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Text on one page: Few Medium Many
E. le cardinal Donnet à M. l'abbé Falcoz, à
propos de son ouvrage: _la Loi sur le divorce devant la raison et devant
l'histoire_.]

De toutes ces conséquences, la plus terrible est l'écroulement de la
famille, le triste sort des enfants. On nous dit que la séparation de
corps crée les mêmes dangers. Non! D'abord parce que cette séparation ne
permettant pas aux époux de se remarier, est assurément moins fréquente
que ne le serait le divorce. Nous ne pouvons que répéter ici que la
faculté du divorce rendra inutiles les concessions mutuelles. Il est
rare que l'on invente des prétextes pour la séparation, et pour avoir
droit au divorce, on créera, s'il le faut, redisons-le, l'un des motifs
qui le permettent. De récentes affaires judiciaires témoignent que
l'adoption présumée de la, loi a déjà fait prendre à certains hommes,
des précautions de ce genre[534]. Non seulement les sévices, les injures
graves, mais l'infidélité même, tous ces moyens, et d'autres encore,
seront bons pour obtenir le divorce. Les enfants seront donc plus
menacés que jamais de perdre cette pierre du foyer sur laquelle ils
doivent être élevés. Lorsque les parents divorcés se seront remariés,
les enfants reverront auprès de leur mère un autre époux que leur père;
auprès de leur père, une autre femme que leur mère; et s'ils sont
conduits ainsi à plusieurs foyers successifs, quelle idée se feront-ils
de la sainteté de la famille? Que deviendra à leurs yeux l'auréole de la
mère, la majesté du père? Le respect filial n'existera guère davantage
que dans ces sauvages contrées où règne une hideuse promiscuité; et un
jour viendra où les enfants connaîtront moins encore leurs parents que
les animaux qui, du moins, les voient veiller sur eux tant qu'ils en ont
besoin. Que deviendra la sollicitude paternelle ou maternelle chez celui
ou chez celle qui, passant d'un foyer à un autre, aura eu des enfants de
toutes ces unions successives?

[Note 534: Fernand Nicolay, _étude citée_.]

Dans la séparation de corps, déjà bien douloureuse cependant et qu'il
faudrait éviter au prix des plus grands sacrifices, un tel spectacle est
généralement épargné aux enfants. Pour qu'un homme ou une femme ose se
montrer aux yeux de ses enfants avec son complice, il faut que cet homme
ou cette femme ait perdu le dernier sentiment qui subsiste dans l'être
le plus dégradé: le respect que lui inspire l'innocence de son enfant.
C'est à un foyer solitaire que l'enfant, qui vit avec l'un de ses
parents, retrouve l'autre quand il le visite. Dans la maison où il est
élevé, la place du père ou de la mère n'est pas occupée: elle manque! Et
lorsque vient un jour où l'enfant a compris qu'un grand malheur a passé
sur son foyer, avec quel redoublement de tendresse, de respect il se
dévoue à celui de ses parents qui a du être à la fois pour lui père et
mère et que sacre à ses yeux la double couronne du malheur et de la
vertu!

Je ne sais si beaucoup de ménages recourront aux facilités de vie que
leur promet la nouvelle loi. Mais ce que je sais bien, c'est que
les femmes chrétiennes ne les accepteront jamais, et demeureront
inviolablement attachées au principe d'indissolubilité qui est la loi
primordiale de l'humanité et que le Christ a rappelé.

Il est de ces femmes chrétiennes, et il en est beaucoup, qui,
maltraitées ou trahies par un époux, se refusent même à la séparation
de corps et restent vaillamment à leur poste. Au pied de la Croix
elles acceptent l'épreuve, elles la bénissent. Les enseignements de la
religion leur ont fait savoir que l'épouse fidèle sanctifie l'époux
infidèle; et humbles et silencieux missionnaires, elles remplissent
à leur foyer, par l'exemple de leurs vertus et par leur céleste
résignation, un apostolat que Dieu bénit plus d'une fois sur la terre
par un tendre retour du mari coupable.

Il y en a de plus héroïques encore: il y en a qui se dévouent à un être
déshonoré, condamné à une peine infamante. Ou elles le croient innocent,
et alors il devient pour elles un martyr, ou bien elles le savent
coupable, et elles lui restent attachées pour le relever et le sauver.

D'ailleurs, fussent-elles même privées de la foi, les plus délicats
instincts de la pudeur ne leur disent-ils pas qu'elles ne peuvent vivre
avec un autre mari du vivant du premier? Pour l'honneur des femmes de
France, j'espère que l'on en trouvera peu parmi elles qui braveront
cette honte. Comme leur aïeule, la prêtresse gauloise Camma, elles
diront, non en jetant aux pieds de leur mari la tête du centurion
romain, mais en repoussant la loi qui ferait d'elles des courtisanes
légales: «Deux hommes vivants ne se vanteront pas de m'avoir possédée.»

Certes, répétons-le, c'est rarement en dehors de la religion que la
femme a la magnanimité, la divine compassion qui font d'elle la martyre
du devoir au foyer conjugal. Le christianisme seul nous apprend à
souffrir, et la doctrine positiviste qui cherche à le remplacer
n'apprend qu'à jouir. Aussi les hommes qui proscrivent Dieu de
l'éducation, sont-ils les mêmes qui appellent le divorce. C'est logique.
Ce n'est pas après avoir désarmé le soldat qu'on l'envoie à la bataille.
Ce n'est pas avec la perspective du néant que l'on nous dédommage des
douleurs de cette vie.


§VIII

_Où se retrouve le type de la femme française._

L'abaissement du caractère de la femme, la désorganisation du foyer,
voilà ce que nous a surtout montré jusqu'à présent le XIXe siècle. Si la
société française tout entière était gangrenée par cette corruption, il
y aurait de quoi désespérer de notre patrie. Une seule ressource peut
sauver un pays en décadence: c'est la famille avec ses traditions
domestiques, patriotiques, religieuses. Grâce à Dieu, cette ressource
suprême ne nous manque pas encore; et si les mauvaises moeurs sont les
plus apparentes parce qu'elles sont les plus tapageuses, elles ne sont
pas, disons-le bien haut, en majorité parmi nous, A toute époque le mal
a existé, et à toute époque aussi le bien a poursuivi son cours.

A côté de la femme légère, corrompue même, entraînant les hommes au
mal, on a vu et l'on voit toujours la femme laborieuse, unissant à la
tendresse miséricordieuse le dévouement poussé jusqu'au sacrifice, la
force morale qui fait d'elle pendant l'épreuve, la consolatrice de
l'homme, la conseillère du plus difficile devoir. «On a dit quelquefois,
avec beaucoup d'injustice, qu'au fond de toute faute de la part d'un
homme, il y a une femme. Le contraire est plus près de la vérité. Dans
toute action noble et désintéressée, cherchez bien, vous trouverez votre
mère, ou votre femme, ou votre enfant qui vous inspire, si vous
êtes vraiment un homme de coeur. Mère, épouse, fille ou soeur, oui,
répétons-le, il est des inspirations qui naissent de préférence dans
le coeur des femmes, où le froid calcul, les ambitieuses réserves, les
secrètes convoitises ont toujours moins de prise que sur l'esprit des
hommes, même les meilleurs[535].»

[Note 535: Cuvillier-Fleury, _Discours de réception à l'Académie
française._]

Tel est le caractère, telle est l'influence de la femme fidèle au plan
divin. Ce type a existé dans les plus anciennes sociétés patriarcales,
il s'est même retrouvé dans la corruption païenne. Mais il a reçu dans
la femme forte de l'Écriture son expression la plus accomplie avant que
l'Évangile lui eût donné une plus complète puissance de rayonnement et
de tendresse. Ce type, nos vieux ancêtres de Gaule et de Germanie l'ont
adopté avec amour, eux qui reconnaissaient dans la femme quelque chose
de divin. Pour les rudes guerriers du moyen âge, la femme, être
sacré, est une image visible de la Vierge Mère de Dieu; et le respect
chevaleresque qu'elle leur inspire devient l'un des traits de la
civilisation française.

Ce type, la corruption des siècles l'a épargné. A une civilisation plus
brillante, mais moins pure que celle du moyen âge, la femme française et
chrétienne n'a donné ou pris que les traditions de bon goût littéraire,
d'urbanité sociale, de bonne compagnie enfin, qui s'adaptent si bien à
ses qualités natives: la grâce enjouée, la vivacité d'esprit. C'est par
elle que vivent encore aujourd'hui les rares salons qui ont gardé les
traditions d'autrefois. C'est plus d'une fois par elle que le sentiment
du beau trouve encore de l'écho parmi nous.

A tous les degrés de l'échelle sociale, le type de la femme française
existe aujourd'hui; et, si dans les classes populaires, une éducation
appropriée à une modeste destinée, lui donne moins d'éclat, ses grandes
lignes subsistent toujours. Par l'élévation des sentiments, la plus
humble femme du peuple a une distinction innée qui frappe souvent
l'attention de l'observateur.

Dans tous les rangs de la société d'ailleurs, les femmes françaises ont
pour le bien un admirable élan. Enthousiastes de leur nature, elles
ne se bornent cependant pas à se laisser exalter par les grandes
inspirations. Avec cette tendance pratique qui est dans notre caractère
national, elles sentent le besoin de traduire par des actes, les
généreuses émotions qui ont passé dans leurs âmes. La charité n'a pas de
plus actifs missionnaires que les femmes de France. Ce sont les femmes
qui, chaque année, figurent en majorité parmi les lauréats des prix
Monthyon qui récompensent les humbles héroïsmes de la charité. Pauvres
elles-mêmes, elles donnent à de plus pauvres qu'elles leurs soins, leur
pain, leur temps.

Dans les classes plus élevées de la société, même chaleur d'âme, même
sollicitude. Il y a encore des châtelaines qui, de même qu'au moyen âge,
sont les mères de leurs paysans, et demeurent au milieu d'eux pour les
éclairer, les soutenir, les soigner enfin dans leurs maladies. Au sein
des villes, que de femmes vont porter dans les plus misérables demeures,
les tendres encouragements et les secours matériels de la charité!

Depuis qu'avec saint Vincent de Paul, la charité est surtout devenue
sociale, les femmes n'ont cessé de participer aux oeuvres fondées par
ce grand apôtre du bien, ou qui, animées de son esprit, sont nées dans
notre siècle. A présent, comme autrefois, les femmes du monde sont les
dignes émules des soeurs de la Charité et de toutes les saintes filles
qui, dans les autres communautés, se dévouent aux oeuvres du bien.
Comment ne pas nommer parmi celles-ci les Petites-Soeurs des pauvres, et
ne pas rappeler qu'elles furent instituées par deux ouvrières et par une
servante?

Sous l'inspiration de l'Évangile, les femmes de France, quel que soit
leur habit, quelle que soit leur condition sociale, embrassent dans
leur sollicitude l'existence humaine tout entière, depuis le moment où
l'enfant commence sa vie dans le sein de sa mère, jusqu'au temps où
le vieillard se traîne dans la tombe.



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