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Madame, dist l'evesque, j'ay reu des lettres de
Italie.--Et puis, dist-elle, comment se porte mon fils?--Madame, dist
l'evesque, je pense qu'il se porte mieulx que jamais, et qu'il est au
cercle de hroque louange et au lieu de gloire infinie.--Il est donc
mort? dist-elle.--Madame, ce n'est chose qu'on vous puisse celler, voire
de la plus honneste mort que mourut one prince ou seigneur; c'est au
lict d'honneur, en bataille permise pour juste querelle, non en fuyant,
mais en bataillant, et navr de soixante deux playes, en la compaigne
et au service du Roy, bien extim de toute la gendarmerie, et en la
grce de Dieu, car luy bien confess est deced vray crestien[253],

[Note 253: Jean Bouchet, _le Panegyrie du chevallier sans reproche_.]

Alors commence pour Mme de la Tremouille une agonie qui dure trois ans.

Pour arracher son fils la mort, la mre donne sa propre vie. Une belle
pitaphe de la dernire anne du XVIIe sicle nous montre une femme
forte succombant la maladie contagieuse qu'elle a gagne en soignant
son fils que la mort, plus forte que son amour, a enlev de ses bras.
Elle a rejoint son fils, et voici que sa fille, qui ne peut vivre
sans elle, l'accompagne dans le tombeau. C'est une famille de robe
qu'appartient ce monument funraire[254].

[Note 254: Guilhermy, _Inscriptions de la France_, t. I, CXCIV. Paris,
Saint-Sverin, 1699.]

Il y eut une mre plus hroque encore dans sa tendresse que cette femme
qui mourut en soignant son enfant; c'est Mme de Chalais accompagnant
son fils jusqu'au pied de l'chafaud pour l'aider bien mourir. Aprs
l'avoir enfant la vie terrestre, elle l'enfante de nouveau, dans
d'autres douleurs plus terribles, hlas! que les premires, pour la vie
qui nat de la mort, la vie sans fin. Je ne sais rien de plus grand que
cette figure de mre qui apparat un condamn entre la terre qu'il va
quitter et l'ternit qui l'attend.

Nous jetions tout l'heure un regard mu sur ces tombes o se
runissent les poux. D'autres monuments funraires nous montrent aussi
la mre et l'enfant dposs dans le mme tombeau. L'homme mme qui a
sacrifi au service de Dieu et de la charit sa vie entire et toute sa
puissance d'affection, le prtre qui a renonc par son austre vocation
aux titres d'poux et de pre, n'oublie pas qu'il est fils, et dans la
mort il aime dormir son dernier sommeil sur le sein maternel qui a t
son berceau. La cathdrale de Troyes contient plusieurs tombes o
les chanoines sont reprsents prs de leurs mres. Prs de Paris,
Longpont, dans l'glise prieurale et paroissiale de Notre-Dame, se
voit, au milieu de la nef, une tombe du XVIe sicle. Sur la pierre sont
graves deux figures: une femme simplement vtue porte la ceinture un
grand chapelet avec la croix; prs d'elle est un prtre. C'est le cur
de Longpont et sa mre[255].

[Note 255: Guilhermy, _Inscriptions de la France_, t. III, MCCCXVII.]



CHAPITRE III


LA FEMME DANS LA VIE INTELLECTUELLE DE LA FRANCE

(XVIe-XVIIIe SICLES)

Influence des femmes sur les arts de la Renaissance.--Leur rle
littraire.--Marguerite d'Angoulme.--Les _Contes_ de la reine de
Navarre et la causerie franaise.--Vie de Marguerite, ses lettres et ses
posies.--La seconde Marguerite.--_Mmoires_ de la troisime Marguerite.
--Marie Stuart.--Gabrielle de Bourbon.--Jeanne d'Albret.--Femmes potes
du XVIe sicle, la belle Cordire, les dames des Roches, etc.--Mlle
de Gournay, son influence philologique.--Les salons du XVIIe
sicle.--L'htel de Rambouillet; Corneille et les commensaux de la
_chambre bleue_.--La duchesse d'Aiguillon, protectrice du _Cid_;
crivains et artistes qu'elle reoit au Petit-Luxembourg.--La marquise
de Sabl et les _Maximes_ de La Rochefoucauld.--Double courant fminin
qui donne naissance aux _Caractres_ de La Bruyre.--Les conversations
d'aprs Mlle de Scudry.--Relations littraires de Flchier avec
quelques femmes distingues.--Les protectrices et les amies de La
Fontaine.--Anne d'Autriche protge les lettres et les arts.--Racine
et les femmes.--Productions intellectuelles des femmes du XVIIe
sicle.--Les oeuvres de Mme de la Fayette.--Les lettres de Mme de
Svign.--Mme de Maintenon.--Mme Dacier.--Femmes peintres au XVIIe et
au XVIIIe sicles.--Mme de Pompadour.--Femmes de lettres et salons
littraires au XVIIIe sicle: Mme de Tencin, la cour de Sceaux; Mme de
Staal de Launay, la marquise de Lambert.--Influence des femmes du XVIIIe
sicle sur les travaux des philosophes et des savants.--Mme du Chatelet,
Mlle de Lzardire.--Les salons philosophiques; Mme Geoffrin.--Un salon
du faubourg Saint-Germain: la marquise du Deffant.--Les admiratrices de
Rousseau et de Voltaire.


Le mouvement qui, depuis le rgne de Franois Ier, attire la cour
les chtelaines et leurs familles, affaiblit, disions-nous, l'action
domestique de la femme, mais dveloppe son action sociale. Nous allons
tudier cette action sur les lettres, sur les arts, et mme sur cette
forme inimitable de l'esprit franais: la causerie. Nous examinerons
dans le chapitre suivant ce que fut l'influence de la femme dans un
autre domaine: celui qui embrasse la fois les vnements historiques
et les ouvres collectives de la charit.

En cherchant quelle fut la part de la femme dans la vie intellectuelle
de la France, nous entrons tout d'abord dans cette poque brillante que
l'on a si improprement nomme: la Renaissance. Les esprits impartiaux
le constatent; les lettres, les arts, les sciences, n'avaient pas
renatre, puisqu'ils vivaient toujours[256]. Il est vrai qu'au moyen
ge, c'tait surtout la vie de l'me qui les animait, tandis que, sous
l'influence paenne du XVIe sicle, ce fut surtout la vie matrielle qui
fit ruisseler dans leurs branches une sve plus riche que bienfaisante.

[Note 256: Voir M. Guizot, _Histoire de France_, t. III.]

L'Italie avait opr cette transformation en initiant la France aux
traditions grecques et romaines interprtes par elle. Malheureusement
ce que la cour voluptueuse des Valois demandait aux coles italiennes,
ce n'tait pas l'idale puret ou la grandeur biblique de leurs plus
nobles gnies, c'tait le sensualisme qui dominait alors dans ces
coles, c'tait aussi le faux got avec lequel elles donnaient souvent
la beaut antique ce fard trompeur que produisent les civilisations
raffines.

La France cependant ne subit qu' des degrs divers l'influence antique
modifie ou dnature par l'Italie. Dans cette premire priode de la
Renaissance qu'avaient ouverte, sous Charles VIII et Louis XII, les
premires guerres d'Italie, le gnie franais, mesur, simple, vif
et svre la fois, n'avait pris de l'influence nouvelle que ce
qui pouvait le fconder. Et lorsque, dans la seconde priode de la
Renaissance, sous Franois Ier et ses successeurs, l'influence italienne
devint prpondrante, et que, potes, artistes, lui empruntrent
la grce voluptueuse et manire de la forme, la pompe affecte de
l'expression, la recherche alambique de la pense, les traditions
nationales se maintenaient toujours, et c'tait ces traditions,
vivifies par le gnie antique pris sa source mme, que devait revenir
le bon sens du pays. Heureuse si, dans cette volution, la France et
retrouv une part prcieuse de son patrimoine, ces vieilles popes que
lui avait fait mpriser la ddaigneuse Renaissance!

Quelles que soient nos rserves, il nous faut reconnatre que si la
Renaissance n'et rien ressusciter en France, elle imprima du moins un
prodigieux mouvement aux intelligences, surtout dans le domaine de l'art
et dans celui de l'rudition. Nous savons combien, dans ce dernier
domaine, la femme se distingua[257]. Ajoutons ici qu'au double point de
vue artistique et littraire, elle exera une influence considrable. Il
ne s'agissait plus, comme autrefois pour la chtelaine, d'inspirer de
loin en loin le trouvre, le troubadour, l'artiste. La femme se mle
activement au mouvement intellectuel dont la cour est le centre. Nous la
voyons encourager la fois les traditions italiennes et les traditions
franaises; mais il nous semble qu'en gnral, ce sont ces dernires
qu'elle a surtout favorises. Nous le remarquerons particulirement
pour les deux arts qui ont le plus gard cette poque le caractre
national: la sculpture qui unit alors la puissante expression morale
de l'cole franaise la puret des lignes grecques; l'architecture qui
marie aux ordres antiques rajeunis par l'esprit nouveau, les dentelles
de pierre de ses vieilles cathdrales, ses lgantes tourelles, ses
clochetons jour.

[Note 257: Voir notre premier chapitre.]

Aux lueurs de la premire Renaissance, la reine Anne avait fait excuter
par Michel Colomb l'un des plus purs et des plus nobles monuments de la
sculpture franaise: le tombeau des ducs de Bretagne.

A Chambord, cette merveilleuse expression de l'architecture et de la
sculpture franaises, la femme inspire le ciseau du statuaire: dans les
cariatides du chteau se reconnaissent les traits de la comtesse de
Chateaubriand et ceux de la duchesse d'tampes, la duchesse d'tampes,
la plus belle des savantes et la plus savante des belles, la duchesse
d'tampes qui tient le sceptre de la royaut artistique avant qu'il lui
soit ravi par la sduisante duchesse de Valentinois, Diane de Poitiers.

A Fontainebleau, o rgne l'cole italienne, la duchesse d'tampes
protge dans le Primatice la peinture et l'architecture italiennes.
Mais quant la sculpture, Mme d'tampes a compris que l'art antique ne
pouvait que perdre l'influence de l'Italie. Quand Benvenuto Cellini
expose son Jupiter d'argent au milieu de toutes les statues antiques que
le Primatice a groupes dans la galerie de Franois Ier, le roi admire
avec enthousiasme l'oeuvre du sculpteur italien; mais la belle duchesse
ne souscrit pas ce jugement. Il semble, dit-elle, que vous soyez
aveugles, et que vous ne voyiez pas ces statues antiques, ces figures de
bronze. Voil o est le vrai modle de l'art, et non dans ces bagatelles
modernes. Mais peut-tre y avait il dans les paroles de Mme d'tampes
autre chose que l'expression du got classique; peut-tre vengeait-elle
contre l'imptueux Benvenuto un rival qu'il dtestait: le Primatice.

Comme la duchesse d'tampes, la duchesse de Valentinois protge le
Primatice.



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