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Elle unit les deux partis dans une pense
patriotique et donne leur belliqueuse ardeur un but vraiment franais:
la recouvrance du Havre que leurs querelles ont livr l'Anglais. La
reine elle-mme conduit l'arme. Avec la grce et la dextrit qui
font d'elle une admirable cuyre, elle monte cheval s'exposant aux
harquebusades et canonnades comme un de ses capitaines, voyant faire
tousjours la batterie, disant qu'elle ne seroit jamais son ayse
qu'elle n'eust pris ceste ville et chass ces Anglois de France,
haussant plus que poison ceux qui la leur avoient vendue. Aussy fit elle
tant qu'enfin elle la rendit franoise[393]

[Note 393: Brantme, _l. c._ Catherine dploya le mme courage devant
Rouen assig. Id., _id_.]

C'est encore une sage mesure que prend Catherine lorsque, exerant
la majorit de son fils une autorit plus grande que jamais, elle fait
voyager le jeune roi pendant deux annes dans les provinces, surtout
dans celles qu'enflamme le plus l'ardeur des lutes religieuses.
Catholiques et huguenots se pressent aux ftes du voyage, ces ftes o
se dploient tous les enchantements d'une cour brillante. Mais Catherine
a dj commenc employer pour soutenir sa cause une force peu
avouable: l'_escadron volant_ de ses cinquante filles d'honneur
qui dploient toutes leurs sductions pour attirer la reine les
personnages les plus influents des deux causes.

De ce voyage entrepris dans un but lev, rsulte pour Catherine une
politique nouvelle. Elle a constat l'infriorit numrique du parti
huguenot: c'est assez pour qu'elle n'ait plus le mnager. Lorsque,
sur la Bidassoa, le duc d'Albe lui a donn de sanguinaires conseils, la
reine tait prpare les recevoir.

Catherine de Mdicis apportera dans la violence la mme dissimulation,
les mmes atermoiements que dans la modration. C'est dans l'ombre
qu'elle dirigera ses premiers coups, non sans tenter encore des
dmarches pour la paix. Jetant enfin le masque, elle fait renvoyer
L'Hpital, elle dfend sous peine de mort l'exercice du culte
protestant. Mais son habilet est mise en dfaut, et la France
catholique n'est pas prte pour la lutte. Seuls, les protestants sont
sous les armes.

Dans la lutte qui s'engage, la reine mre n'a en vue ni la dfense de
la religion, ni mme l'intrt du roi. Ce qu'elle cherche dans cette
guerre, c'est le moyen de faire briller le duc d'Anjou, son fils
prfr. Elle avance et recule tour tour. Aprs avoir fait confisquer
les biens de Coligny, aprs avoir mis prix la tte de l'amiral, elle
accueille ses propositions de paix lorsqu'il marche sur Paris. Le trait
de Saint-Germain est sign.

Catherine se souvient-elle toujours de l'avis que lui avait nagure
donn le duc d'Albe: Un bon saumon vaut mieux que cent grenouilles?
Est-ce pour mieux prendre Coligny dans ses filets qu'elle s'est
rapproche de lui? Il semble difficile de prononcer en pareille matire:
rien ne ressemble plus la fausset que cette indcision qui fait
passer d'une rsolution une autre. Quoi qu'il en soit, c'est bien
cette priode de la vie de la reine que peut s'appliquer ce mot de
Charles IX Coligny: C'est la plus grande brouillonne de la terre.

L'ascendant que l'amiral prend sur le roi devient pour lui une sentence
de mort. La reine mre ne souffrira pas qu'une influence trangre lui
enlve sa domination. Catherine tente de faire assassiner Coligny.
L'amiral n'est que bless et cet vnement redouble la filiale
vnration que le roi lui tmoigne. Les Guises seuls sont accuss de
cette tentative de meurtre; mais si la grande victime gurit, la reine
se sent perdue.

C'est alors qu'avec son complice, Henri d'Anjou, elle ourdit la trame de
la Saint-Barthlemy. Avec quel art perfide elle cherche surprendre
le consentement du roi! Elle connat ce caractre faible, violent,
orgueilleux. Elle montre Charles IX l'amiral armant contre lui les
huguenots; elle lui rappelle qu'une fois, dans son enfance, lui, le roi,
a d fuir devant ces sujets rvolts. Enfin, elle frappe le dernier
coup: elle nomme son fils les vritables assassins de l'amiral: Les
huguenots demandent vengeance sur les Guises. Eh bien! vous ne pouvez
sacrifier les Guises; car ils se disculperont en accusant votre mre et
votre frre!... et ils nous accuseront juste titre.... C'est nous qui
avons frapp l'amiral pour sauver le roi! Il faut que le roi achve
l'oeuvre, ou lui et nous sommes perdus!...

D'abord ivre de fureur, Charles tombe dans un profond accablement.
Cependant il rsiste toujours: Mais mon honneur!... mais mes amis!
l'amiral! Ces mots entrecoups trahissaient les angoisses du malheureux
prince. Et Catherine poursuivait son oeuvre infernale. Aprs avoir
demand son fils la permission de se sparer de lui, elle lui jette
cette insultante parole: Sire, est-ce par peur des huguenots que vous
refusez? Sous cet outrage le roi bondit: Par la mort Dieu, puisque
vous trouvez bon qu'on tue l'amiral, je le veux; mais aussi tous les
huguenots de France, afin qu'il n'en demeure pas un qui puisse me le
reprocher aprs. Par la mort Dieu, donnez-y ordre promptement[394].

[Note 394: Henri Martin, _Histoire de France_, t. IX.]

Ces mots, prononcs dans le dlire de la fureur, sont l'arrt de mort
des protestants qui s'endorment dans la fausse scurit que leur inspire
le mariage du roi de Navarre avec la soeur de Charles IX. La jeune
marie ignore les sinistres projets qui auront leur dnouement le
lendemain. Catherine sacrifie maintenant jusqu' sa fille son
ambition! Malgr les larmes de la duchesse de Lorraine, soeur de
Marguerite, elle envoie la jeune femme auprs de son mari afin
d'loigner tout soupon. Elle l'expose ainsi aux reprsailles des
huguenots[395]; mais que lui importe! Voil ce que la politique a fait de
cette mre autrefois si pleine de sollicitude pour ses enfants!

[Note 395: Marguerite de Valois, _Mmoires_.]

C'est la nuit. Bientt la cloche du Palais va annoncer les sanglantes
matines de Paris. Le roi et ses deux conseillers, Catherine et le duc
d'Anjou, sont au portail du Louvre, vers Saint-Germain-l'Auxerrois.
Ils vont assister au prlude de l'horrible tragdie dont ils sont les
auteurs. Suivant une version, Charles IX se serait senti faiblir, et
alors la reine mre, pour prvenir un contre-ordre, aurait avanc le
signal et fait sonner la grosse cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois.
D'aprs le duc d'Anjou, une autre scne aurait eu lieu. En entendant un
coup de feu tir dans la nuit, les trois complices, pris d'pouvante,
auraient mesur les effroyables proportions de leur crime, et tous trois
auraient donn un contre-ordre, venu trop tard: la boucherie avait
commenc[396]. Si le rcit du duc d'Anjou est exact, il concorde bien avec
le caractre vacillant de la reine mre.

[Note 396: Henri Martin, _l. c._]

Tandis que Catherine, entranant le roi une fentre, le repaissait
de la vue du sang, une douce et pure jeune femme dormait dans son
appartement du Louvre: c'tait la reine de France, lisabeth d'Autriche.
Elle ignorait tout, et lorsqu' son rveil elle apprit ce qui se
passait: Helas! dit-elle soudain, le roy, mon mary, le sait-il?--Ouy,
Madame, rpondit-on, c'est luy-mesmes qui le fait faire.--O mon Dieu!
s'escria-t-elle, qu'est cecy? et quels conseillers sont ceux-l qui
luy ont donn tel advis? Mon Dieu! je te supplie et te requiers de luy
vouloir pardonner: car, si tu n'en as piti, j'ay grande peur que ceste
offense luy soit mal pardonnable. Et soudain demanda ses heures et se
mit en oraison, et prier Dieu la larme l'oeil[397].

[Note 397: D. Brantme, _Second livre des Dames_, passage transpos au
_Premier livre_ par quelques diteurs.]

Cette pieuse jeune femme qui supplie le Christ d'tre misricordieux aux
bourreaux, voil le seul spectacle qui nous repose de tant d'horreurs.
Avec lisabeth d'Autriche, nous entendons l'unique protestation qui,
dans ce palais souill, fasse vibrer la voix de l'vangile. Grce
Dieu, cette protestation tait due une femme, une femme reste
femme, et que nous aimons opposer la femme politique qui imprimait
sur la race des Valois la tache sanglante que rien ne saurait effacer de
l'histoire, mais que les pleurs et les prires d'lisabeth essayaient
d'effacer devant Dieu.

Catherine de Mdicis a sacrifi la paix de l'tat, le sang des Franais,
sa peur, son gosme, enfin sa prfrence maternelle pour le duc
d'Anjou. Devenu roi, c'est, par un juste retour de la Providence, ce
fils mme qui la chtiera. Elle l'a reproduit son image, elle lui a
donn son gosme, sa dissimulation; il retournera contre elle les vices
qu'elle lui a inculqus[398]. Il l'loignera de ses conseils. Elle le
verra dshonorer la royaut par sa lche attitude; cette royaut que
Charles IX a fait nager dans le sang, Henri III la plongera dans
la boue. Catherine de Mdicis est rduite reporter ses dernires
esprances sur la Ligue que dirigent les mortels ennemis de ce fils tant
aim nagure. Mais avec la Ligue, elle a une lointaine perspective de
domination. La duchesse de Lorraine est sa fille, et si un fils de cette
princesse succde Henri III, l'aeule pourra encore gouverner. Dans la
tumultueuse journe des Barricades, c'est Catherine qui ngocie la paix
avec le duc du Guise: dernire consolation qui reste son amour-propre
tant humili d'ailleurs! Mais bientt Henri III fait assassiner les
Guises; et le cardinal de Bourbon, fait prisonnier, jette la face
de Catherine la responsabilit de tous ces malheurs. Bouleverse, la
vieille reine meurt de saisissement.

[Note 398: A. Trognon, _Histoire de France_, tome III.]

Suivant la remarque d'un historien moderne, Catherine de Mdicis, quand
ses intrts ne s'y opposaient pas, avait voulu poursuivre un double
but qu'il ne lui fut pas donn d'atteindre: l'abaissement de la maison
d'Autriche, l'abaissement de la fodalit. Mais en poursuivant ce
but par des moyens bas et perfides, en le subordonnant surtout ses
passions, son gosme, elle le manqua[399].


[Note 399: Henri Martin, _Histoire de France_, tome IX.]

Qu'est-ce que Catherine de Mdicis a donn la France?



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