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Mais, suivant le tmoignage d'un des conseillers d'tat qui
concoururent la rdaction du Code, l'Empereur dit que l'obligation de
la femme ne peut recevoir aucune modification, et qu'elle doit suivre
son mari toutes les fois qu'il l'exige. On convint de la vrit du
principe, avec quelqu'embarras cependant pour l'excution, et l'addition
fut retranche[511].

[Note 511: Maleville, _Analyse raisonne de la discussion du Code
civil au Conseil d'tat_. Paris, 1805.]

La femme, dit l'article 215, ne peut ester en jugement sans
l'autorisation de son mari, quand mme elle serait marchande publique,
ou non commune, ou spare de biens. Ce n'est que lorsque la femme
est poursuivie en matire criminelle ou de police, que l'article 216
dclare que l'autorisation du mari n'est pas ncessaire.

Cette mme femme marie sous un autre rgime que celui de la communaut,
cette mme femme qui a obtenu la sparation de biens, ne peut pas non
plus contracter sans la permission de son mari. Elle ne peut donner,
aliner, hypothquer, acqurir, titre onreux ou gratuit, sans le
concours de son mari dans l'acte, ou son consentement par crit[512].
(Art. 217.)

[Note 512: Quant l'alination des biens, il ne s'agit ici que des
immeubles. (Art. 1538.)]

Cette disposition du Code civil est singulirement oppressive. Comme l'a
fait remarquer le conseiller d'tat que nous citions tout l'heure: Il
faut convenir qu'il est bien un peu surprenant que la femme ne puisse
agir sans l'autorisation de son mari, quoique la mauvaise conduite de ce
dernier l'ait force demander la sparation de leurs biens... La femme
alors devrait tout simplement tre autorise par la justice[513], ainsi
qu'il en arrive pour la femme du mineur, de l'interdit, de l'absent, ou
du condamn une peine afflictive ou infamante. (Articles 221, 222,
224.)

[Note 513: Maleville, _ouvrage cit_.]

Il est vrai que, d'aprs les articles 218 et 219, si le mari refuse
l'autorisation, le juge peut l'accorder; mais il serait plus simple de
ne pas imposer la femme spare la demande de ce consentement.

Quant la marchande, quel que soit le rgime sous lequel elle est
marie, elle peut, pour les intrts de son commerce, s'obliger sans
autorisation de l'poux; et si elle est marie sous le rgime de la
communaut, elle engage mme son mari (art. 220). Bizarre anomalie qui
lui confre un pareil privilge quand, d'autre part, la loi lui interdit
d'agir en justice sans le consentement du mari!

Bien que le Code n'ait t que trop fidle aux traditions romaines qui
dominaient dans les derniers sicles de la monarchie franaise, il a
accord l'pouse un privilge que lui refusaient plusieurs anciennes
coutumes: elle peut tester sans l'autorisation de son mari. (Art. 226.)

Sous le rgime dotal, c'est l'poux qui administre la dot de l'pouse.
Il dispose des revenus de cette dot; mais il ne peut aliner le fonds
dotal, mme avec le consentement de l'pouse[514]. Quant aux biens
paraphernaux ou extra-dotaux, la femme en a l'administration; mais il
ne lui est permis de les aliner qu'avec le consentement du mari. (Art.
1549, 1554, 1576.)

[Note 514: Il y a ici des exceptions que la loi spcifie. (Art. 1555
et suiv.)]

Sous le rgime de la communaut, l'poux est matre absolu des biens qui
ont t mis dans cette communaut. (Art. 1421.) Il en dispose sans
le consentement de l'pouse. Il peut s'en montrer prodigue pour les
indignes cratures qu'il lui prfre. Il peut mme donner ces femmes
les objets qui appartiennent sa compagne. Il peut, enfin, la ruiner,
ruiner leurs enfants. La femme a, il est vrai, la ressource d'obtenir la
sparation de biens; mais, comme l'a remarqu M. Legouv, combien peu
de femmes osent exposer le nom d'un mari au scandale d'une affaire
judiciaire[515]?

[Note 515: Legouv, _Histoire morale des femmes_. Ajoutons ici qu'un
projet de loi rcemment soumis la Chambre, amoindrit ce scandale en
interdisant la publicit des dtails en matire de sparation de corps.]

Nous avons dj vu que la femme de l'interdit, de l'absent, du condamn
une peine afflictive ou infamante, n'a besoin que d'une autorisation
judiciaire pour plaider ou contracter. La femme de l'absent, celle
de l'interdit, ont la surveillance des enfants, la direction de leur
ducation, l'administration de leurs biens. La femme de l'interdit peut
mme avoir la tutelle de son mari. (Art. 507.)

Conformment au principe qui affranchit la femme en dehors de la
puissance conjugale, la veuve n'a pas besoin d'une autorisation
judiciaire pour plaider ou pour contracter. Elle a sur ses enfants
presque tous les droits du pre. On ne restreint pour elle que le droit
de correction: la loi a voulu prmunir l'enfant et la mre elle-mme,
contre la promptitude souvent passionne des rsolutions fminines[516].

[Note 516: M. Demolombe, cit par M. Gide.]

Mais si la mre, veuve, a presque toute l'autorit paternelle sur ses
enfants, la loi ne lui accorde aucun droit effectif tant que le mari
est vivant. La mre chrtienne verra donner ses enfants une ducation
athe, et n'aura aucun moyen lgal de s'y opposer. Son consentement
n'est pas non plus ncessaire au mariage de son enfant. En cas de
conflit, le consentement du pre suffit. (Art. 148.)

Certes, redisons-le, l'autorit du chef de la famille est de droit
primordial. L'branler, c'est branler la socit mme. D'ailleurs,
l'homme de coeur qui est investi de ce pouvoir sait le temprer et le
partager avec l'pouse qui en est digne. Mais ne pourrait-on prvoir le
cas o le chef de famille ne saurait faire de son autorit qu'un odieux
despotisme? Ne trouve-t-on pas alors alors que, sous le Code Napolon,
la femme marie est gnralement entoure de moins de garanties que
la femme du moyen ge et mme que l'pouse romaine? Dans les vieilles
coutumes germaniques, la femme tait protge par le conseil de famille
o sigeaient ses proches et qui pouvait limiter l'autorit maritale si
celle-ci devenait tyrannique. Par une belle institution chrtienne qui
protgeait dj la femme gallo-romaine, l'vque, l'ancien dfenseur de
la cit, demeurait au moyen ge le protecteur de l'pouse malheureuse.
La femme franke avait, ds le dbut de son mariage, la jouissance de son
douaire. Elle y joignait la libre disposition de la part qu'elle avait
dans les acquts ou conomies du mariage. Quant la femme romaine, bien
qu'elle ne pt, mme avec la permission du mari, engager l'immeuble
dotal, elle en administrait elle-mme les revenus. Sous le rgime de la
communaut, les biens de cette communaut ne pouvaient tre alins sans
le consentement de l'pouse.

En souhaitant aujourd'hui qu'un conseil de famille soit juge des
questions o le despotisme ou la prodigalit du chef de famille serait
un danger pour la femme et pour les enfants, en dsirant aussi pour la
femme une plus large part dans l'administration de ses biens, on ne
demande que le retour aux traditions du pass.

En attendant que cette situation proccupe le lgislateur, les parents
pourront y remdier d'abord en tudiant davantage le caractre de
l'poux qu'ils destinent leur fille, puis en assurant celle-ci par
contrat de mariage une plus libre administration de ses biens. Mais il
faudrait pour cela que la jeune femme et reu une ducation solide qui
la rendit apte au maniement des affaires domestiques et qui la prservt
des folles prodigalits qu'entranent le luxe et les plaisirs mondains.
Il faudrait enfin que la femme pt tre la gardienne du foyer.


VI

_Mondaines et demi-mondaines._

Pour la femme mondaine, il n'y a pas de foyer domestique. Le foyer,
c'est pour elle une suite de salons qu'elle a fait brillamment dcorer,
mais qu'elle n'habite rellement pas. Elle n'en est que l'hte passager,
et ne les traverse que pour y recevoir la cohue qu'elle retrouvera
le lendemain dans une autre demeure. Si l'on excepte ces jours de
rceptions, elle ne reste chez elle que le temps que le voyageur passe
l'htellerie: les heures consacres au sommeil, la toilette, ceux
des repas qu'elle prend la maison. Les heures qu'elle pourrait se
rserver dans la matine n'existent mme pas pour elle. Pour la femme
qui, aprs avoir pass la nuit dans le monde, se lve midi, et passe
deux heures au moins sa toilette, la matine commence trois heures,
et cette _matine_, c'est le terme consacr, cette _matine_ est
employe aux visites, aux achats de luxe, aux courses de chevaux. Les
dners privs, les soires, les bals, le thtre, constituent la soire.
C'est ainsi que se multiplie un nombre infini d'exemplaires le type de
la femme qui est toujours sortie[517].

[Note 517: V. Sardou, _la Famille Benoton_.]

Dans cette vie dvore que j'appelais ailleurs le tourbillonnement dans
le vide, comment la femme mondaine remplit-elle ses devoirs d'pouse et
de mre? Elle habitue son mari se passer d'elle. Quant ses enfants,
il lui suffit de les confier des soins mercenaires.

Avec le plaisir, une seule ide la possde: le luxe.

La fivre de la spculation a produit les mariages d'argent. Et la
femme, abaisse, disions-nous, au taux d'une valeur financire, a voulu
reprsenter cette valeur par un luxe dont les excs ruinent plus d'une
fois le mari qui a cru s'enrichir en pousant une fille bien dote.
L'exprience date de loin: les Romains l'avaient faite avant nos pres.

Je t'ai certainement apport une dot plus considrable que ta fortune
personnelle. Il est assurment juste de me donner de l'or, de la
pourpre, des servantes, des mulets, des cochers, des valets de pied, de
petits courriers, des voitures dans lesquelles je me fasse traner[518].

[Note 518: _equidem datem ad te adtuli. Majorem multo, tibi quam erat
pecunia, etc._ (Plaute, _Aululaire_, 495-499).]

Ainsi parlait la Romaine. Depuis, les chevaux ont remplac les mulets;
mais l'conomie domestique n'y a rien gagn.

Je rappelais tout l'heure que la premire moiti de notre sicle avait
vu renatre la simplicit. En 1814 un auguste exil, qui revoyait la
France, disait de nobles dames en parlant d'une sainte princesse dont
la jeunesse avait eu pour palais la prison du Temple: Ma belle-fille
est d'une grande simplicit; elle ne vous donnera pas l'exemple du
luxe[519]. Pendant prs de trente-quatre ans, cette simplicit rgna la
cour de France.

[Note 519: _Anne-Paule-Dominique de Noailles, marquise de Montagu.]

Les temps sont changs.



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