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Text on one page: Few Medium Many
M. le duc de Broglie a rtabli sur cette question la vrit
historique dans son rcent ouvrage, le Secret du roi.]

[Note 430. Voir plus haut, chapitre III.]

Devant le rgne honteux de cette dernire favorite, quelques coeurs de
femmes battirent d'une noble indignation. A la fin du chapitre prcdent
j'ai fait allusion des Franaises qui propagrent l'tranger les
ides humanitaires et les belles utopies que vit clore la fin du XVIIIe
sicle: c'taient les correspondantes du roi de Sude, Gustave III,
qui nous sont connues par la rcente publication de leurs lettres,
conserves dans les papiers d'Upsal[431]. A la mort de Louis XV, l'une
de ces amies de Gustave III, la comtesse de Boufflers, lui crit les
dtails de cette mort, lui parle des hues qui accompagnrent le
cercueil sur la route de Saint-Denis; et cette femme qui, cependant,
n'tait pas de moeurs irrprochables, ne peut s'empcher de voir dans
ces dmonstrations de mpris, une revendication de la conscience
publique outrage par l'ignominieuse puissance de Mme du Barry: Rien
n'est plus inhumain que le Franais indign, dit-elle, et, il faut
en convenir, jamais il n'eut plus sujet de l'tre; jamais une nation
dlicate sur l'honneur et une noblesse naturellement fire n'avaient
reu d'injure plus insigne et moins excusable que celle que le feu roi
nous a faite lorsqu'on l'a vu, non content du scandale qu'il avait donn
par ses matresses et par son srail l'ge de soixante ans, tirer de
la classe la plus vile, de l'tat le plus infme, une crature, la pire
de son espce, pour l'tablir la cour, l'admettre table avec sa
famille, la rendre la matresse absolue des grces, des honneurs,
des rcompenses, de la politique et des lois, dont elle a opr la
destruction, malheurs dont peine nous esprons la rparation. On ne
peut s'empcher de regarder cette mort soudaine et la dispersion de
toute cette infme troupe comme un coup de la Providence. Toutes les
apparences leur promettaient encore quinze ans de prosprit, et, si
leur attente n'et t due, jamais peut-tre les moeurs et l'esprit
national n'auraient pu s'en relever[432].

[Note 431: A. Geffroy, _Gustave III et la cour de France_.]

[Note 432: La comtesse de Boufflers Gustave III. Lettre publie par
M. Geffroy, _ouvrage cit_.]

Bien oppose l'influence de Mme du Barry est celle que cherchent
exercer sur Gustave III, Mme de Boufflers et les autres correspondantes
du jeune roi, la comtesse de Brionne, ne princesse de Rohan-Lorraine,
la comtesse d'Egmont et sa digne amie Mme Feydeau de Mesmes, la comtesse
de la Marck. Nous venons d'entendre l'une d'elles fltrir la faiblesse
royale qui livrait la dignit de la France aux caprices d'une immonde
crature. La conduite du roi arrache de superbes accents la comtesse
d'Egmont, cette intressante jeune femme dont Gustave III portait les
couleurs et qui, mourante, se servait de la respectueuse tendresse
qu'elle avait inspire son royal chevalier, pour lui faire entendre
des paroles telles que celles-ci: Je suis loin de me plaindre que vous
ne m'ayez pas crit plus tt. Votre gloire est mon premier bonheur,
vous le savez; c'est ainsi que je vous aime: prfrez-moi le plus lger
besoin du dernier de vos sujets...[433]

[Note 433: La comtesse d'Egmont Gustave III, 1er octobre. 1772.
Lettre publie par M. Geffroy, _ouvrage cit_.]

Avis bien digne de la femme qui conseillait Gustave III de faire
planter la Dalcarlie en pommes de terre pour le soulagement de son
peuple!

Toutes les amies de Gustave s'appliquent faire de lui le roi d'un
peuple libre, heureux, bnissant dans son souverain la paternelle bont
d'un Henri IV. Ce type royal, la comtesse d'Egmont se dsespre de ne
pouvoir le trouver dans Louis XV. Votre Majest m'accuse de ne pas
aimer le roi. Hlas! ce n'est pas ma faute, et le regret de ne pouvoir
jouir des sentiments les plus nobles me fait seul soutenir avec tant de
chaleur l'opinion que vous me reprochez. Elle ajoute qu'en assistant
rcemment une pice qui lui paraissait remplie de sentiments franais,
le _Bayard_, de Debelloy, elle aurait achet de son sang une larme du
roi. Elle croit que les Franais pourraient encore devenir les sujets
les plus soumis et les plus fidles.... Un mot, un regard leur suffit
pour rpandre jusqu' la dernire goutte de leur sang; mais _ce mot
n'est pas dit!_... Aprs Bayard, exalte par la piti, irrite de
la froideur des assistants, je courus chez Mme de Brionne parler en
libert. Nous relmes votre lettre et nous rptmes mille fois: Voil
donc un roi qu'on peut aimer! Nous l'avons vu; il produirait des Bayard,
il ferait revivre Henri IV; il existe, et ce n'est pas pour nous: Dites
encore que nous sommes rpublicaines[434]!

[Note 434: La comtesse d'Egmont Gustave III, Lettre publie par M.
Geffroy, _l. c._]

A travers le ton de sensibilit et d'enthousiasme qui dnote l'cole
de Rousseau, il est impossible de mconnatre ce qu'il y a de bont et
d'humanit dans ces accents. Comme la plupart des correspondantes de
Gustave III, comme d'ailleurs une grande partie de la noblesse de ce
temps, la comtesse d'Egmont voulait la libert, mais la cherchait
malheureusement en dehors de l'vangile: erreur fatale qui, en se
propageant dans le peuple, amena la Rvolution. Cette noblesse franaise
devait chrement payer l'imprudente ardeur avec laquelle elle branlait
le trne et l'autel[435]. Mais, ces gentilshommes et ces grandes dames
qui voulaient le bien en se mprenant sur les moyens de le faire, nous
devons appliquer le mot de l'vangile: Paix sur la terre aux hommes de
bonne volont.

[Note 435: Caro, _la Fin du XVIIIe sicle_.]

Je me suis plu rendre hommage aux intentions que rvle la
correspondance de quelques Franaises avec Gustave III, parce que j'y
ai gnralement trouv moins une intervention politique que le dsir
de faire triompher ces principes de justice, d'honneur et d'humanit
auxquels les femmes ne doivent pas demeurer trangres. Le don de
conseil, qui appartient la femme forte, trouve ici encore son emploi,
pourvu qu'il soit exerc avec prudence[436]. Pour l'pouse, pour la mre,
le droit de conseiller est particulirement un devoir, un devoir que
sait remplir auprs de son fils la sainte mre de Louis XVI, quand elle
rappelle au jeune prince que les rois doivent reprsenter Dieu sur la
terre par leur majest, par leur action bienfaisante, par la puret de
leur vie, et que, plus ils auront de ressemblance avec ce divin modle,
plus ils s'assureront les hommages des peuples. Saint Louis, c'est l
le type qu'elle prsentait au futur roi martyr!

[Note 436: Disons ici que toutes les correspondantes de Gustave III
n'ont pas chapp au reproche de pdantisme; et que, tout en s'excusant
de sa tmrit avec une modestie fminine, Mme de Boufflers semble plus
rgenter le roi que le conseiller. Voir les lettres publies par M.
Geffroy.]

Heureuse Marie-Antoinette si, comme la mre de Louis XVI, elle avait pu
n'exercer son influence que dans la limite que lui prescrivaient
les devoirs de la femme forte! Mais, entrane dans la mle des
comptitions politiques et des luttes rvolutionnaires, l'auguste reine
allait tmoigner que si le pouvoir est pour la femme une arme qu'elle
rend facilement dangereuse au pays, cette arme, hlas! peut la tuer
elle-mme.

Ah! ce pouvoir, Marie-Antoinette ne l'a pas cherch! Lorsque, presque
enfant encore, elle est venue en France dans le charme de sa ravissante
beaut et de sa grce arienne, dans l'irrsistible attrait d'une nature
expansive qui a besoin d'tre aime et qui appelle la tendresse, un long
cri d'amour a clat sur son passage. Cet enthousiasme populaire qu'elle
soulve et dont les enivrantes motions ne la rassasieront jamais, c'est
l sa puissance, c'est l sa royaut. Et cette royaut, qu'elle est
heureuse de la devoir au pays de France! Franaise, elle l'est par
son ducation, par les lans spontans de sa gnreuse nature, par la
vivacit de son esprit, par l'tourderie et la gaiet de son caractre,
et la frivolit mme de ses gots. Aussi avec quelle indulgence elle
excuse les dfauts de ses _chers vilains sujets_: leur lgret, la
mobilit d'impression avec laquelle, aprs s'tre laisss aller aux
mauvaises suggestions, ils reviennent si aisment au bien! Le caractre
est bien inconsquent, mais n'est pas mauvais, crit-elle sa mre; les
plumes et les langues disent bien des choses qui ne sont point dans le
coeur. Et comme elle se plat en mme temps faire ressortir tout ce
qu'il y a dans ce pays de bonne volont pour le bien! Il est impossible
que mon frre n'ait pas t content de la nation d'ici, car, pour lui
qui sait examiner les hommes, il doit avoir vu que, malgr la grande
lgret qui est tablie, il y a pourtant des hommes faits et d'esprit,
et en gnral un coeur excellent et beaucoup d'envie de bien faire[437].

[Note 437: Marie-Antoinette Marie-Thrse, 22 juin 1775, 14
janvier 1776, 14 juin 1777. _Marie-Antoinette, reine de France. Sa
correspondance avec Marie-Thrse, etc._ Ouvrage publi par M. d'Arneth
et M. Geffroy.]

Mais la jeune reine n'avait point alors la pense que ce dt tre
elle de bien mener, non pas que dj elle ne ft entrane par ses
affections se mler de ces affaires auxquelles rpugnait sa vive et
juvnile nature. Mais elle ne prtendait pas agir sur la marche
gnrale de la politique. Elle avait au coeur une bien autre ambition.
Pouvait-elle oublier ce beau titre de nos souveraines: _reine de France
et de charit?_ Certes, elle le mritait, ce titre, la gnreuse femme.
Ils en tmoignent, ce paysan bless qu'elle secourt, ce vieux serviteur
qu'elle panse de ses mains, ces humbles mnages qu'elle recueille au
Petit-Trianon, ces filles pauvres qu'elle dote, ces femmes ges pour
lesquelles elle fonde un hospice; cette socit de charit maternelle
qui se cre sous son patronage!

La reine tend plus loin sa puissance. Les vieilles gloires franaises
reoivent son hommage; elle les honore dans les hommes dont le nom les
rappelle.



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