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La mre de famille
est si haut place, que prohibition absolue est faite tous juges,
officiers de justice, gens d'affaires, de lui demander aucun compte de
son administration et de lui crer la moindre difficult. Si, malgr les
intentions les plus formelles du mari, on s'avisait de la quereller,
elle aura titre de legs tout ce pour quoi elle serait recherche. Ch.
de Ribbe, _ouvrage cit_.]

[Note 231: S'il n'y a pas de testament, des fils respectueux laissent
leur mre l'administration de leurs biens. Id., _id._]

[Note 232: Testament d'Antoine Poutet, travailleur au lieu de Rognes
(B.-du-R.). Cit par M. de Ribbe, _id._]

[Note 232: _Les savants Godefroy_. Mmoires d'une famille, etc.]

Et pour la femme qui avait t laborieusement associe la vie de
son mari, c'tait justice qu'elle lui succdt dans le bien acquis ou
conserv par une commune sollicitude. Ainsi pensait ce magistrat de
Provence, testant le 15 octobre 1593. Il dclare vouloir rcompenser
celle qui, depuis son mariage, a souffert en tous ses biens et
adversits, s'est employe l'augment de sa maison, et, se confiant
son intgrit et l'amour qu'elle porte et portera ses enfans, il
entend qu'elle soit dame, maistresse, administratrice de tout son bien,
ainsi qu'elle estoit de son vivant, que ses enfans la respectent, comme
s'il estoit encore en vie.

Par l'ordre, par l'activit, par l'conomie, la veuve savait d'ailleurs
ajouter au patrimoine de ses enfants[234]. Nanmoins, Montaigne
s'effrayait du pouvoir qu'avait la veuve d'instituer l'hritier. Trs
peu confiant, nous le savons, dans le mrite des femmes, il ne croyait
pas la clairvoyance des mres. Mais Bodin en jugeait autrement. Il
pensait que l'amour d'un pre ou d'une mre est assez grand pour que la
loi puisse prsumer qu'ils mesureront leur pouvoir[235].

[Note 234 Testament de Jean Duranti, Livre de raison de Franois
Ricard. Ch. de Ribbe, _l. e._]

[Note 235: Montaigne, _Essais_, II, VIII; Ch. de Ribbe. _l. e._]

Tout en regrettant que la mre pt disposer entre ses enfants du
patrimoine de son mari, Montaigne trouve juste qu'elle ait la tutelle
de ses enfants. Il dclare avec raison que l'autorit maternelle est la
seule suprmatie que la femme doive avoir sur l'homme. Cette autorit
est d'ailleurs de droit divin. Le Seigneur l'a formule dans le
Dcalogue: Tes pre et mre honoreras afin de vivre longuement. Ce
prcepte sacr, le catchisme de Trente le consigne la fin du XVIe
sicle.

Le sire de Pibrac le rpte dans les clbres quatrains o il a condens
le suc de la morale chrtienne et de l'honneur franais, et qui
servirent longtemps l'ducation des enfants:

Dieu tout premier, puis pre et mre honore.

C'est la base mme de la famille patriarcale. Et saint Franois de
Sales rappelait avec force le commandement divin en crivant sa mre:
Commandez librement vos enfans, car Dieu le veut.

Soit que la mre partage avec le pre cette autorit souveraine, soit
qu'il la lui laisse tout entire en mourant, les enfants, devenus
mme chefs de famille, s'inclinent devant cette douce et majestueuse
dlgation de la puissance divine. Au XVIe et au XVIIe sicles,
l'autorit maternelle est gnralement ferme, peut-tre mme plus
souvent svre que tendre. Mais au XVIIIe sicle, la sentimentalit
des nouvelles doctrines pntrera dans bien des foyers; et l'excessive
familiarit des parents avec les enfants constituera un danger plus
grand encore que celui d'une svrit outre. Le principe de l'autorit
domestique une fois sap, la famille s'croulera, et quand cette pierre
fondamentale d'une nation vient manquer, la nation elle-mme est prs
de sa chute[236]. Mais pour la ressource de l'avenir, il restait encore
au XVIIIe sicle bien des maisons o se conservait en mme temps que la
fermet des principes l'affection qui les applique avec douceur.

[Note 236: Cuvillier-Fleury, _la Famille dans l'ducation_. (_tudes
et portraits_, deuxime srie, 1868)]

C'tait souvent sur une vritable tribu que s'exerait l'autorit
maternelle. On ne peut voir sans motion sur les pierres funraires des
sicles que nous tudions, les poux dfunts entours de leurs nombreux
enfants agenouills autour d'eux comme pour implorer de Dieu le salut
ternel des parents qui les ont mis au monde et chrtiennement levs.
Il y a l des familles de douze, treize enfants, et mme plus[237]. Depuis
les paysans jusqu'aux grands seigneurs, les pres et les mres aiment
paratre devant Dieu dans la sainte gloire d'une belle postrit.

[Note 237: Guilhermy, _Inscriptions de la France_.]

C'est dans ces temps que l'on voyait la marchale de Noailles entoure
de ses cinquante-deux descendants[238]. On n'avait pas gnralement alors
la crainte d'augmenter les charges de la famille par le nombre des
enfants. Mme de Toulongeon exprimait cependant cette crainte, et sa
mre, sainte Chantal, l'en reprenait avec force et lui disait que le
Seigneur, qui envoie les enfants, sait bien pourvoir leur avenir.

[Note 238: Mme de Simiane, _Lettres_. Au marquis de Caumont. 20
fvrier]

Comme au moyen ge, ce que la mre chrtienne voit surtout dans ses
enfants, ce sont des mes qu'il faut prparer la vie qui se commence
sur la terre, et qui doit se continuer dans les cieux. La femme forte
pouvait dire comme Mme de Gondi: Je souhaite bien plus faire de ceux
que Dieu m'a donns, et qu'il peut me donner encore, des saints dans le
ciel que des grands seigneurs sur la terre[239]. Selon la forte pense de
la duchesse de Liancourt, ceux qui n'lvent leurs enfants que pour la
terre ne se distinguent pas des animaux.

[Note 239: Chantelauze, _Saint Vincent de Paul et les Gondi_.]

Aussi, ds qu'une chrtienne se sent mre, elle offre Dieu son enfant
par la Vierge Marie. Lorsqu'il est n, ravie d'avoir mis au monde un
chrtien, elle le bnit, elle demande au Seigneur de ne le laisser vivre
que s'il doit le servir ici-bas, et tous les jours elle renouvellera
cette prire, digne d'une Blanche de Castille[240].

[Note 240: Voir les enseignements maternels de la duchesse de
Liancourt et de Mme Le Guerchois, ne Madeleine d'Aguesseau, et les
vies de Mme de Miramion, de Mme la duchesse de Doudeauville, de Mme la
marquise de Montagu.]

On se croirait encore au sicle de saint Louis, quand on voit une
inscription tumulaire consacre en plein XVIIIe sicle la femme
d'un magistrat, morte trente-quatre ans, aprs avoir nourri le fils
premier-n qu'elle avoit demand Dieu pour estre un saint prestre et
un deffenseur de la vrit.

Le veuf qui ddie cette pitaphe, y ajoute ces lignes si simples et si
touchantes: Agrez, Seigneur, l'acquiescement que fait icy le mari au
voeu de cette pieuse femme et octroyez lui que l'enfant y corresponde.
Qu'elle repose en paix[241].

[Note 241: Guilhermy, _Inscriptions de la France_, t. II, DXVI,
Charonne, glise paroissiale de Saint-Germain, 1736.]

Cette sollicitude qui, avant mme la naissance de l'enfant, prpare en
lui un dfenseur de la vrit, suit la mre dans toute sa mission, quel
que soit l'tat auquel cet enfant puisse tre destin. La mre le guide
par sa parole, plus encore par l'exemple de sa vie, cette vie qui, pour
lui, est une vive image de bien vivre[242]. La mre ne croit pas sa
mission termine lorsque son enfant quitte le foyer paternel, ni mme
lorsqu'elle aura cess de vivre. Elle donne son fils, comme sa
fille, des conseils o elle a rsum son enseignement; elle les crit
mme dans quelqu'un de ces admirables mmoires que j'ai dj bien des
fois cits.

[Note 242: Du Vair, _Actions et Traitez oratoires_, passage cit par
M. de Ribbe, _les Familles et la Socit eu France, etc._]

Le jeune Bayard va s'loigner de ses parents pour se mettre au service
d'un prince. Son pre l'a bni.

La povre dame de mre estoit en une tour du chasteau qui tendrement
ploroit; car combien qu'elle feust joyeuse dont son filz estoit en voye
de parvenir, amour de mre, l'admonnestoit de larmoyer. Toutesfois,
aprs qu'on luy feust venu dire: Madame, si vous voulez venir veoir
vostre filz, il est tout cheval, prest partir, la bonne gentil
femme sortit par le derrire de la tour, et fist venir son filz vers
elle, auquel elle dit ces parolles:

Pierre, mon amy, vous allez au service d'ung gentil prince. D'autant
que mre peult commander son enfant, je vous commande trois choses
tant que je puis; et si vous les faictes, soyez asseur que vous vivrez
triumphamment en ce monde.

La premire, c'est que, devant toutes choses, vous aymez, craingnez et
servez Dieu, sans aucunement l'offenser, s'il vous est possible; car
c'est celluy qui tous nous a crez, c'est luy qui nous faict vivre,
c'est celluy qui nous saulvera; et sans luy et sa grce, ne saurions
faire une seulle bonne oeuvre en ce monde. Tous les matins et tous les
soirs, recommandez-vous luy, et il vous aydera.

La seconde, c'est que vous soyez doulx et courtois tous
gentilz-hommes, en ostant de vous tout orgueil. Soyez humble et
serviable toutes gens, ne soyez maldisant ne menteur, maintenez-vous
sobrement quant au boire et au manger; fuyez envye, car c'est ung
villain vice; ne soyez ne flatteur ne rapporteur, car telles manires
de gens ne viennent pas voulentiers grande perfection. Soyez loyal en
faictz et dictz; tenez vostre parolle; soyez secourable vos povres
veufves et orphelins, et Dieu le vous guerdonnera.

La tierce, que des biens que Dieu vous donnera vous soyez charitable
aux povres ncessiteux; car donner pour l'honneur de luy n'apovrit
oncques homme; et tenez tant de moy, mon enfant, que telle aulmosne
que pourrez-vous faire, qui grandement vous prouffittera au corps et
l'ame.

Vel tout ce que je vous en charge. Je croy bien que vostre pre et moy
ne vivrons plus gures. Dieu nous fasse la grce tout le moins, tant
que nous serons en vie, que tousjours puissions avoyr bon rapport de
vous!

Alors le bon Chevallier, quelque jeune aage qu'il eust, luy respondit:
Madame ma mre, de vostre bon enseignement, tant humblement qu'il m'est
possible, vous remercie; et espre si bien l'ensuyvre que, moyennant
la grce de Celluy en la garde duquel me recommandez, en aurez
contentement.

Alors la bonne dame tira hors de sa manche une petite boursette, en
laquelle avoit seulement six escus en or et ung en monnoye, qu'elle
donna son filz, et appela ung des serviteurs de l'vesque de Grenoble,
son frre, auquel elle bailla une petite malette en laquelle avoit
quelque linge pour la ncessit de son filz...[243].

[Note 243: _Trs joyeuse, plaisante et recrative histoire du bon
Chevallier sans paour et sans reproche_.



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