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Text on one page: Few Medium Many
(Collection de MM. Michaud et
Poujoulat.)]

Servir Dieu, lui demander le chemin du devoir, se dvouer au prochain,
dfendre les faibles, secourir les pauvres, tre vrai, loyal, fidle
sa parole, bienveillant, courtois, c'est encore, au temps de Charles
VIII, l'idal de la chevalerie. Gomment s'tonner que de tels
enseignements, passant par les lvres d'une mre, aient form le
_chevalier sans peur et sans reproche_, qui certes vcut _triumphamment
en ce monde?_

Plus tard, c'est le jeune du Plessis-Mornay qui s'loigne de sa mre
pour complter son ducation par un grand voyage. Sa mre lui donne par
crit plus que des conseils, un puissant exemple: la vie de son pre, le
clbre du Plessis-Mornay, celui que l'on nommait le pape des huguenots,
mais qui apporta dans l'erreur une forte conviction qu'il ne sacrifia
jamais aucun intrt humain, L'honneur fut le signe distinctif de
cette vie; et c'est cet honneur que Mme du Plessis-Mornay propose son
fils comme un grand modle.

Afin encores que vous n'y ays point faute de guide, en voicy un que je
vous baille par la main, et de ma propre main, pour vous accompagner,
c'est l'exemple de vostre pre, que je vous adjure d'avoir tousjours
devant vos yeux (pour l'imiter, duquel j'ay pris la peine de vous
discourir) ce que j'ay peu connoistre de sa vie, nonobstant que nostre
compagnie ait est souvent interrompue par le malheur du temps.... Je
suis maladive et ce m'est de quoy penser que Dieu ne me veille laisser
long-temps en ce monde; vous garders cest escrit en mmoyre de moy;
venant aussy, quand Dieu le voudra, vous faillir, je dsire que vous
acheviez ce que j'ay commenc escrire du cours de nostre vie. Mais
surtout, mon Filz, je croiray que vous vous souviendrez de moy quand
j'oiray dire, en quelque lieu que vous aillez, que vous servez Dieu, et
ensuivez vostre Pre; j'entreray contente au spulchre, quelque heure
que Dieu m'appelle, quand je vous verray sur les erres d'avancer son
honneur, en un train asseur soit de seconder vostre Pre,... soit de
le faire revivre en vous, quand par sa grce, il le vous fera
survivre[244]....

[Note 244: _Mmoires_ de Mme de Mornay, publis par Mme de Witt, ne
Guizot.]

M. et Mme du Plessis-Mornay devaient survivre leur enfant. L mre
malade, languissante, allait tre prcde dans la tombe par le fils,
plein de jeunesse, mais frapp mort dans un combat.

Voici maintenant au XVIIe sicle et au XVIIIe, deux mres catholiques:
la duchesse de Liancourt, que nous connaissons dj, et Mme Le
Guerchois, ne Madeleine d'Aguesseau, la soeur du chancelier. L'une
lve un gentilhomme de grande race, l'autre, un fils de magistrat; et,
toutes deux ont laiss des crits qui nous font connatre la direction
de leur enseignement[245].

[Note 245: Mme de Liancourt a expos dans le rglement qu'elle crivit
pour sa petite-fille, les principes qu'une mre doit mettre en pratique
dans l'ducation de son fils. Elle les avait elle-mme appliqus.
_Rglement donn par une dame de qualit_, etc., ouvrage cit. Voir
aussi l'avertissement mis en tte de cet ouvrage. Pour Mme Le Guerchois,
voir ses ouvrages publis, comme le livre de la duchesse de Liancourt,
aprs la mort de l'auteur et sous le voile de l'incognito: _Avis d'une
mre son fils_, 2e d. Paris, 1743; _Avis d'une mre son fils sur
la sanctification des ftes_, etc. Paris, 1747. Elle crivit aussi pour
elle-mme des _Pratiques pour se disposer la mort_.]

La grande dame et la femme du magistrat difient l'une et l'autre
l'ducation de l'homme sur la forte base religieuse qui seule soutient
les vertus publiques et prives. Madeleine d'Aguesseau conseille son
fils, avec la lecture quotidienne du Nouveau Testament, l'tude de la
religion, mais une lude pratique d'o il puisse se former des principes
sur toutes les rgles de vrits mises en conduite.

Et la duchesse de Liancourt donne pour prcepte fondamental
l'ducation de son fils la maxime suivante: La seule rgle de ce qu'on
doit au monde, est ce qu'on doit Dieu; et la droite raison consiste
tirer de ce premier et unique devoir, l'ide de la vritable grandeur,
du vrai courage, de la valeur, de l'amiti, de la fidlit, de la
libralit, de la fermet, et de toutes les vertus dont les gens de
qualit se piquent le plus.

Enseigner aux jeunes gens ce qu'ils devaient Dieu, c'tait donc leur
enseigner ce qu'ils devaient la patrie, au roi, leurs parents, au
prochain, ce qu'ils se devaient eux-mmes. Une telle direction
mettait dans le coeur du jeune homme, les sentiments forts, gnreux,
raisonnables, dont Mme de Liancourt voulait qu'il se nourrt. Humble
devant le Crateur, il comprend que la vraie dignit de l'homme
consiste, non dans les dons extrieurs, mais dans le signe divin que lui
a imprim le christianisme. Il soumet ses passions sa raison, et sa
raison Dieu. Il ne se glorifie mme pas de sa vertu et ne voit dans
les fautes d'autrui que la faiblesse humaine laquelle, lui aussi, est
sujet et dont la grce de Dieu l'a prserv. Respectueux du pouvoir
comme d'une dlgation de Dieu, il garde l'indpendance de sa
conscience. Ami dvou, il sacrifie tout l'amiti, hors cette
conscience. Dsintress, il est d'autant plus serviable.
Misricordieux, il pardonne l'offense. Il ne se bat pas en duel.
Prcepte bien utile dans ces temps o la mre qui apprenait la mort
glorieuse de son fils tu l'ennemi, disait au milieu de sa douleur:
La volont de Dieu soit faicte! Nous l'eussions peu perdre en un del,
et lors quelle consolation en eussions nous peu prendre? C'est le cri
de Mme du Plessis-Mornay, c'est aussi le cri de sainte Chantal[246]. La
mre catholique et la mre protestante s'unissent ici dans la mme
terreur de ces combats singuliers qui auraient enlev leurs enfants
plus que la vie du corps, la vie de l'me.

[Note 246: Mme de Mornay, _Mmoires_; Mre de Chaugy, _Vie de sainte
Chantal_, deuxime partie, ch. XIX.]

Mais n'y a-t-il pas craindre que l'on n'attribue la lchet le refus
de se battre? Pour viter un tel jugement, la duchesse de Liancourt
veut que, de bonne heure, on envoie le jeune homme l'arme et qu'il
dploie, devant l'ennemi, ce courage du chrtien qui, sr de l'ternit,
ne redoute pas la mort. Ainsi agit-elle pour son fils, M. de la
Roche-Guyon, qui fut tu en combattant comme volontaire au poste le plus
prilleux. C'est ainsi que les femmes de France savaient prparer dans
leurs fils un gentilhomme et un soldat.

Comme la duchesse de Liancourt, Madeleine d'Aguesseau donne son fils
un flambeau qui le guide vers le ciel en clairant sa marche sur la
terre. A la diffrence de Mme de Liancourt, qui levait son fils pour le
mtier des armes, elle ne sait pas quelle profession choisira le sien.
Sans doute elle juge bon qu'un jeune homme suive la carrire paternelle;
mais elle dsire avant tout que l'on tienne compte de la vocation de
son fils, cette vocation sur laquelle il priera Dieu de l'clairer et
consultera aussi ses parents. Toutefois, ce n'est pas la vie des
camps que Mme Le Guerchois le prpare, c'est cette vie d'tude que la
duchesse de Liancourt recommandait aussi son fils et dont Madeleine
d'Aguesseau trouvait l'exemple dans cette famille de magistrats qui
l'avait vue grandir. Mais nous savons qu'elle donne cette studieuse
carrire la mme inspiration que Mme de Liancourt insufflait la vie
plus militante de M. de la Roche Guyon: la pense toujours prsente du
devoir que Dieu prescrit. Le fils de Madeleine d'Aguesseau s'instruira
pour employer sa science au service de sa foi. Il offrira Dieu
l'pret mme de son travail comme la ranon que le Seigneur a impose
l'humanit dchue. La noble femme dit loquemment que nous sommes
condamns manger avec peine le pain de l'esprit aussi bien que le
pain du corps. Mais en imposant son fils le devoir de s'instruire,
elle le prmunit contre l'enflure du faux savoir. Par suite de
la dchance de l'homme, quelque tendue que puissent avoir nos
connaissances, ce que nous ignorons est infini en comparaison de ce que
nous savons. Nos facults viennent de Dieu, notre faiblesse est inne.
Il nous faut donc parler modestement de ce que nous savons, et rapporter
Dieu nos progrs dans l'tude.

Quand son fils sera entr dans le monde, Mme Le Guerchois l'exhorte se
souvenir que ses parents sont ses meilleurs conseillers, ses amis les
plus srs. Elle lui rappelle avec force l'honneur qu'il doit leur
rendre, la confiance pleine de tendresse qu'ils doivent lui inspirer. La
duchesse de Liancourt, elle aussi, voulait que le fils confit tout sa
mre, mme ses fautes.

Madeleine d'Aguesseau guide son fils dans les amitis qu'il nouera.
Elle en restreint le nombre, mais elle les veut fidles, dvoues. Elle
exhorte le jeune homme au bon choix et la paternelle direction des
domestiques. Elle lui donne des rgles pour les distractions du monde,
pour la causerie mme. Sans doute, il y a chez Madeleine d'Aguesseau,
comme chez Mme de Liancourt d'ailleurs, tout le rigorisme jansniste.
Elle n'tablit pas une distinction suffisante entre les plaisirs permis
et ceux qui ne le sont pas. En proscrivant absolument le thtre, elle
ne fait aucune exception pour certaines oeuvres o, comme dans les
tragdies de Corneille, par exemple, un jeune homme ne peut que respirer
le souffle de l'honneur et de la vertu. Les limites qu'elle trace
la causerie sont aussi trop troites. S'imposer, par pnitence, le
sacrifice d'une parole spirituelle, quelque innocente qu'elle puisse
tre, c'est l une exagration jansniste qui ne devait pas rendre fort
anims les salons o elle se produisait. Si beaucoup d'aimables esprits
s'taient impos de semblables privations, que serait devenue la vieille
causerie franaise, cette cole d'urbanit, de grce et de bon got?
En lisant ces pages de Mme Le Guerchois, il semble que l'on se trouve
transport au sein d'une rigide demeure de l'ancienne magistrature, dans
quelque salon glacial o de rares visiteurs laissent de temps en temps
tomber quelque parole qui ne rencontre pas d'cho.



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