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Voil o est le vrai modle de l'art, et non dans ces bagatelles
modernes. Mais peut-tre y avait il dans les paroles de Mme d'tampes
autre chose que l'expression du got classique; peut-tre vengeait-elle
contre l'imptueux Benvenuto un rival qu'il dtestait: le Primatice.

Comme la duchesse d'tampes, la duchesse de Valentinois protge le
Primatice. Elles encourageaient du moins dans ce peintre un artiste dont
le got n'tait pas indigne d'influer sur ce gnie franais avec lequel
il n'tait pas sans affinit. Le Primatice avait d'ailleurs t form
l'cole d'un lve de Raphal. Malheureusement, dans cette cole, celle
de Jules Romain, on avait oubli l'idal du Sanzio pour ne se souvenir
que de sa grce puissante[258].

[Note 258: Comte de Laborde, _la Renaissance des arts la cour de
Franois Ier;_ Henri Martin, _Histoire de France_, t. VIII, etc.]

A Fontainebleau, dans cette galerie de Henri II o le Primatice n'ayant
plus, comme dans la galerie de Franois Ier, continuer l'oeuvre du
Rosso, put s'abandonner librement sa verve, tout rappelle le souvenir
de Diane de Poitiers. Le chiffre de la duchesse, enlac celui de Henri
II; le croissant, attribut de la desse dont elle porte le nom; Diane
chasseresse reprsente de diverses manires, une fois mme sous les
traits de la favorite, voil un frappant exemple de ce divorce entre
le beau et le bien, divorce qui ne fut que trop frquent la cour des
Valois.

Le chiffre enlac de Henri II et de Diane se retrouve, non seulement
dans les palais royaux, mais dans les demeures seigneuriales de ce
temps. Et la ligure de la duchesse est reproduite aussi bien par l'cole
franaise que par l'cole italienne. Jean Goujon et Germain Pilon la
font apparatre dans leurs sculptures. Jean Cousin, sur ses vitraux,
Lonard de Limoges, sur ses maux, voquent la souriante image.

La duchesse de Valentinois avait paru favoriser Fontainebleau la
peinture et l'architecture italiennes. Mais dans son chteau
d'Anet, elle protge plus particulirement les deux arts franais:
l'architecture et la sculpture. Philibert Delorme leva cette dlicieuse
rsidence, que dcorrent Jean Goujon et Jean Cousin. Toutefois, l'art
italien se montre encore ici dans la clbre Nymphe de Fontainebleau,
due au ciseau de Benvenuto Cellini.

Issue d'une race qui avait le culte dlicat des lettres et des arts,
Catherine de Mdicis ne protge pas seulement les artistes italiens, ses
compatriotes; mais la princesse qui gotait Amyot et Montaigne, demeure
fidle la tradition franaise pour nos deux arts nationaux. Elle fait
lever les Tuileries par Philibert Delorme et par Jean Bullant, et
l'htel de Soissons par le premier. Celui-ci raconte que la reine, doue
d'un got particulier pour l'architecture, jetait elle-mme sur
le papier les plans et les profils des difices qu'elle faisait
construire[259].

[Note 259: Brantme. _Premier livre des Dames;_ Imbert de Saint-Amand,
_les Femmes de la cour des Valois_.]

Catherine fit excuter par Germain Pilon le groupe des _Trois Grces_,
pour supporter l'urne qui renfermait le coeur de Henri II. Les pieux
Clestins qui elle confia la garde de ce monument n'acceptrent pas
ce symbolisme paen, et pour eux les Trois Grces devinrent les Trois
Vertus thologales[260].

[Note 260: Guilhermy, _Inscriptions de la France_, tome I,
cclix-ccx-ccxi.--Franoise de Birague, marquise de Nelle, avait aussi
fait excuter par Germain Pilon, la statue de son pre, le cardinal
de Birague. Henry Barbet-de-Jouy, _Muse du Louvre. Description des
sculptures modernes_.]

Une princesse, Franaise de coeur comme de naissance, Marguerite
d'Angoulme, soeur de Franois Ier, avait, elle aussi, favoris
l'art national. Si, avec son frre, elle avait visit les travaux du
Primatice, pntr dans l'atelier de Benvenuto Cellini, et dfendu
celui-ci contre celui-l; si elle avait pensionn l'architecte Sbastien
Serlio, elle avait fortement encourag dans Clouet l'cole franaise.
Marguerite protgeait aussi notre orfvrerie qui produisait alors ces
oeuvres merveilleuses que nous admirons dans nos muses, et o
le cristal de roche, les pierreries, prenant les formes les plus
gracieuses, s'enchssent dans d'admirables ciselures d'or. Le vieil art
franais, la tapisserie, la compte parmi ses protectrices, et
mme, comme les chtelaines du moyen ge, parmi ses artistes. Deux
_broderesses_ de Paris, Rene Serpe et Jehanne Chaudire, lui envoient
leurs oeuvres, _les Enfants dans la fournaise_, _le Jugement de Daniel_.
Elle-mme prend l'aiguille, et, entoure de ses femmes, elle produit
de belles tapisseries. On lui en attribue une qui avait pour sujet le
_Saint sacrifice de la messe_, et que dfigura avec toute la passion
d'une sectaire, la fille de Marguerite, Jeanne d'Albret[261].

[Note 261: Goutte de La Ferrire-Percy, _Marguerite d'Angoulme.--Son
livre de dpenses.--_(1540-1549), etc.]

Mais Marguerite d'Angoulme appartient surtout l'histoire des lettres,
et, comme les femmes de la Renaissance, c'est l qu'elle a trac le plus
large sillon.

J'ai mentionn plus haut[262] la vaste instruction qu'avait reue
Marguerite. Initie au latin, au grec, elle lisait Sophocle dans le
teste hellnique, et se fit enseigner l'hbreu par le Canosse. Elle
avait la passion de la science. Malheureusement elle porta cette passion
jusque dans la thologie, et nous verrons que ce fut l un cueil
aussi bien pour sa foi qui pencha vers la Rforme, que pour son talent
littraire qu'altra souvent l'abus des dissertations religieuses.

[Note 262: Voir chapitre Ier.]

Marguerite aide de ses conseils Franois Ier pour la fondation du
Collge de France. C'est d'aprs son avis que le roi porte de quatre
douze le nombre des chaires qu'il y a tablies. Elle le guide dans le
choix des professeurs. Par elle, la chaire d'hbreu est donne son
professeur le Canosse. Elle alloue une pension l'orientaliste Postel.

Duchesse d'Alenon et de Berry, apanage qu'elle garde lorsqu'elle
pouse en secondes noces le roi de Navarre, Marguerite fait fleurir
l'universit de Bourges. Elle y donne la chaire de grec Amyot,
l'inimitable traducteur qui fait passer dans la langue du XVIe sicle,
dj si riche, si abondante, les tours et les expressions de l'idiome
hellnique. La soeur de Franois Ier favorise aussi la fondation de
l'universit de Nmes. Aux frais de Marguerite plusieurs pensionnaires
sont entretenus dans les coles de France, d'Allemagne mme.

Nous avons vu Marguerite entrer avec le roi, son frre, dans l'atelier
de l'artiste. Elle accompagne aussi Franois Ier lorsqu'il visite,
dans l'atelier de la rue Jean-de-Beauvais, Robert Estienne, le savant
imprimeur qui s'applique rpandre les livres des anciens.

Si malheureusement elle ne se refuse pas chercher dans Rabelais
l'esprit gaulois jusque dans son cynisme, c'est la grce dlicate et
enjoue de l'esprit franais qu'elle aime dans Clment Marot, cet homme
du peuple devenu son valet de chambre. Elle fait plus que d'accepter son
potique hommage, et, traitant avec lui d'gal gal, elle lui crit en
vers. C'est qu'elle parle chacun dans sa propre langue, au pote
comme au savant, comme au diplomate, et comme aussi, par malheur, au
thologien, tmoin la correspondance de la princesse avec Guillaume
Brionnet.

Ne redisons pas encore les hommages reconnaissants qu'offrirent
Marguerite les esprits les plus distingus. Nous comprendrons mieux
encore ces hommages quand nous aurons vu la princesse enrichir de
ses propres travaux cette vie intellectuelle qu'elle honorait en la
protgeant.

L'oeuvre laquelle Marguerite a attach son nom d'une manire
imprissable, est l'_Heptamron_, plus connu sous cet autre titre: _les
Contes de la reine de Navarre_. Elle s'y est peinte elle-mme, et elle
y a peint son sicle. On trouve dans cette oeuvre toutes les tendances
contradictoires du XVIe sicle: les souvenirs du moyen ge et les
impressions de la Renaissance paenne, le sensualisme avec l'amour
chaste, l'amour chevaleresque, l'amour qui s'immole au devoir; la
profondeur du sentiment avec la lgret de l'esprit et du langage; la
raillerie qui se dfie de l'attendrissement et qui sourit en essuyant
une larme; la licence gauloise des vieux fabliaux et la grce dlicate
qu'une socit plus corrompue, mais mieux police, jette comme un voile
sur la crudit de la pense; la foi nave et profonde d'autrefois
avec la libre pense de la philosophie nouvelle et les prjugs du
protestantisme, et aussi avec cette proccupation thologique qui,
familire Marguerite, passionne facilement les conversations aux temps
des luttes religieuses.

Les personnages de l'_Heptamron_, ces seigneurs et ces belles dames que
l'inondation du Gave retient dans une abbaye, ces aimables causeurs qui,
chaque jour, sur le pr, se content des histoires (et souvent quelles
histoires!), entendent tous les matins leur prsidente, dame Oisille,
leur expliquer la Bible avec une loquence qui les touche profondment.
D'aprs les travaux de la critique contemporaine, dame Oisille en qui
l'on avait cru reconnatre Marguerite elle-mme, serait sa mre, Louise
de Savoie[263], non telle qu'elle tait, mais telle que la voyait la pit
filiale. Au commencement de la huitime journe, dame Oisille commente
l'Apocalypse, quoy elle s'acquicta si trs-bien, qu'il sembloit que
le Sainct-Espert, plein d'amour et de doulceur, parlast par sa bouche;
et, tous enflambez de ce feu, s'en allrent ouyr la grand messe[264]...
Ils ne manquent pas, du reste, d'assister chaque matin au saint
sacrifice... Et ils osent invoquer l'inspiration du Saint-Esprit
pour leurs tranges rcits! Est-ce l, de la part de Marguerite, une
raillerie protestante? Ne serait-ce pas encore un signe de ces temps o
le mlange si frquent du mal et du bien produit la perversion du sens
moral? Je ne le crois pas. Si les contes de la reine de Navarre sont
bien des fois licencieux, la conclusion en est souvent honnte. Comme
dans ses posies, Marguerite y joue volontiers le rle d'un prdicateur.
En faisant demander par les interprtes de sa pense l'assistance du
Saint-Esprit, elle ne se souvenait que du but qu'elle poursuivait, elle
oubliait par quels prilleux sentiers elle y conduisait.



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