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Text on one page: Few Medium Many
Celui-ci est tran au
supplice, et, ce moment mme, la grce royale le sauve. Alors la veuve
va se jeter aux pieds du roi, et, lui prsentant son petit enfant:
Sire, dit-elle, au moins puis que vous avez donn la grce au meurtrier
du pre de cet enfant, je vous supplie de la luy donner ds cette heure,
pour quand il sera grand, il aura eu sa revenche et tu ce malheureux.
Du depuis, ce que j'ay ouy dire, la mere tous les matins venoit
esveiller son enfant; et, en lui monstrant la chemise sanglante qu'avoit
son pre lorsqu'il fut tu, et luy disoit par trois fois: Advise-la
bien: et souviens-toi bien, quand tu seras grand, de venger cecy:
autrement je te deshrite.--Quelle animosit! s'crie Brantme. Mais
pourquoi s'en tonnait-il? Ne voyait-il pas ses contemporaines se jouer
de la vie des hommes, ft-ce mme pour satisfaire un caprice insens?
L'une, en passant devant la Seine, laisse tomber son mouchoir l'eau et
le fait chercher par M. de Genlis qui ne savoit nager que comme une
pierre. Une autre jette son gant au milieu des lions que Franois Ier
fait combattre devant la cour, et elle prie le vaillant M. de Lorges
de le lui rapporter. Celui-ci y va bravement, mais si la dame de
ses penses a prouv son courage, elle a, du mme coup, perdu son
affection, s'il faut en croire la tradition suivant laquelle il lui
aurait jet son gant au visage. Brantme dit avec raison que ces femmes
eussent mieux fait de se servir de leur pouvoir pour envoyer leurs
chevaliers sur un glorieux champ de bataille. Ainsi fit Mlle de Piennes,
l'une des filles d'honneur de la reine. Pendant que Catherine de Mdicis
encourage de sa prsence les oprations du sige de Rouen, Mlle de
Piennes donne son charpe M. de Gergeay. Il se fait tuer en la
portant. A la bataille de Dreux, M. des Bordes, envoy un poste
prilleux, dit en y allant: Ha! je m'en vais combattre vaillamment pour
l'amour de ma maistresse, ou mourir glorieusement. A ce il ne faillit,
car, ayant perc les six premiers rangs, mourut au septiesme...

Un autre gentilhomme dclarait qu'il se battait bien moins pour le
service du roi ou par ambition que pour la seule gloire de complaire
sa dame.

Ce sont l de ces traits que nous a souvent offerts le moyen ge et que
nous aimons retrouver dans cette cour paenne des Valois qui n'avait
gure de chevaleresque que ses brillants dehors. Ainsi que le juge
Brantme, les belles et honntes femmes aiment les hommes vaillants,
qui, seuls, peuvent les dfendre, et les hommes braves aiment, eux
aussi, les femmes courageuses qui n'ont jamais manqu au pays de Jeanne
d'Arc et de Jeanne Hachette. Mme cette poque d'affaissement moral,
la France continuait enfanter des hrones. Les femmes faisaient les
actes d'un homme,... montoient cheval,... portoient le pistolet
l'aron de la selle, et le tiroient, et faisoient la guerre comme un
homme. Si le triste champ de bataille des guerres religieuses fut
tmoin de ce courage guerrier, la lutte contre l'tranger lui donna un
plus digne emploi. Les femmes de Saint-Riquier et celles de Pronne
imitent glorieusement Jeanne Hachette et ses compagnes. Mme de Balagny
concourt vaillamment la dfense de Cambray et meurt de chagrin quand
elle voit tomber au pouvoir de Charles-Quint la ville qu'elle regarde
comme sa principaut. Suivant une autre version, elle se serait tue:
le suicide ternirait alors la mort de cette hrone. En expirant, elle
disait son mari: Apprens donc de moy bien mourir et ne survivre ton
malheur et ta drision.--C'est un grand cas, dit Brantme, quand une
femme nous apprend vivre et mourir[405].

[Note 405: Brantme, _Second livre des Dames_.]

Le rgne rparateur de Henri IV ferme les plaies des guerres civiles et
rend la France prospre l'intrieur, respecte l'extrieur. Mais ce
grand prince est assassin, et la rgence du royaume est confie une
femme qui, par l'troitesse de ses ides, le peu d'lvation de son me,
la faiblesse et la violence de son caractre, est indigne de soutenir
l'hritage politique de Henri IV, et qui remplacera la fermet absente
par l'enttement d'un esprit aveugl.

Au moment o Marie de Mdicis devient veuve, un terrible soupon pse
sur elle: on ne la croit pas trangre l'assassinat du roi. Elle
pleure son mari cependant; mais, avant tout, elle cherche assurer son
pouvoir de rgente, et, pour y parvenir, elle relve la fodalit que
domptait Henri IV, elle comble d'honneurs et d'argent les grands du
royaume et leur livre le trsor royal que la sage administration de
Sully avait enrichi. Par ses prodigalits, la rgente contiendra-t-elle
au moins les grands seigneurs? Non, elle les exaspre par la faveur
exorbitante qu'elle a accorde un aventurier italien mari sa femme
de chambre. Compltement tranger au mtier des armes, cet aventurier,
Concini, le nouveau marquis d'Ancre, est marchal de France. Cette femme
de chambre, Lonora Galiga, trafique honteusement de tous les emplois.
Par trois fois les princes se rvoltent, et si, la seconde fois, la
reine trouve assez d'nergie pour marcher avec le jeune roi la
rencontre des rebelles, ceux-ci ont trouv dans la premire de leur
rvolte et trouveront encore dans la troisime, les titres les plus
puissants pour obtenir de nouvelles faveurs.

Marie de Mdicis dtruit aussi bien l'extrieur qu' l'intrieur,
l'oeuvre de Henri IV, et ses sympathies sont, acquises cette maison
d'Autriche dont le feu roi a poursuivi l'abaissement.

Louis XIII fait assassiner Concini. La marchale d'Ancre est excute;
Marie de Mdicis, loigne de la cour. Luynes, le favori du roi, a
remplac Concini. Cette fois encore, les princes se rvoltent; mais,
cette fois, la reine est leur appui, et elle va plonger le pays dans la
guerre civile. Aprs une escarmouche, la paix se rtablit. La mre et le
fils se rconcilient.

Le duc de Luynes meurt. Marie de Mdicis reprend quelque influence,
et ce n'est pas tout d'abord pour le malheur du pays. Elle ramne au
pouvoir l'vque de Luon, Richelieu, qu'avant sa disgrce elle avait
fait nommer secrtaire d'tat et qui l'a suivie dans sa retraite. Tant
que son protg ne lui porte pas ombrage, elle s'associe la politique
vraiment nationale de Richelieu, et sacrifie au ministre jusqu' ses
sympathies espagnoles. Mais bientt l'irascible princesse regrette la
toute-puissance de Richelieu et se plaint de son ingratitude. Assez
influente alors pour que le roi, avant de partir pour l'expdition
d'Italie, lui confie la rgence des provinces situes au nord de la
Loire, elle n'a pu russir cependant empcher une guerre qui lui est
pnible. Plus tard, elle voudra la paix tout prix avec la maison
d'Autriche. Mais l'influence de Richelieu l'emporte heureusement pour
que cette paix soit faite l'honneur de la France.

Contre le ministre, Marie de Mdicis a trouv une allie dans sa
belle-fille Anne d'Autriche. Au retour de la guerre d'Italie, Louis
XIII, dangereusement malade, est entour des tendres soins de sa mre
et de sa femme: toutes deux profitent de la reconnaissance du roi pour
perdre le cardinal. Marie de Mdicis touche son triomphe, et quand,
revenue Paris, elle reoit dans son palais du Luxembourg la visite
de Louis XIII, elle tente un dernier assaut. Tout coup elle voit
apparatre la porte de sa chambre la robe rouge du cardinal. Sa colre
clate plus violente que jamais. Marie de Mdicis somme le roi de
choisir entre la reine, sa mre, et le cardinal: le ministre, l'homme de
vieille race, qu'elle ose nommer un valet.

Le lendemain, la reine mre a reu les premiers gages de la faveur du
roi: le marchal de Marillac, son protg, est nomm au commandement de
l'arme d'Italie. Le chancelier de Marillac, le successeur que Marie de
Mdicis veut donner Richelieu, reoit, lui seul, l'ordre de suivre
Versailles le roi qui s'y rend. La foule des courtisans se porte au
Luxembourg.

Mais le soir, on apprend que le cardinal a ressaisi son influence sur
Louis XIII, et les courtisans abandonnent le Luxembourg pour le Louvre.
C'est la fameuse journe des Dupes.

Toute sa vengeance, la reine mre intrigue mme avec l'ambassadeur
d'Espagne. Exile Moulins, elle se rfugie dans les Pays-Bas. Elle y
est rejointe par son fils prfr, Gaston d'Orlans, bien digne d'elle
par l'esprit d'intrigue, de rvolte, mais bien plus coupable qu'elle.
Malgr ses graves dfauts, Marie de Mdicis n'eut pas, du moins, comme
Gaston, la lchet de livrer ses amis Richelieu. Mise en demeure de le
faire, elle ne voulut pas acheter ce prix la cessation de son exil.
Elle eut d'ailleurs des amis qui rpondirent sa fidlit par un
dvouement qu'ils payrent de leur existence: le marchal de Marillac,
le duc de Montmorency.

Richelieu qui faisait remonter jusqu' l'exile la responsabilit des
complots ourdis contre sa vie, Richelieu fut inflexible pour elle. Une
humble dmarche qu'elle fit auprs du roi, et mme auprs du ministre,
pour rentrer en France, ne fut pas plus accueillie que les interventions
diplomatiques qu'elle mit en mouvement. Elle mourut dans l'exil, dans la
pauvret, mais, ce moment suprme, elle voyait de plus haut les choses
de ce monde. Ce n'est plus une ambitieuse qui s'agite dans les intrigues
politiques, dans les passions mesquines qui ont troubl la France: c'est
une femme chrtienne qui meurt dans d'humbles sentiments et qui pardonne
Richelieu mme[406].

[Note 406: Trognon, _Histoire de France_, t. IV.]

Pendant la vie de Louis XIII, Anne d'Autriche a t, comme sa
belle-mre, associe plus d'un complot tram contre Richelieu. Elle a
mme trahi la France pour renverser le cardinal. Et cependant, lorsque,
aprs la mort de Louis XIII, elle est devenue rgente, elle s'arrte,
dit-on, devant le beau portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne,
et prononce ces paroles: Si cet homme vivait, il serait aujourd'hui
plus puissant que jamais!

Et lorsque les anciens amis d'Anne d'Autriche, ceux qui ont souffert
pour elle la prison, l'exil, reviennent et croient triompher avec elle,
la rgente les carte, et c'est au continuateur de Richelieu qu'elle
accorde sa confiance.

Est-ce seulement parce qu'en prenant le pouvoir, la reine a compris que
de graves responsabilits s'imposaient elle, et qu'elle se devait
avant tout, sinon cette France qu'elle avait trahie, au moins ce
jeune roi, ce fils bien-aim dont il lui fallait conserver l'hritage?
Je crois que l'amour maternel put avoir cette influence sur Anne
d'Autriche, mais je crois aussi que si Mazarin n'avait pas t l pour
la guider avec toute la puissance que donne une affection partage, Anne
d'Autriche aurait t expose n'avoir d'autre histoire que celle d'une
Marie de Mdicis.

Tout en reconnaissant que pour la gloire de la France, Anne d'Autriche
fit sagement de suivre les inspirations de Mazarin, il est permis
de regretter la duret avec laquelle elle sacrifia ce ministre
quelques-uns des amis qui s'taient dvous elle dans sa disgrce.



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