A B C D E F
G H I J K L M 

Total read books on site:
more than 10 000

You can read its for free!


Text on one page: Few Medium Many
Comme
dans ses posies, Marguerite y joue volontiers le rle d'un prdicateur.
En faisant demander par les interprtes de sa pense l'assistance du
Saint-Esprit, elle ne se souvenait que du but qu'elle poursuivait, elle
oubliait par quels prilleux sentiers elle y conduisait. Mais nous
reviendrons sur cette dlicate question.

[Note 263: D'aprs la clef que M. Frank a donne dans son dition de
l'_Heptamron_. 1879.]

[Note 264: _Heptamron_, dition cite. Huictime journe. Prologue.]

D'ordinaire, ce sont les hommes qui, dans l'_Heptamron_, narrent les
anecdotes les plus scandaleuses, surtout lorsqu'elles dvoilent les
ruses, la fragilit, la nfaste influence des filles d've. Les
femmes s'en vengent bien d'ailleurs, et dans leurs rcits l'homme est
gnralement abaiss, la femme grandie. Ce sont des femmes, Oisille
et Parlamente, c'est--dire, avec Louise de Savoie, Marguerite
elle-mme[265], qui lvent le plus haut la gloire de leur sexe. Une jeune
femme unie un vieil poux et lui demeurant fidle en renonant au
monde, en vivant au service de Dieu; une autre sacrifiant sa vie son
honneur; une troisime, secrtement marie l'homme qu'elle aime, et
souffrant mille tourments pour lui, mme quand cet homme la trahit;
une noble fille du peuple dfendant sa vertu contre un grand seigneur
qu'elle aymoit plus que sa vie, mais non plus que son honneur[266], tels
sont les tableaux o nos charmantes conteuses aiment faire resplendir
le mrite des femmes. Quant aux hommes qui figurent dans les rcits
fminins, ce sont trs souvent des ingrats, des perfides, des
hypocrites. Mais, dans le camp des hommes, et mme dans le camp des
dames, il y a des transfuges. De galants chevaliers sont du ct des
femmes; et une femme, faut-il le dire, passe l'ennemi et lui livre
tratreusement les ruses de son sexe; il est vrai qu'elle n'en est que
plus digne de foi lorsqu'elle clbre les vertus de la femme. Les plus
terribles adversaires des belles causeuses, Saffredant et Simontault[267],
ne sont pas eux-mmes tout fait incrdules au mrite des femmes. Le
premier montre une jeune femme qui, marie un homme g, sacrifie
son devoir un amour partag, et meurt de ce sacrifice. Il est vrai que
le narrateur ne l'approuve gure.

[Note 265: Clef de M. Frank, _l. e._]

[Note 266: Nouvelle XLII.]

[Note 267: D'aprs la clef de M. Frank, Saffredant pourrait
reprsenter Jean de Montpezat et Simontault serait Franois de
Bourdeille, pre de Brantme. Ennasuicte, la transfuge laquelle j'ai
fait allusion quelques lignes plus haut, serait Anne de Vivonne, fille
de la snchale de Poitou et femme de Franois de Bourdeille.]

Quant Simontault, c'est lui qui dit la touchante histoire d'une
hrone de l'amour conjugal. Cette femme a suivi avec son mari le
capitaine Robertval qui emmenait au Canada une colonie franaise.
Pendant la traverse, la pauvre femme voit condamner son mari la peine
de mort pour crime de haute trahison. Par ses pleurs et par le souvenir
des services qu'elle a rendus l'quipage, elle obtient que la peine
soit commue, et que son mari et elle soient dposs dans une le que
hantent seuls les fauves. Elle aide le proscrit lever une demeure;
elle se tient ct de lui pour loigner coups de pierres les
btes sauvages, ou pour tuer les animaux dont la chair peut servir de
nourriture. La pieuse femme soutient l'me de son mari par la lecture du
Nouveau Testament. Est-il malade, elle est la fois son mdecin, son
confesseur. Il meurt. C'est elle qui l'enterre, et qui, l'aide d'une
arquebuse, loigne de ces restes bien-aims les btes de proie.
Pendant quelques annes sa vie s'coule dans la prire. Un vaisseau
la recueille, elle revient au milieu des vivants. Alors les mres la
donnent pour institutrice leurs filles. Elle leur apprend lire,
crire; et tous ceux qui l'approchent, cette grande chrtienne
enseigne une autre science, celle-l mme qui l'a soutenue dans son
hroque conduite: l'amour de Notre-Seigneur et la confiance en lui[268].

[Note 268: Nouvelle LXVII.]

A la suite de chaque histoire, les personnages de l'_Heptamron_
commentent le rcit qui leur a t fait. On dirait une cour d'amour du
moyen-ge. Dans leurs jugements, les interlocuteurs ne dmentent pas les
principes, ou l'absence de principes, que nous remarquons dans leurs
rcits. Les hommes sont pour la plupart lgers dans leurs apprciations.
Hors Dagoucin[269] qui, fidle aux traditions chevaleresques, aimerait
mieux mourir que de voir la dame de ses penses lui sacrifier son
honneur; hors Geburon, qui prouve un sentiment analogue, les seigneurs
forment d'autres voeux, et quand l'un d'eux souhaite que toutes les
femmes soient peccables..., l'exception de la sienne, Simontault est
de cet avis. Ce dernier gentilhomme dclare ailleurs que la femme ne
doit pas couter sa conscience, et Saffredant s'imagine qu'elle n'a de
vertu qu'autant que l'homme a de respect pour elle. Nous savons que La
Rochefoucauld ne pensera pas autrement[270].

[Note 269: Dagoucin, serait Nicolas Dangu, et Geburon le seigneur de
Burie. Clef de M. Frank.]

[Note 270: Voir plus haut, pages 125 126.]

Le mariage mme n'est pas toujours respect par nos libres causeurs. Ils
s'amusent fort de la vengeance conjugale qui ajoute le dshonneur d'un
des deux poux au dshonneur de l'autre. Heureusement des femmes sont
l pour dfendre les droits de la morale et la dignit du mariage. Mme
Oisille exalte le pouvoir de l'esprit sur le corps, la ncessit de
demander toute heure l'assistance du Saint-Esprit, pour enflammer en
nous cet amour divin que nous devons toujours lever au-dessus de tout,
mme des affections lgitimes.


Parlamente, qui trouve justes les plus terribles chtiments rservs
l'pouse infidle, Parlamente veut que le mariage, lien sacr, soit
contract d'aprs les conseils clairs des parents, et que l'honneur et
la vertu en soient la base. Elle rsume en trois mots l'honneur de la
femme: douceur, patience et chastet. La femme doit tre victorieuse
d'elle-mme. Pour la noble narratrice qu'il nous est particulirement
doux ici de voir identifier avec Marguerite, l'amour n'est pas ce
plaisir profane que vantent trop souvent ses compagnons de voyage.
C'est la recherche de la vertu dans l'tre aim, recherche que rien ne
satisfait ici-bas, et qui ne trouve son but que dans l'amour divin. Plus
le cour est pur, plus il est capable d'amour. Le cueur honneste envers
Dieu et les hommes, ayme plus fort que celluy qui est vitieux, et ne
crainct point que l'on voye le fonds de son intention. Parlamente juge
que la femme seule est capable de cette chaste tendresse: L'amour de la
femme, bien fonde et appuye sur Dieu et sur honneur, est si juste, et
raisonnable, que celluy qui se dpart de telle amiti, doibt tre estim
lasche et meschant envers Dieu et les hommes[271]. Parlamente unit ici
la doctrine platonicienne l'inspiration qu'au moyen ge l'vangile donna
l'amour chevaleresque.

[Note 271: Nouvelles XIX, XXI, XL, etc.]

Bien que les compagnes d'Oisille et de Parlamente n'aient pas, en
gnral, leur lvation de pense, leur sret de jugement, l'une
d'elles, Longarine[272], peut aussi faire de sages rflexions. Elle
dclare que l'pouse ddaigne doit triompher par la patience; mais
pourquoi faut-il que ce sage conseil suive une histoire passablement
lgre o la narratrice a fait rire aux dpens des maris? Ailleurs, ce
que Longarine dit de la rputation est vraiment d'une honnte femme:
Quand tout le monde me diroit femme de bien, et je saurois seule le
contraire, la louange augmenteroit ma honte et merendroit en moy-mesme
plus confuse. Et aussi, quand il me blasmeroit et je sentisse mon
innocence, son blasme tourneroit mon contentement[273].

[Note 272: Ayme Motier de la Fayette, dame de Longrai, dite la
baillive de Caen. Clef de M. Frank.]

[Note 273: Nouvelle X.]

Dans les discussions aimables qui ont lieu entre les seigneurs et les
dames, brille dj le diamant de la causerie franaise. Marguerite se
plat en faire miroiter les facettes. La galanterie est le ton oblig
des hommes, mme de ceux qui ne disent le plus de mal des femmes que
parce qu'ils en pensent peut-tre le plus de bien. La vieille courtoisie
franaise respire dans les gracieuses et spirituelles attaques que
Simontault, grondeur et charmant, dirige contre ses belles ennemies.
Saffredant lui-mme, qui affiche la mauvaise opinion qu'il a des femmes,
avoue qu'il mourra d'un dsespoir d'amour. Il est vrai qu'autour de lui
on sait quoi s'en tenir sur ce genre de trpas. Mme Oisille, malgr sa
gravit, dira trs bien une autre fois: Dieu mercy! ceste maladie ne
tue que ceulx qui doyvent morir dans l'anne[274].

[Note 274: Nouvelle L.]

Rien de plus amusant que la petite guerre que se font ces deux poux,
Hircan et Parlamente, ou, pour mieux dire, Henri de Navarre[275] et
Marguerite. Au fond de leurs malicieuses taquineries, que de tendresse
encore! Et cependant, bien que la jeune femme ne paraisse pas prendre
trop au srieux les infidlits de son mari, on voit dj dans Ja
lgret de ce grand seigneur du XVIe sicle la cause des chagrins
que le roi de Navarre fera prouver sa femme. Hircan est faible, il
l'avoue. Il nous dit qu'il s'est souventes fois confess, mais non pas
gures repenty, de ses profanes et changeantes amours. Il ajoute: Le
pch me desplait bien et suis marry d'offenser Dieu, mafs le plaisir me
plaist tousjours. Toutefois cet homme qui reconnat sa fragilit, sait
bien que si la crature humaine est porte au mal, elle est uniquement
prserve par la grce de Celluy qui l'honneur de toute victoire
doibt estre renduz. Oisille et Parlamente ne diront pas autre chose.

[Note 275: Clef de M. Franck, _l. c_.]

Ne croyons pas trop Hircan, lorsqu'il parat traiter lgrement jusqu'
la dignit du foyer. Il est ravi de l'aimable vertu que personnifie sa
compagne, et, ainsi que tous les hommes prsents, mme les plus cyniques
en paroles, il se plat voir Parlamente donner pour fondement au
mariage l'honneur et la vertu.



Pages: | Prev | | 1 | | 2 | | 3 | | 4 | | 5 | | 6 | | 7 | | 8 | | 9 | | 10 | | 11 | | 12 | | 13 | | 14 | | 15 | | 16 | | 17 | | 18 | | 19 | | 20 | | 21 | | 22 | | 23 | | 24 | | 25 | | 26 | | 27 | | 28 | | 29 | | 30 | | 31 | | 32 | | 33 | | 34 | | 35 | | 36 | | 37 | | 38 | | 39 | | 40 | | 41 | | 42 | | 43 | | 44 | | 45 | | 46 | | 47 | | 48 | | 49 | | 50 | | 51 | | 52 | | 53 | | 54 | | 55 | | 56 | | 57 | | 58 | | 59 | | 60 | | 61 | | 62 | | 63 | | 64 | | 65 | | 66 | | 67 | | 68 | | 69 | | 70 | | 71 | | 72 | | 73 | | 74 | | 75 | | 76 | | 77 | | Next |

N O P Q R S T
U V W X Y Z 

Your last read book:

You dont read books at this site.