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Au dclin de sa
vie, lorsque la pure influence de Mme de la Sablire avait puissamment
contribu ce que le pote renont cette littrature corruptrice,
une autre femme dont je ne pourrais tracer le nom qu'avec dgot, obtint
de La Fontaine qu'il revnt, aux crits immoraux qui flattaient les
vices de cette indigne crature.

La Fontaine tmoignait ses bienfaitrices toute sa reconnaissance en
leur offrant l'hommage de ses ouvres. Ce n'tait naturellement que des
fables qu'il ddiait Mme de la Sablire.

levons-nous nos regards sur le trne de France, nous y verrons encore
la femme protger les lettres, les arts. Anne d'Autriche accepte la
ddicace de _Polyeucte_; elle fait construire, d'aprs les dessins de
Mansard, l'abbaye du Val-de-Grce, dont Lemuet continuera l'glise et
lvera le superbe dme. La reine envoie Rome un religieux de l'ordre
des Feuillants, pour y faire dessiner les monuments les plus clbres de
l'antiquit. Puget, alors inconnu, accompagne ce religieux.

A la suite d'un rve, Anne d'Autriche inspire Lebrun la composition
du Crucifix aux anges. Sa belle-mre, Marie de Mdicis, avait
aussi-encourag la peinture. Elle avait confi Rubens la dcoration
d'une galerie du Luxembourg. Mais la princesse, qui donne l'illustre
Flamand ce tmoignage d'estime, n'oublie pas l'art franais: le peintre
Frminet lui doit le cordon de Saint-Michel[339].

[Note 339: Villot, _Notice des tableaux du muse du Louvre_.]

Sur la premire marche du trne de Louis XIV, Henriette d'Angleterre est
proclame l'arbitre du got la cour de France, par l'harmonieux Racine
qui lui ddie _Andromaque_. J'ai rappel dans un chapitre de ce livre
comment Mme de Maintenon fit clore _Esther_ et _Athalie_. Mais ce fut
la femme, la femme en gnral, qui inspira Racine ses plus vivantes
crations, ces types immortels qui ont fait de lui le peintre des
femmes. Ce n'tait plus alors la forte gnration des contemporaines
de Corneille qui posait devant lui; et si, plus d'une fois, il fit voir
dans ses hrones la beaut morale unie cette exquise tendresse de
coeur qu'il savait si bien traduire, il se plut aussi peindre dans ses
types fminins un spectacle que ne lui offrait que trop la cour de Louis
XIV: la victoire de la passion sur le devoir.

Je remarquais tout l'heure que, dans les lettres et les arts du
XVIIe sicle, la femme inspire plus qu'elle ne produit. Le talent n'a
cependant pas manqu alors aux femmes.

A propos des cercles littraires, j'ai cit deux femmes de lettres
distingues: Mlle de Scudry, Mme des Houlires. J'ai nommer encore
une grande dame pour qui la littrature fut, non une profession, mais un
passe-temps, Mme de la Fayette; et, au-dessus d'elle, la seule de toutes
les femmes du XVIIe sicle qu'ait couronne l'aurole du gnie, bien
qu'elle n'y prtendit pas, ou plutt parce qu'elle n'y prtendait pas:
Mme de Svign.

Mme de la Fayette et Mme de Svign reurent toutes deux l'influence de
l'htel de Rambouillet; mais elles n'en conservrent que la dlicatesse
de got. Un naturel exquis les prmunit contre l'affectation de la
prciosit.

Comme Mme de Motteville qui apporte dans ses souvenirs une remarquable
lvation morale, comme la grande Mademoiselle, Mme de la Fayette a
crit d'intressants mmoires historiques. Mais elle est surtout connue
par ses romans. Elle excelle dans l'analyse psychologique dont Mlle
de Scudry avait donn l'exemple; mais aux interminables romans de sa
devancire, elle fait succder des ouvrages d'imagination ayant un
caractre tout nouveau: la mesure. Pour elle un ouvrage valait plus
encore par ce qui n'y tait pas que par ce qui y tait. Elle disait:
Une priode retranche d'un ouvrage vaut un louis d'or, un mot, vingt
sous. M. Sainte-Beuve a fait ici cette remarque: Cette parole a Loule
valeur dans sa bouche, si l'on songe aux romans en dix volumes dont il
fallait avant tout sortir. Proportion, sobrit, dcence, moyens simples
et de coeur substitus aux grandes catastrophes et aux grandes
phrases, tels sont les traits de la rforme, ou, pour parler moins
ambitieusement, de la retouche qu'elle fit du roman; elle se montre bien
du pur sicle de Louis XIV en cela[340].

[Note 340: Sainte-Beuve, _Madame de la Fayette. (Portraits de
femmes)_.]

_La Princesse de Clves_ est l'expression la plus acheve de cette
mthode. Mais sous une forme nouvelle, c'est toujours l'idal de l'htel
de Rambouillet, l'idal de Corneille: la passion sacrifie au devoir. Et
dans quelles conditions! Marie sans amour au prince de Clves, Mlle
de Chartres a inspir, ds la veille de son mariage, au beau duc de
Nemours, une vive passion qui, son insu, a pntr dans son propre
coeur. pouse, elle lutte de toute la force de sa vertu contre une
affection coupable; mais un jour, elle ne trouve d'autre moyen de salut
que de fuir le lieu du combat, de quitter la cour. Le prince de Clves
s'y oppose. Alors a lieu dans le parc de Coulommiers, entre le mari et
la femme, une suprme explication qui n'a d'autre tmoin qu'un homme qui
se cache et dont les deux poux ne souponnent pas la prsence, un homme
qui ne sait pas et qui ne doit pas savoir que la femme qu'il aime rpond
sa tendresse.

Le duc de Nemours entend le prince de Clves supplier sa femme de lui
dire pourquoi elle veut se retirer du monde. Mais laissons Mme de la
Fayette nous raconter elle-mme la scne extraordinaire qui est demeure
clbre.

Ah! madame! s'cria M. de Clves, votre air et vos paroles me font voir
que vous avez des raisons pour souhaiter d'tre seule; je ne les sais
point, et je vous conjure de me les dire. Il la pressa longtemps de
les lui apprendre sans pouvoir l'y obliger; et, aprs qu'elle se fut
dfendue d'une manire qui augmentoit toujours la curiosit de son mari,
elle demeura dans un profond silence, les yeux baisss; puis tout d'un
coup, prenant la parole et le regardant: Ne me contraignez point, lui
dit-elle, vous avouer une chose que je n'ai pas la force de vous
avouer, quoique j'en aie eu plusieurs fois le dessein. Songez seulement
que la prudence ne veut pas qu'une femme de mon ge, et matresse de
sa conduite, demeure expose au milieu de la cour. Que me faites-vous
envisager, madame, s'cria M. de Clves! je n'oserois vous le dire de
peur de vous offenser. Mme de Clves ne rpondit point; et son silence
achevant de confirmer son mari dans ce qu'il avoit pens: Vous ne me
dites rien, reprit-il, et c'est me dire que je ne me trompe pas. Eh
bien! monsieur, lui rpondit-elle en se jetant ses genoux, je vais
vous faire un aveu que l'on n'a jamais fait un mari; mais l'innocence
de ma conduite et de mes intentions m'en donne la force. Il est vrai que
j'ai des raisons pour m'loigner de la cour, et que je veux viter les
prils o se trouvent quelquefois les personnes de mon ge. Je n'ai
jamais donn nulle marque de foiblesse, et je ne craindrois pas d'en
laisser parotre, si vous me laissiez la libert de me retirer de la
cour, ou si j'avais encore Mme de Chartres pour aider me conduire.
Quelque dangereux que soit le parti que je prends, je le prends avec
joie pour me conserver digne d'tre vous. Je vous demande mille
pardons si j'ai des sentiments qui vous dplaisent: du moins, je ne vous
dplairai jamais par mes actions. Songez que, pour faire ce que je fais,
il faut avoir plus d'amiti et plus d'estime pour un mari que l'on n'en
a jamais eu: conduisez-moi, ayez piti de moi, et aimez-moi encore, si
vous pouvez.

M. de Clves toit demeur, pendant tout ce discours, la tte appuye
sur ses mains, hors de lui-mme, et il n'avoit pas song faire relever
sa femme. Quand elle eut cess de parler, qu'il la vit ses genoux, le
visage couvert de larmes, et d'une beaut si admirable, il pensa
mourir de douleur, et l'embrassant en la relevant: Ayez piti de moi,
vous-mme, madame, lui dit-il, j'en suis digne, et pardonnez si dans les
premiers moments d'une affliction aussi violente qu'est la mienne, je ne
rponds pas comme je dois un procd comme le vtre. Vous me paroissez
plus digne d'estime et d'admiration que tout ce qu'il y a jamais eu de
femmes au monde; mais aussi, je me trouve le plus malheureux homme qui
ait jamais exist....[341]

[Note 341: Mme de la Fayette, _la Princesse de Clves_, troisime
partie.]

M. de Clves pressera vainement sa femme de lui faire connatre le nom
de l'homme qui trouble le repos de la princesse. Elle ne le lui dira
pas; mais par les dtails de la conversation, le mystrieux spectateur
de cette scne a appris la fois que son amour tait partag et que cet
amour tait sans espoir.

Plus tard d'injustes soupons causeront au prince de Clves un chagrin
dont il mourra. Veuve, Mme de Clves pourra pouser celui qu'elle aime
autant qu'il l'adore. Mais elle voit en lui l'homme qui a innocemment
caus la mort de son mari: elle brisera leurs deux coeurs pour offrir
ce sacrifice la mmoire de l'poux qu'elle se reproche de n'avoir pu
aimer, et qui elle gardera du moins la fidlit d'un pieux souvenir.
Elle appelle son aide le suprme appui et la suprme consolation des
grandes douleurs: la religion. Sa vie, qui fut assez courte, laissa des
exemples de vertu inimitables.

Mme de Clves n'est-elle pas digne de figurer ct de la Pauline de
Corneille dans la galerie des hrones du devoir?

Comme pour montrer dans quel abme peuvent tomber les femmes qui n'ont
pas eu la vaillance de Mme de Clves pour combattre la passion, Mme de
la Fayette a crit, deux autres romans: _la Princesse de Montpensier_ et
_la Comtesse de Tende_. Mme de Montpensier, coupable d'intention, Mme
de Tende, coupable de fait, endurent avec le mpris d'elles-mmes le
chtiment de leurs fautes; et si la seconde avait eu le courage de faire
son mari un aveu semblable celui de la princesse de Clves, la
malheureuse femme se serait pargn la honte d'un aveu autrement
terrible: celui qui suit la chute.

En dessinant de tels tableaux, Mme de la Fayette offrait d'utiles leons
des contemporaines qui en avaient souvent besoin. Mais elle le fit
simplement, sans vouloir donner elle-mme une conclusion morale ses
rcits, et laissant ce soin aux poignantes situations qu'elle voquait.
Il appartenait une femme d'avertir ainsi ses soeurs des catastrophes
qu'entrane la passion triomphante et dbordante, et d'opposer ces
catastrophes aux gnreux sacrifices qu'exige l'accomplissement du plus
austre devoir.

Mme de la Fayette exera donc une influence littraire et une action
moralisatrice, ou, pour mieux dire, elle fit servir la premire la
seconde.



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