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Non, dans sa vie prive,
elle tait gnreuse, charitable. Elle aimait ses serviteurs et faisait
du bien ceux du roi. Vertueuse et digne, elle faisait rgner les
bonnes moeurs dans cette cour o, la premire, elle attira les femmes et
les jeunes filles. Louis XII tait fier de lui envoyer les ambassadeurs
qu'elle recevait avec sa grce royale et son loquente parole. Elle
protgea les lettres, les arts[386].

[Note 386: Voir le chapitre prcdent.]

Mais au milieu de toutes ces qualits, Anne de Bretagne tait imprieuse
et ne souffrait pas la contradiction; elle tait passionne dans ses
ressentiments et elle y apportait la tnacit de la vieille race
bretonne. Lorsqu'une femme, belle, sduisante, aime, a au service de
ses haines une influence politique, que devient pour elle l'intrt
de ce pays au milieu duquel d'ailleurs elle se considre comme une
trangre!

L'ennemie d'Anne de Bretagne, Louise de Savoie, anima aussi de ses
passions ses actes politiques. Lorsque, pour la cause de Franois
d'Angoulme, le marchal de Gi a encouru l'inimiti de la reine, Louise
de Savoie compte parmi les faux tmoins qui accusent le fidle soutien
de son fils: C'est qu'au prix de cette lchet elle conquiert la faveur
de la reine. C'est pour son fils, sans doute, qu'elle boit cette honte,
car cette femme profondment corrompue a un grand amour au coeur, et
c'est avec la plus vive exaltation que, dans son journal, elle nomme son
fils mon roi, mon seigneur, mon Csar et mon Dieu[387]. Mais cet amour,
ce n'est que l'instinct qui se fait entendre au coeur mme des fauves;
ce n'est pas l'amour intellectuel que connat la mre chrtienne et qui
fait d'elle la mre ducatrice par excellence. Au lieu d'lever vers le
bien l'me de son fils, Louise de Savoie la pervertit.

[Note 387: _Journal de Louise de Savoie_, date du 25 _de janvier_
1501.]

Elle se sert tantt de son influence sur Franois Ier, tantt de son
pouvoir de rgente, pour faire triompher ses vives tendresses ou ses
implacables ressentiments. Du duc de Bourbon qu'elle aime, elle fait un
conntable de France; et du nouveau conntable qui ddaigne son amour,
elle fait un perscut qui devient un tratre la patrie.

Pour perdre Lautrec, gouverneur du Milanais, elle s'empare des deniers
que lui envoyait le surintendant Semblanay; et elle laisse ainsi
chapper la France le duch de Milan. Et comme Semblanay dclare que
c'est la reine mre qui a pris cette somme, Louise de Savoie poursuit de
sa haine le surintendant. Cinq annes aprs, Franois Ier sacrifie sa
mre le noble vieillard qu'il appelait son pre et qui a administr les
finances sous les deux rgnes prcdents et sous le sien. Il laisse
Louise de Savoie ourdir avec son digne complice, le chancelier Duprat,
le procs qui se terminera par un sinistre spectacle: le vieux
surintendant pendu au gibet de Montfaucon!

A un moment de sa vie pourtant, Louise de Savoie eut, l'intrieur et
l'extrieur[388], une politique utile la France: c'est que, rgente
alors pendant la captivit de Franois Ier, son devoir se trouva
d'accord avec son amour maternel. Pour dlivrer son fils, c'est avec une
haute habilet diplomatique qu'elle dtache l'Angleterre de l'alliance
de Charles-Quint. Nous savons avec quel sublime dvouement la fille de
Louise, Marguerite d'Angoulme, travailla, de son ct, au salut du
royal et bien-aim captif. La mission qu'elle remplit en Espagne, ainsi
que ses autres apparitions si discrtes dans le domaine de l'histoire,
furent, comme nous le disions, les effets du sentiment unique qui fit de
sa vie un long acte d'amour fraternel. Mais dans cette me gnreuse
et vraiment franaise, cette tendresse, tout exclusive qu'elle fut, ne
l'aveugla jamais sur les besoins du pays, et Marguerite ne la fit
servir qu'au bonheur et la gloire de la France, la pacification des
esprits, au soulagement de toutes les infortunes[389].

[Note 388: M. Mignet, _Rivalit de Franois Ier et de Charles-Quint_.]

[Note 389: Voir le chapitre prcdent.]

Si, pour dlivrer Franois Ier, Louise de Savoie avait dignement
concouru avec sa fille au relvement de la France, le dernier trait
auquel la reine mre mit la main, fut une honte pour notre pays: c'tait
le trait de Cambrai qui, prpar par Louise de Savoie et par Marguerite
d'Autriche, fut nomm _la paix des Dames_, et qui, abaissant la France
aux pieds de Charles-Quint, infligeait notre patrie la plus cruelle
des humiliations: le sacrifice de tous ses allis l'ambition et la
vengeance impriales[390].

[Note 390: A. Trognon, _Histoire de France_, t. III.]

Nommerons-nous maintenant les favorites des Valois? Triste influence que
celle qu'eurent dans nos annales ces dangereuses sirnes! C'est pour
plaire Mme de Chateaubriand que Franois Ier a donn Lautrec, frre
de celle-ci, le gouvernement du Milanais; et l'incapacit de ce gnral
s'est jointe la trahison de la reine mre pour faire perdre cette
conqute la France. La duchesse d'tampes sous Franois Ier, Diane
de Poitiers sous Henri II, remplissent de leurs cratures les hautes
charges du royaume. S'il n'est pas prouv que Mme d'tampes ait trahi
la France pour Charles-Quint, il est malheureusement vrai que Diane de
Poitiers dcida Henri II conclure le trait de Cateau-Cambrsis qui,
aprs des combats o notre pays avait dignement rpondu son antique
renomme, lui imposa des conditions aussi humiliantes que s'il avait
t vaincu. C'est que la paix est ncessaire Diane: les Guises, ses
cratures, s'lvent trop haut son gr; et pour contrebalancer
leur pouvoir, elle a besoin de voir revenir la cour Montmorency et
Saint-Andr, prisonniers en Espagne.

Dtournons nos regards de ces femmes que de royales faiblesses rendent
souveraines. Levons les yeux jusque sur le trne, et voyons surgir la
figure nigmatique et terrible de Catherine de Mdicis.

Elle ne semble pas ne pour le crime, cette femme qui se montre d'abord
la tendre belle-fille de Franois Ier, la patiente pouse d'un prince
qui est l'esclave d'une vieille femme, puis l'inconsolable veuve de ce
mari infidle, la mre qui se dvoue ses enfants avec d'autant plus
d'amour que l'esprance de la maternit lui a t longtemps refuse.

On a dit d'elle que si elle n'avait pas eu subir la redoutable preuve
du pouvoir, elle aurait pu ne laisser aprs elle que le parfum des
vertus domestiques[391].

[Note 391: Imbert de Saint-Amand, _les Femmes de la cour des Valois.]

Avant la mort de Henri II, Catherine n'tait qu'en de rares
circonstances sortie de sa retraite pour exercer une action publique.
Le roi, son mari, partant pour l'expdition d'Allemagne, l'avait nomme
rgente, mais en restreignant son pouvoir. Plus tard, aprs que le
dsastre de Saint-Quentin fait redouter que l'ennemi n'entre dans
Paris, la reine a, en l'absence de son mari, un mouvement d'une noble
spontanit. Elle se rend l'Htel de Ville, ou au Parlement d'aprs
une autre version. Les cardinaux, les princes, les princesses la
suivent. Avec une persuasive loquence, elle demande un subside de
trois cent mille livres qui permette au roi de soutenir la guerre. Elle
l'obtient, et sa reconnaissance se traduit en paroles d'une exquise
douceur[392]. Par cette intervention que lui dictent le pril du pays et
les plus purs sentiments domestiques, Catherine est vraiment dans ses
attributions de femme et de reine. Aux premiers temps de son veuvage,
la reine mre s'ensevelit dans son deuil. Le moment n'est pas venu pour
elle de prendre le pouvoir. La belle et intressante Marie Stuart,
adore de son jeune poux, le gouverne avec ses oncles de Guise.
Catherine de Mdicis attend.

[Note 392: Brantme, _Premier livre des Dames_, Catherine de Mdicis;
les histoires de France de MM. Guizot et Henri Martin.]

Franois II meurt. Son jeune frre Charles IX lui succde. La reine mre
est rgente. Heure fatale que celle o Catherine prend le pouvoir! Il ne
s'agit plus ici de cder un magnanime mouvement pour demander au cour
de la France le secours qui permettra de repousser l'tranger. C'est
une autre guerre, une guerre fratricide qui va dchirer le sein de
la France. Les luttes religieuses qui grondent sourdement vont
faire explosion, soulevant les passions populaires et ravivant dans
l'aristocratie les rvoltes fodales. Pour diriger l'tat dans ces
graves conjonctures, e gouvernement n'est reprsent que par une femme
doue d'une merveilleuse habilet, habitue par l'preuve une longue
dissimulation, mais qui, dpourvue de principes suprieurs, ne se laisse
guider que par les impressions de la peur, par l'intrt de sa famille,
et enfin par l'amour du pouvoir, ce sentiment qui dominera chez elle
avec d'autant plus de force qu'il a t plus longtemps comprim dans une
me orgueilleuse. Dj, sous Franois II, quelque rserve que ft son
attitude, elle avait, dans une lettre adresse son gendre Philippe II,
laiss entrevoir son caractre altier. Ce qui la rendait hostile
la convocation des tats gnraux, c'tait la pense que, par leurs
rformes, ils la rduiraient la condition d'une chambrire. A ce
moment dj, la vanit goste l'emportait chez elle sur toute pense
patriotique. Pendant la minorit de Charles IX, l'intrt de l'tat et
celui de sa famille s'accordant, Catherine exerce sur les partis une
action modratrice, peu ferme malheureusement, mais qui s'unit la
gnreuse tolrance du chancelier de l'Hpital, le noble magistrat qui,
sous Franois II dj, a d la reine mre son lvation.

Si, par une politique incertaine, indcise, la reine se sert tour
tour de chaque parti pour contenir l'autre, c'est que tous deux lui
paraissent redoutables. La neutralit lui est d'autant plus facile que
la religion n'est pour elle qu'un moyen politique. On connat le mot
qu'elle pronona quand les premires nouvelles de la bataille de Jarnac
lui firent croire au triomphe des protestants: Eh bien! nous prierons
Dieu en franais.

Aprs avoir conclu le trait d'Amboise qui mcontente galement
catholiques et huguenots, Catherine suit une politique gnreuse que
ses intrts lui commandent.



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