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Text on one page: Few Medium Many
Marquis de
Saint-Aulaire, _Correspondance complte de Mme du Deffand_, 1877.]

[Note 375: Lettre du 31 aot 1772.]

[Note 376: Marquis de Saint-Aulaire, notice prcdant la
correspondance de Mme du Deffand.]

Rousseau, qui avait soulev parmi les femmes un ardent enthousiasme,
dut perdre plus d'une admiratrice par ses _Confessions_. Plus d'une, en
effet, devait partager le sentiment de la comtesse de Boufflers
crivant Gustave III: Je charge, quoiqu'avec rpugnance, le baron de
Cederhielm de vous porter un livre qui vient de paratre: ce sont les
infmes mmoires de Rousseau, intituls _Confessions_. Il me parat que
ce peut tre celles d'un valet de basse-cour, au-dessous mme de cet
tat, maussade en tout point, lunatique et vicieux de la manire la plus
dgotante. Je ne reviens pas du culte que je lui ai rendu (car
c'en tait un); je ne me consolerai pas qu'il en ait cot la vie
l'illustre David Hume, qui, pour me complaire, se chargea de conduire en
Angleterre cet animal immonde[377].

[Note 377: La comtesse de Boufflers Gustave III. Lettre du 1er mai
1782, reproduite d'aprs les papiers d'Upsal, par M. Geffroy, _Gustave
III et la cour de France_, Appendice.]

Plt Dieu que toutes les femmes eussent partag ici l'indignation de
Mme de Boufflers et que les _Confessions_ de Rousseau n'eussent point
enfant les _Mmoires particuliers_ de Mme Roland! Contraste bizarre! La
lgre comtesse de Boufflers s'indigne du cynisme des _Confessions_,
et l'honnte Mme Roland imite ce cynisme dans ses _Mmoires_, ces
_Mmoires_ o l'enthousiasme qui porte faux, l'esprit d'utopie, la
dclamation, la pose thtrale, sont bien aussi de l'cole de Rousseau,
et font regretter que Mme Roland ne se soit pas plus souvent montre
elle-mme dans les fraches et douces inspirations qui chappent parfois
de son cour et de sa plume.

L'influence de Rousseau avait t immense sur les femmes. Il avait fait
succder l'esprit de sarcasme et de dnigrement la sensiblerie et
l'enthousiasme. Nous avons vu la sensiblerie l'oeuvre dans l'ducation
des jeunes filles. Elle se traduit jusque dans la parure et produit la
robe _ la Jean-Jacques Rousseau_, le pouf _au sentiment_. Elle prside
toutes les actions de la vie et a particulirement son emploi dans les
salons littraires. En coutant Trissotin, les fausses prcieuses
du XVIIe sicle disaient qu'elles se pmaient d'aise; les femmes
sentimentales du XVIIIe sicle font mieux que de le dire en entendant
un auteur lire sa pice: elles se pment rellement. Les sanglots, les
syncopes, tels sont leurs applaudissements.

En mettant la mode l'enthousiasme et les larmes d'admiration, Rousseau
prparait, sans qu'il s'en doutt, le triomphe de Voltaire: Il est
d'usage, surtout pour les jeunes femmes, de s'mouvoir, de plir, de
s'attendrir, et mme en gnral de se trouver mal en apercevant M. de
Voltaire; on se prcipite dans ses bras, on balbutie, on pleure, on est
dans un trouble qui ressemble l'amour le plus passionn. Faut-il
rappeler ici qu'au retour de Voltaire, des femmes franaises
participrent l'ovation indescriptible qui lui fut faite et o vibra
ce cri antinational: Vive l'auteur de _la Pucelle_![378]

[Note 378: Tmoignages recueillis par M. Taine, _ouvrage cit_.]

N'enveloppons pas toutefois dans la mme rprobation tous les lans
d'enthousiasme qui se produisirent dans les dernires annes de l'ancien
rgime. Il y eut alors au sein de la vieille noblesse franaise de
gnreux tressaillements. Longtemps comprims par le scepticisme, les
bons instincts de la nature humaine cherchaient ragir. Les thories
humanitaires circulaient. Des femmes s'en firent les loquents
interprtes et les propagrent l'tranger, comme nous le verrons dans
le chapitre suivant.

Si tant de nobles lans devaient demeurer striles, c'est qu'en gnral
ils ne cherchaient pas dans l'vangile l'inspiration et la rgle. En
vain croit-on travailler au bonheur des peuples quand on y travaille
sans Dieu ou contre Dieu: Si le Seigneur ne btit lui-mme la maison,
c'est en vain que travaillent ceux qui la btissent.

Toutes les belles thories philanthropiques du XVIIIe sicle allaient
aboutir aux pages sanglantes de la Terreur.

La pense religieuse, sinon toujours la foi, vivait cependant encore
dans quelques-uns de ces coeurs qui battaient pour la libert. Je me
plais nommer ici une femme qui rappela dans ses oeuvres immortelles,
que l'homme ne peut se passer de Dieu et du culte qu'il doit lui rendre.
Ne protestante, mais catholique d'instinct, les religieuses traditions
que l'on gardait dans sa famille, prmunirent Mme de Stal contre les
dangereuses doctrines qu'elle rencontrait chez les htes que runissait
le clbre salon de sa mre, la pieuse et charitable Mme Necker. Si,
comme les femmes de son temps, Mme de Stal admira Rousseau, du moins le
disme du Vicaire savoyard ne lui suffisait pas; et bien que son ardente
imagination s'lant au del des limites que le dogme prescrit, son
coeur aimant et souffrant sentait le besoin de la foi qui soutient et
console.

Fervente disciple d'un pre qu'elle adorait, elle aima, comme Necker, la
libert telle qu'elle crut la voir apparatre l'ouverture des tats
gnraux[379]. Lorsque cette libert fut devenue la plus odieuse des
tyrannies, Mme de Stal, dans un magnifique lan, prit la dfense de la
reine qui allait consommer son martyre sur l'chafaud.

[Note 379: Mme de Stal Gustave III, lettre du 11 novembre 1791,
reproduite par M. Geffroy d'aprs les papiers d'Upsal. _Gustave IIIe et
la cour de France_,]

Malgr de cruelles dceptions, la libert fut toujours, pour Mme
de Stal, l'me de son gnie, merveilleux gnie qui excella dans
l'observation de la vie sociale[380]. Cette libert, Mme de Stal la
voulait, non seulement pour les peuples, mais pour les lettres. La
littrature franaise lui paraissait alors emprisonne dans le cercle
d'une tradition qui devenait de plus en plus troite. Elle lui ouvrit
les larges horizons des littratures germaniques pour que le gnie
national pt leur demander ce qui s'appropriait le mieux son essence.

[Note 380: Villemain, _Tableau de la littrature au XVIIIe sicle.]

Ici Mme de Stal n'appartient plus au XVIIIe sicle. Mais je n'ai pas
voulu quitter cette poque sans y saluer dans l'aurore de son gnie
la plus grande des femmes qui ont tenu en France le sceptre de
l'intelligence.



CHAPITRE IV


LA FEMME DANS LA VIE PUBLIQUE DE NOTRE PAYS


Quelle a t l'influence des femmes dans l'histoire des temps
modernes.--Entre le moyen ge et la Renaissance: Jeanne Hachette et
les femmes de Beauvais; Anne de France, dame de Beaujeu; Anne de
Bretagne.--XVIe-XVIIe sicles: Louise de Savoie et Marguerite
d'Angoulme. Les favorites des Valois. Catherine de Mdicis. Elisabeth
d'Autriche. Anne d'Este, duchesse de Guise. La duchesse de Montpensier.
La femme de Coligny. Jeanne d'Albret. Caractre violent des femmes du
XVIe sicle. Une tradition du moyen ge. Les vaillantes femmes. Marie
de Mdicis. Anne d'Autriche. Rle des femmes pendant la Fronde. Les
collaboratrices de saint Vincent de Paul. Mme de Maintenon. Mme de Prie,
Mme de Pompadour, Mme du Barry. Les conseillres de Gustave III. La
mre de Louis XVI. Marie-Antoinette. Les martyres et les hrones de
la Rvolution. Les femmes politiques de la Rvolution: Mme Roland,
Charlotte Corday, Olympe de Gouges. Les mgres. Les _flagelleuses_.
Leurs clubs. Les tricoteuses; les sans-culottes. Les _Furies de la
guillotine_. La Mre Duchesne, Reine Audu, Rose Lacombe. Throigne de
Mricourt.


Souvent heureuse dans les oeuvres de l'intelligence, quelle a t
l'influence de la femme franaise dans le domaine des vnements de
l'histoire?

Depuis le XVIe sicle, il faut le dire, cette influence a t
gnralement nfaste. Il n'en avait pas t ainsi au moyen ge. Lorsque
les femmes intervenaient cette poque dans les scnes de l'histoire,
c'tait parfois, il est vrai, pour le malheur du pays, mais c'tait le
plus souvent pour sa gloire. Sainte Clotilde, sainte Bathilde, Blanche
de Castille, Jeanne d'Arc comptent parmi les bienfaiteurs de la France.
Les trois premires lui ont donn la royaut chrtienne, et l'une
de celles-ci a contribu son unit nationale; la quatrime l'a
miraculeusement dlivre de l'tranger. Mais ce qui a fait leur force,
c'est une grande inspiration, de foi patriotique et religieuse, c'est
pour les unes le profond sentiment d'une mission maternelle, c'est pour
Jeanne d'Arc l'appel direct du ciel. Ces femmes ont agi dans la mesure
des attributions rserves leur sexe, et, dans ces attributions, je ne
comprends pas seulement les vertus domestiques de la femme et les vertus
morales qui lui sont communes avec l'homme, je mets au premier rang
les vertus patriotiques, je n'ai pas dit les talents politiques. Et
cependant ces talents n'ont pas manqu Blanche de Castille; mais
place dans la situation exceptionnelle de rgente, elle se servait de
son habilet dans les affaires publiques pour laisser son fils un
pouvoir fort et respect. Elle fut une grande reine, parce qu'elle fut
une grande mre.

Mais ce qui, dans les conditions ordinaires, rend funeste l'intrusion
politique de la femme, c'est que, crature essentiellement
impressionnable, elle fait souvent servir son pouvoir ses ambitions,
ou bien ses sentiments de tendresse et de haine. Plus absorbe que
l'homme par les affections du foyer, ces affections, en devenant
exclusives, l'aveuglent facilement, et elle leur sacrifie d'instinct
les intrts du pays. Si elle parat favoriser ceux-ci, c'est qu'ils se
seront accords avec ses sentiments personnels. D'ailleurs, et nous l'en
flicitons, elle est rarement doue des facults de l'homme d'tat. Ce
n'est pas pour cette mission que la Providence l'a cre. Sans doute,
lorsqu'une sage et forte ducation l'a habitue faire dominer en elle
la voix de la conscience, elle peut, nous le redirons plus tard avec M.
de Tocqueville, inspirer utilement son foyer l'homme d'tat, non en
lui conseillant des combinaisons politiques, mais en le fortifiant dans
le culte du devoir.



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