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Text on one page: Few Medium Many
Ce fut cette patrie adoptive qu'elle dut la forte
instruction qui lui permettait jusqu' la composition du discours
latin[313]. Ce fut la France qui lui donna la langue qu'elle crivait et
parlait avec art. Elle maniait la prose avec loquence et mlait ses
chants lyriques ceux des potes qu'elle aimait: Ronsard, du Bellay.
Elle chanta les regrets de son veuvage et les douleurs plus poignantes
de son exil. En vain la critique discutera-t-elle l'origine de la plus
clbre de ses posies, c'est, toujours sur les lvres de la jeune et
belle reine que la postrit aimera placer ces strophes si touchantes
et demeures si populaires.

[Note 313: Voir plus haut, chapitre premier.]

Adieu, plaisant pays de France,
O ma patrie
La plus chrie.
Qui as nourri ma jeune enfance!
Adieu, France, adieu mes beaux jours!
La nef qui disjoint nos amours
N'a si de moi que la moiti:
Une part te reste, elle est tienne;
Je la fie ton amiti
Pour que de l'autre il te souvienne.

La France a rpondu ce voeu plein de larmes, et, dans notre pays,
Marie Stuart trouvera toujours quelles qu'aient pu tre ses fautes,
des plaidoyers qui vengeront sa mmoire, des yeux qui pleureront ses
malheurs.

La maison de Bourbon qui allait monter sur le trne avec Henri IV,
comptait, elle aussi, des princesses qui donnrent l'exemple du labeur
intellectuel. Gabrielle de Bourbon, dame de la Tremouille, qui vcut
la fin du XVe sicle et au commencement du XVIe, ne regardait les
lettres que comme un apostolat qui lui permettait de mieux remplir ses
devoirs domestiques et d'tendre au del du foyer l'influence de la
femme chrtienne. Avec des ouvrages de pit, elle crivit un trait
intitul: _Instruction des jeunes filles_. Sans vouloir pntrer dans
le domaine de la thologie, elle aimait les saintes critures, et c'est
dans la Bible qu'elle puisait certainement la tendre sollicitude qu'elle
avait pour les mes, et cette cordiale charit qui, selon le tmoignage
de Jean Bouchet, la rendait consolative, confortative[314]; cette
charit qui faisait d'une princesse de Bourbon, si imposante par le
grand air de sa race, la femme la plus douce et la plus accessible.

[Note 314: Jean Bouchet, _le Panegyrie du chevallier sans reproche_,
ch. XX. Sur Mme de La Tremouille, voir le chapitre prcdent.]

Les lettres eurent aussi pour adeptes la femme du premier Henri de
Cond, et Jeanne d'Albret, qui entra dans la maison de Bourbon par le
mariage. La fille de Marguerite d'Angoulme protgea les savants, les
potes et correspondit avec l'un de ceux-ci: Joachim du Bellay.

Dans tous les rangs de la socit, au XVIe sicle, les femmes,
redisons-le, partagent avec ardeur les occupations qui passionnent les
intelligences. Mais, en gnral, elles fuient la publicit.

Les Lyonnaises se distinguent par leurs talents; mais c'est surtout
la Renaissance paenne qu'elles appartiennent par leurs oeuvres. Elles
chantent l'amour la manire des lyriques grecs dont la langue est
d'ailleurs familire plus d'une, comme il convenait dans cette
Renaissance o la posie mme tait rudite. Chez la plus clbre des
muses lyonnaises, Louise Lab, la belle Cordire, pote et prosatrice,
l'influence hellnique est visible, bien qu'altre par le mauvais
got italien. On sent frmir dans ses pomes quelque chose de la verve
passionne que possdait Sappho, la potesse hellnique dont le surnom
lui fut donn, elle comme tant d'autres qui le mritaient moins!
Mais quel que soit le paganisme potique de la belle Cordire,
l'ineffable tendresse que l'vangile a mise au coeur de la femme n'est
pas touffe en elle, et donne parfois sa lyre des accents pleins de
mlancolie.

Si Louise Lab rappelle Sappho par son lyrisme, son hroque conduite
au sige de Perpignan nous fait souvenir d'une autre Grecque clbre,
Tlsilla, potesse et guerrire.

Comme les auteurs antiques, Louise Lab eut l'honneur d'avoir son
glossaire; elle l'eut mme de son vivant!

Auprs de Louise Lab se rangent son amie Clmence de Bourges, Pernette
du Guillet, toutes deux potes et musiciennes comme l'avait t la belle
Cordire. Pernette du Guillet chante avec l'amour la pure amiti. Ses
oeuvres sont caractrises dans leur ensemble par une noble lvation
et un sentiment moral vraiment philosophique. Ne sparons pas du groupe
lyonnais la fougueuse mancipatrice dont nous parlions plus haut[315],
Marie de Romieu, la _Vivaraise_, qui se fit remarquer par l'animation de
sa posie.

[Note 315: Chapitre premier.]

Clmence de Bourges, Pernette du Guillet, Marie de Romieu unissaient
la vertu au talent. Il en fut ainsi chez une Toulousaine, GabrielLe de
Coignard. Mais la diffrence des femmes potes du Midi, elle chercha,
ailleurs que dans les lettres antiques, la source de sa posie: son
inspiration fut toute chrtienne. Gabrielle de Coignard prlude dj aux
grands accents de la posie religieuse du XVIIe sicle. La direction que
cette pieuse mre ducatrice donna son talent, la rapproche de ces
femmes du Nord et du Centre qui clbrent gnralement dans leurs vers
les affections domestiques, les sentiments religieux, et chez lesquelles
la raison l'emporte sur la passion[316].

[Note 316: Lon Feugre, _les Femmes potes au XVIe sicle_.]

Dans ce dernier groupe, qui va nous arrter quelque peu, les dames des
Roches, Madeleine Neveu et sa fille, Catherine de Fradonnet, chantent,
l'une l'amour maternel, l'autre l'amour filial; elles s'inspirent et se
ddient rciproquement leurs oeuvres. Pote tour tour nergique et
gracieux, Catherine crivait mieux que sa mre, et cependant elle
n'avait d'autre but que de contribuer la gloire de cette mre adore.
Leur salon de Poitiers tait, comme on l'a nomm, _une acadmie de
vertu et de science_, qui devana l'htel de Rambouillet et o l'on ne
sparait pas de l'expression du beau la pense du bien. tienne Pasquier
fut le commensal de cette maison et lui consacra un potique souvenir.

La mre et la fille, la fille surtout, se firent remarquer par leur
rudition. Livre avec ardeur l'tude du grec, Catherine traduit avec
sa mre le pote Claudien; et, seule, les _Vers dors_ de Pythagore.
Elle cherche mme imiter Pindare.

Ainsi que sa mre, Catherine de Fradonnet dfend la cause de
l'instruction des femmes. Et elle avait quelque droit de le faire,
cette noble fille qui, tout entire au dvouement filial, joignait
les occupations du foyer aux labeurs de l'esprit. Elle s'tait plu
traduire l'admirable portrait de la femme forte; et, de mme qu'Erinne,
la vierge grecque, elle clbra la quenouille, la quenouille qu'elle
maniait comme la plume.

Cette mre et cette fille qui s'aimaient si tendrement, vcurent de la
mme vie, et, comme l'avait prophtis l'une d'elles, moururent de la
mme mort.

L'amour filial inspira une autre femme pote que Catherine de Fradonnet.
Camille de Morel consacra son meilleur pome la mmoire de son pre.
Modeste et instruite, elle crivit, ainsi que ses deux soeurs, des vers
franais et latins. Toutes trois hritires du talent potique qui
distinguait leur pre et leur mre, elles furent nommes _les trois
perles du_ XVIe _sicle_.

Avec leur mre Antoinette de Loynes, elles appartiennent la pliade de
femmes potes que Paris ne pouvait manquer d'avoir aussi bien que Lyon
et o se confondent grandes dames et bourgeoises.

Je ne peux nommer toutes les femmes que leur mrite littraire fit
remarquer soit la ville, soit cette cour de France o brillrent les
plus clbres, Marguerite d'Angoulme et sa petite-nice. Je citerai
cependant Anne de Lautier, doue des grces de la vertu et du savoir;
Henriette de Nevers, princesse de Clves, qui pouvait s'appliquer le
mme loge; la belle et spirituelle Mme de Villeroi, qui traduisit
les _ptres_ d'Ovide; la mre de l'avocat gnral Servin, Madeleine
Deschamps, qui versifiait en franais, crivait en latin et en grec;
la duchesse de Retz, dont j'ai mentionn plus haut la clbre harangue
latine, et qui s'illustra plus encore par son immense rudition que par
ses vers[317]; Nicole Estienne et Modeste Dupuis, apologistes de leur
sexe. La seconde prit pour thme: _Le mrite des femmes_, sujet que
devait immortaliser un pote plus rapproch de nous.

[Note 317: Voir plus haut, chapitre premier.]

Au groupe parisien appartient aussi Jacqueline de Miremont, qui dfendit
dans ses vers la foi catholique contre le protestantisme. En ces temps
de luttes religieuses, la posie mme devenait une arme de combat
que les femmes manirent dans diverses rgions de la France. Anne de
Marquets, religieuse de Poissy, clbre par Ronsard, compta avec
Jacqueline de Miremont parmi les champions du catholicisme. Chez les
protestants se distingua Catherine de Parthenay, l'hrone du sige de
La Rochelle, la savante grande dame qui avait entretenu avec sa mre une
correspondance latine, et qui possdait assez bien le grec pour traduire
un discours d'Isocrate; mais les loisirs de l'tude ne passrent pour
elle qu'aprs l'ducation de ses enfants. Elle y russit, et les filles
qu'elle eut d'un Rohan sont connues par l'hrosme de leur conduite
et par la culture de leur esprit. L'une d'elle lisait la Bible en
hbreu[318].

[Note 318: Voir plus haut, chapitre premier; L. Feugre, E. Bertin,
_ouvrages cits_.]

Mais, bien loin des controverses, dans la suave atmosphre du sentiment
religieux qu'appuie une foi absolue, une plus douce influence tait
rserve notre sexe. C'est pour diriger l'me leve, dlicate, de la
femme, que le plus aimable des saints crivit tant de lettres exquises,
parmi lesquelles celles qu'il adressa Mme de Charmoisy formrent
l'_Introduction la vie dvote_. Dans cet admirable trait, la plus
haute spiritualit se mle au sens pratique de la vie, ou plutt c'est
par cette spiritualit mme que saint Franois de Sales donne, pour
toutes les conditions de la vie, une rgle de conduite plus que jamais
ncessaire au milieu du chaos moral qu'avait produit le XVIe sicle[319].

[Note 319: D. Nisard, _Histoire de la Littrature franaise_.]

Nous avons dj indiqu le profit que les femmes pouvaient tirer de
ces fortes et douces leons qui leur apprenaient que la pit des gens
maris ne doit pas tre la pit monacale des religieux, et que c'est
une fausse dvotion que celle qui nous fait manquer aux devoirs de notre
tat.



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