri d'Aguesseau, mme mlange de
grce aimable et de noble vertu que chez Mme de Pontchartrain. Et toutes
deux ralisent le type de l'pouse conseillre: Saint-Simon nous dit
que Pontchartrain ne se trompa jamais tant qu'il couta les avis de sa
femme. Quant Mme d'Aguesseau, qui ne connat le mot romain qu'elle
adressa au chancelier dans la prilleuse circonstance o il allait
exposer sa position, sa libert: Elle le conjura, en l'embrassant,
d'oublier qu'il et femme et enfants, de compter sa charge et sa fortune
pour rien, et pour tout son honneur et sa conscience[204].

[Note 203: M. l'abb Fabre, _la Jeunesse de Flchier_.]

[Note 204: Saint-Simon, t. VII, ch. v, xxvi; _Discours sur la vie
et la mort de M. d'Aguesseau_, conseiller d'tat, par M. d'Aguesseau
chancelier de France.]

La vertu et la grce, la force morale, la prudence, la bont, la
charit, la douceur, c'taient l les qualits de la femme franaise au
moyen ge. Nous voyons qu'en dpit des influences corruptrices amenes
par la vie mondaine, ces qualits s'taient conserves dans les trois
sicles que nous tudions. Ajoutons-y la misricordieuse charit avec
laquelle, comme au moyen ge aussi, plus d'une femme pardonne l'poux
qui lui est infidle: noble contraste que l'on est heureux d'opposer
la femme qui se venge de l'adultre par l'adultre!

Avec le silence vous viendrez bout de tout; il ne faut parler de
cette sorte de peine qu' Dieu seul, disait une pouse trahie une
jeune femme qui connaissait personnellement cette douleur: c'tait la
sainte duchesse de Montmorency, compagne du brillant et chevaleresque
Henri de Montmorency, poux la fois tendre et volage qui, tout en
gardant sa femme sa meilleure affection, offrait d'autres ses
capricieux hommages de grand seigneur. La duchesse se taisait; mais ses
souffrances se lisaient sur son expressif visage; son mari le remarqua:
tes-vous malade, mon amie? lui demanda-t-il; vous tes change!--Il
est vrai, mon visage est chang, mais mon coeur ne l'est pas, rpondit
la jeune femme. Le duc devina la secrte douleur que trahissaient ces
paroles, et, devant les larmes qu'il faisait couler, il ne put que
s'agenouiller avec motion et promettre sa femme une fidlit qu'il
n'eut pas, hlas! la force de lui garder. Mais dans les mes pures,
l'amour qui est plus fort que la mort, est plus fort aussi que l'offense
qui le blesse. Par la puissance de son dvouement, Mme de Montmorency
s'leva au-dessus des jalousies humaines; et l'on a mme dit qu'au fond
du coeur elle ne pouvait se dfendre d'une indfinissable sympathie pour
les femmes qui aimaient l'objet de son unique passion[205]. Cet amour si
dsintress n'appartenait dj plus la terre quand la tte chrie sur
laquelle il planait tomba sous la hache du bourreau. Alors cet amour
monta plus haut encore; et par un hroque effort, Mme de Montmorency
le sacrifia Dieu. La veuve de la grande victime devint l'pouse de
Jsus-Christ.

[Note 205: Amde Rene, _Madame de Montmorency_.]

Mais voici un exemple de magnanimit conjugale qui nous parat plus
extraordinaire. Que Mme de Montmorency ait aim avec une passion aussi
gnreuse le noble duc qui, par son grand coeur, par sa bravoure, par sa
loyaut, soulevait, malgr ses faiblesses, une enthousiaste admiration,
nous comprenons ce sentiment. Mais qu'une femme d'lite, marie un
tre indigne, tratre sa patrie, dserteur, escroc mme, ait encore
supporter l'abandon du misrable qui, par ce mariage, a chapp un
public dshonneur; et que cette pouse si cruellement outrage, lui
garde encore son amour, voil un fait qui semblerait inexplicable si
l'on ne savait quels trsors de misricordieuse tendresse peut receler
un coeur de femme. Cet homme se nommait le comte de Bonneval, et c'est
Mlle de Biron qui s'tait dvoue lui avec toute la force d'une
affection qui s'appuie sur le devoir. Lorsque son mari l'a abandonne,
elle lui crit: Je me suis attache vous en bien peu de temps, de
bonne foi; je suis sincre; cette tendresse m'a t un sujet de beaucoup
de peines, mais elles n'ont point effac une prvention qui me fera
toujours galement dsirer votre amiti comme la seule chose qui puisse
me rendre heureuse. Les lettres mmes de la jeune femme demeurent
sans rponse, s'il faut en juger par cette prire navrante de la noble
dlaisse: Je vous prie seulement de dire une fois tous les huit jours
votre valet de chambre que vous avez une femme qui vous aime, et qui
demande qu'on lui apprenne que vous tes en bonne sant.

Cette femme si prouve ne laisse pas souponner au monde ses amres
tristesses. Elle voile les fautes de son mari, mais c'est avec fiert
qu'elle salue les actions d'clat que l'on trouve mles de si
honteuses turpitudes chez le comte de Bonneval, cet trange aventurier
qui, la fin de sa vie, devait trahir son Dieu comme il avait trahi sa
patrie, son foyer, et qui, rengat, soldat de Mahomet arm contre les
chrtiens, devait avoir son tombeau Constantinople[206].

[Note 206: Saint-Simon, tome III, ch. xxii; tome IX, ch. iii; Bertin
_les Mariages dans l'ancienne socit franaise_.]

Dans son dlaissement, Mme la duchesse de Chartres, mre du roi
Louis-Philippe, garde une touchante tendresse au volage poux qui lui
porte le coup le plus cruel qu'une femme puisse recevoir en lui enlevant
la consolation d'lever ses enfants et en confiant ce soin la rivale
qu'il lui prfre. Malgr son cuisant chagrin elle ne perd cependant pas
l'extrieur cette gaiet d'enfant que conserve si naturellement la
candeur de l'me[207].

[Note 207: Mme d'Oberkirch, _Mmoires_.]

La vertu, soutien de l'pouse malheureuse, devient dans l'harmonie d'un
beau mnage, le titre le plus sr de la femme l'attachement de son
mari. Cette harmonie conjugale, nous allons le voir, se retrouve dans
les sicles de corruption plus souvent qu'on ne le croit. Elle nous est
dj apparue alors que nous esquissions les devoirs et les vertus de
la femme. Arrtons-nous quelques instants devant le pur tableau de
l'affection conjugale, de cette affection qui ralise si bien les
conditions qu'un grand voque de nos jours donnait aux attachements
d'ici-bas: le respect dans l'amour, et l'amour dans le respect[208].

[Note 208: Mgr Dupanloup, _Confrences aux femmes chrtiennes_,
publies par M. l'abb Lagrange. Paris, 1881.]

Nous avons entendu Montaigne interprter, comme ses plus religieux
contemporains, la pense biblique en considrant la femme forte comme la
fortune d'une maison. Maintenant ce philosophe l'esprit sceptique,
la morale facile, va nous faire entendre sur le respect d au mariage,
des accents o, malgr une note railleuse, domine une religieuse
gravit: Un bon mariage,--s'il en est, ajoute-t-il avec sa malicieuse
bonhomie,--refuse la compaignie et conditions de l'amour. (Montaigne
parle ici de l'amour paen): il tasche reprsenter celles de
l'amiti. Ailleurs il est vrai, Montaigne, l'ternel douteur, croit que
la femme, tant incapable d'amiti, ne saurait apporter ce sentiment
dans le mariage. Mais poursuivons: C'est une doulce socit de vie,
pleine de constance, de fiance et d'un nombre infiny d'utiles et
solides offices, et obligations mutuelles. Il dit aussi fort justement
qu'aucune femme unie l'homme qu'elle aime, ne voudrait lui inspirer
d'autres sentiments que cette amiti calme et dvoue. Si elle est
loge en son affection comme femme, elle y est bien plus honnorablement
et seurement loge. Pour celui-l mme qui trahit sa femme, Montaigne
juge qu'elle reste un tre tellement sacr que si on lui demandait
qui il aymeroit mieulx arriver une honte, ou sa femme, ou sa
maistresse? de qui la desfortune l'affligeroit le plus? qui il dsire
plus de grandeur? ces demandes n'ont aulcun doubte en un mariage sain.

Ce qu'il s'en veoid si peu de bons, est signe de son prix et de sa
valeur. A le bien faonner et le bien prendre, il n'est point de plus
belle pice en nostre socit....



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