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Text on one page: Few Medium Many
Ce dernier crivain nomme
une humble cabaretire, Marie Rousseau, qui seconda la duchesse
d'Aiguillon dans la fondation de cette colonie.]

Voil ce que les femmes du XVIIe sicle ont fait pour le salut des
provinces dvastes, pour la grandeur de la France et la gloire de
l'glise. Leurs bienfaits ne s'arrtent pas l.

Saint Vincent avait fond un hpital pour les pauvres vieillards. Les
dames de la Charit, notamment la duchesse d'Aiguillon, le pressrent
de donner plus d'extension cette oeuvre. Devant les quarante mille
mendiants qui, Paris, peuplaient _onze cours de miracles_, il fallait
un immense dpt de mendicit. Ce fut saint Vincent qui eut modrer
ici le zle de ses collaboratrices; mais il ne refusa pas ses conseils
la duchesse d'Aiguillon qui fonda la Salptrire avec le concours de
la reine, de Mazarin et des princesses. A un moment o les ressources
manqurent l'hpital, Mme de Miramion, ge, malade, quta plus de
cinquante mille francs en un mois pour soutenir cette cration.

Comme le vieillard dlaiss, l'enfant abandonn a rencontr dans les
dames de la Charit, des mres tendres et secourables. Est-il ncessaire
de rappeler le triste sort de ces enfants trouvs que l'on dposait la
Couche, ce hideux local de la rue Saint-Landry o une veuve, assiste
d'une ou de deux servantes, recevait ces pauvres petits tres? Il ne
se passait gure de jour que l'on n'en recueillt un. Les ressources
manquaient pour donner des nourrices ces enfants. Les uns mouraient de
faim; d'autres taient tus par des soporifiques que les servantes leur
faisaient prendre pour se dbarrasser de leurs cris en les endormant.
Ceux qui chappaient ce danger, taient ou donns qui les venait
demander, ou vendus si vil prix, qu'il y en a eu pour lesquels on n'a
pay que vingt sous. On les achetait ainsi, quelquefois pour leur faire
teter des femmes gtes, dont le lait corrompu les faisait mourir;
d'autres fois pour servir aux mauvais desseins de quelques personnes qui
supposaient des enfants dans les familles... Et on a su qu'on en avait
achet (ce qui fait horreur) pour servir des oprations magiques et
diaboliques; de sorte qu'il semblait que ces pauvres innocents fussent
tous condamns la mort, ou quelque chose de pire, n'y ayant pas un
seul qui chappt ce malheur, parce qu'il n'y avait personne qui
prt soin de leur conservation. Et ce qui est encore plus dplorable,
plusieurs mouraient sans baptme, cette veuve ayant avou qu'elle n'en
avait jamais baptis, ni fait baptiser aucun.

Ainsi parle un compagnon de la vie apostolique du saint; et celui-ci
mme racontait que depuis cinquante ans, on n'avait pas entendu dire
qu'un seul enfant trouv et vcu!

Tmoin de cette navrante misre, saint Vincent l'expose aux dames de
charit tablies sur la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet, la
premire de ces confrries qui se ft forme Paris. Il savait bien,
cet homme vanglique, que pour aimer et secourir l'enfance malheureuse,
toute femme sent tressaillir en elle un coeur de mre. Les gnreuses
chrtiennes qui saint Vincent faisait appel, ne purent d'abord sauver
qu'une douzaine de ces pauvres innocents, bien plus plaindre que ceux
qu'Hrode fit massacrer. Il fallut les tirer au sort! (1638.)

Les associes du bon saint augmentent peu peu le nombre de leurs
enfants d'adoption. Elles essayent mme de les sauver tous. Puis, un
jour, les ressources manquent. C'est alors que, dans une assemble
gnrale tenue vers 1648, a lieu cette scne incomparable qui a t tant
de fois retrace, et que, nanmoins, je me garderai bien de ne point
placer ici parmi les plus beaux titres d'honneur de la femme franaise.

Saint Vincent de Paul mit en dlibration si la Compagnie devait
cesser, ou bien continuer prendre soin de la nourriture de ces
enfants, tant en sa libert de s'en dcharger, puisqu'elle n'avait
point d'autre obligation cette bonne oeuvre que celle d'une simple
charit. Il leur proposa les raisons qui pouvaient les dissuader ou
persuader; il leur fit voir que jusqu'alors, par leurs charitables
soins, elles en avaient fait vivre jusqu' cinq ou six cents, qui
fussent morts sans leur assistance; dont plusieurs apprenaient mtier,
et d'autres taient en tat d'en apprendre; que par leur moyen tous ces
pauvres enfants, en apprenant parler, avaient appris connatre et
servir Dieu; que de ces commencements elles pouvaient infrer quelle
serait l'avenir la suite de leur charit. Et puis levant un peu la
voix, il conclut avec ces paroles: Or sus, mesdames, la compassion et
la charit vous ont fait adopter ces petites cratures pour vos enfants;
vous avez t leurs mres selon la grce, depuis que leurs mres selon
la nature les ont abandonns; voyez maintenant si vous voulez aussi les
abandonner. Cessez d'tre leurs mres, pour devenir prsent leurs
juges, leur vie et leur mort sont entre vos mains; je m'en vais prendre
les voix et les suffrages: il est temps de prononcer leur arrt, et
de savoir si vous ne voulez plus avoir de misricorde pour eux. Ils
vivront, si vous continuez d'en prendre un charitable soin; et au
contraire, ils mourront et priront infailliblement si vous les
abandonnez: l'exprience ne vous permet pas d'en douter[424].

[Note 424: Abelly, _l. c._]

L'motion qui vibrait dans la voix du saint faisait assez connatre
quel tait son sentiment. La sentence des juges ne pouvait se traduire
que par des larmes et par les plus gnreux sacrifices. L'oeuvre des
Enfants-Trouvs tait dfinitivement fonde.

Collectivement ou isolment, les femmes s'associent toutes les oeuvres
de saint Vincent de Paul. Elles assistent les galriens dont leur guide
a soulag les tortures physiques et les misres morales. Avant mme
qu'il y et des Dames de la Charit, Mme de Gondi s'tait occupe de
faire vangliser les galriens par M. Vincent et ses missionnaires.
Plus tard, la duchesse d'Aiguillon qui fait donner notre saint
l'aumnerie gnrale des galres, obtient de son oncle, le cardinal de
Richelieu, la fondation d'un hpital pour les galriens, Marseille,
et y contribue par sa munificence. Les premires protectrices des
Enfants-Trouvs, les dames de la Charit de Saint-Nicolas du Chardonnet,
concourent aussi cette oeuvre. Ce sont elles encore qui visitent dans
leurs infectes et spulcrales prisons les galriens de Paris. Mme de
Miramion suit cet exemple; elle porte aux prisonniers des secours, des
consolations, de douces paroles de relvement. Mme de Maignelais,
soeur de M. de Gondi, visite aussi les galriens, et assiste jusqu'aux
condamns mort.

Mme de Maignelais fonde une maison de filles repenties sous le vocable
de sainte Madeleine, la grande pcheresse rachete par l'amour divin.
Les tablissements de ce genre n'taient pas nouveaux, mais, plus que
jamais, ils devenaient ncessaires une poque o, comme nous le
disions plus haut, la licence rgnait dans les villes, qui taient
devenues des camps.

Mme de Miramion, anime de l'esprit de saint Vincent, fonde une maison
analogue, mais elle lui donne une grande extension; elle cre le refuge
de la Piti pour les femmes de mauvaise vie que l'autorit y fait
enfermer de force, et le refuge de Sainte-Plagie pour les femmes
repentantes qui, de leur propre mouvement, viennent y mener une vie
de pnitence. Pour sauver ces mes malades, Mme de Miramion avait le
suprme remde, la misricordieuse tendresse du Bon Pasteur qui ramne
sur son paule la brebis gare.

La Piti et Sainte-Plagie deviennent des tablissements publics. Pour
les fonder, Mme de Miramion avait rencontr parmi ses appuis, le grand
coeur de Mme d'Aiguillon.

Nous savons ce que Mme de Miramion avait fait pour l'instruction
primaire des enfants du peuple, et aussi pour leur instruction
professionnelle. Sous ce dernier rapport, les dames de la Charit ont
aussi mrit nos hommages, elles qui faisaient apprendre un tat leurs
chers enfants trouvs.

Le rle des femmes du monde est immense au XVIIe sicle dans les oeuvres
du bien. Quels rsultats que ceux-ci: le salut des provinces ruines,
la rgnration des campagnes par les missions l'intrieur,
l'vanglisation des contres lointaines avec l'extension de l'influence
franaise, le soulagement des malades, l'assistance des pauvres et
surtout des vieillards, l'instruction primaire et professionnelle des
enfants du peuple, l'enfance exerce au devoir en mme temps qu'au
travail, la jeune fille prserve du vice, la pcheresse ramene au
bien; le forat lui-mme oblig de bnir dans la main qui le secourt et
dans le coeur qui le plaint, la vertu efficace de la sublime religion
que rien, quoi qu'on fasse, ne saura jamais remplacer pour inspirer de
tels actes!

Cette inspiration chrtienne avait eu ici son service la force que
donne l'association. C'tait l l'un des rares bienfaits produits par
la transformation sociale qui avait amen les familles nobles Paris.
Nagure la charit avait t surtout une action individuelle:
elle devenait dsormais une puissance sociale. Mais si, dans les
circonstances exceptionnelles, comme le dsastre de quelques provinces,
il fallait le concours de cette grande charit sociale, nous n'en
regretterons pas moins que, dans les circonstances normales de la vie,
les chtelaines aient trop souvent priv leurs paysans de la protection
maternelle qui tait le doux apanage de leurs aeules. Sans parler,
bien entendu, des migrations forces que provoqua la ruine de trois
provinces, Paris ne serait pas devenu le refuge de tous les misrables
si, comme au moyen ge, ceux-ci avaient trouv dans le pays natal les
secours de leurs seigneurs.

Les oeuvres de saint Vincent de Paul, ces oeuvres auxquelles les femmes
du XVIIe sicle donnaient une impulsion vigoureuse, n'auraient pas t
possibles, si pour les accomplir, il n'y avait eu, avec les vaillants
prtres de la Mission, ces admirables femmes dont je vais enfin
prononcer le nom: les soeurs de la Charit, les filles de saint Vincent!

Leur ordre tait n des confrries mme de la Charit.



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