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A présent, comme autrefois, les femmes du monde sont les
dignes émules des soeurs de la Charité et de toutes les saintes filles
qui, dans les autres communautés, se dévouent aux oeuvres du bien.
Comment ne pas nommer parmi celles-ci les Petites-Soeurs des pauvres, et
ne pas rappeler qu'elles furent instituées par deux ouvrières et par une
servante?

Sous l'inspiration de l'Évangile, les femmes de France, quel que soit
leur habit, quelle que soit leur condition sociale, embrassent dans
leur sollicitude l'existence humaine tout entière, depuis le moment où
l'enfant commence sa vie dans le sein de sa mère, jusqu'au temps où
le vieillard se traîne dans la tombe. Sociétés de charité maternelle,
éducation des enfants trouvés ou délaissés, orphelinats, crèches,
asiles, écoles primaires ou professionnelles, ouvroirs, patronage des
jeunes ouvrières valides ou malades, patronage de cercles d'ouvriers,
fourneaux économiques, hospitalité de nuit, hospices de vieillards,
hôpitaux, bagnes, prisons, maisons de détention, de correction, de
préservation, patronage des jeunes filles détenues et libérées, écoles
de réforme pour les petits vagabonds, on retrouve partout la femme de
l'Évangile, excepté dans les écoles et dans les hôpitaux d'où l'on
chasse avec le Dieu qui protège l'enfant et qui secourt le malade, la
sainte fille qui est la mère de l'un et de l'autre.

Entre toutes les oeuvres que je viens de signaler ici et qui
mériteraient une longue étude que ne me permet pas le cadre restreint
de mon travail, je ne peux résister au désir d'en désigner deux qui
montrent, sous deux aspects caractéristiques, la courageuse charité des
femmes de France. L'une est l'oeuvre des Dames du Calvaire. Elle réunit,
«en une grande famille[536],» les veuves qui cherchent en Dieu et dans la
charité les seules consolations que puisse laisser le déchirement des
affections humaines. Sans former de voeux, sans habit religieux, elles
recueillent des femmes atteintes des plaies les plus repoussantes, les
plus infectes, et ces plaies, ce sont elles qui les pansent de leurs
propres mains. Voilà ce que la charité chrétienne donne de courage
physique! Et voici maintenant ce qu'elle donne de courage moral.

[Note 536: _Manuel des oeuvres_.]

Parmi les communautés qui s'occupent spécialement des oeuvres
pénitentiaires et au nombre desquelles j'aime à placer le nom des sours
de Marie-Joseph et de Notre-Dame-du-Bon-Pasteur, «des dominicaines
appartenant aux premières familles de France, ne se bornent pas à
recueillir les libérées des prisons, disais-je ailleurs. Avec une
charité vraiment sublime et qui confond tous nos préjugés humains, elles
ouvrent leurs rangs à celles de leurs protégées qui, après cinq années
d'épreuves, ont été jugées dignes de prendre place parmi les épouses de
Jésus-Christ. C'est au R. P. Lataste qu'est due l'inspiration de cette
oeuvre si bien nommée: l'Oeuvre des Réhabilitées, qui est également
appelée: _la Maison de Béthanie_, admirable souvenir de l'humble demeure
que visitait Jésus, et où notre Sauveur aimait à rencontrer auprès de
Marthe qui n'a jamais failli, Marie qui a péché, mais à qui il sera
beaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé[537]!»

[Note 537: Extrait de mes _Études pénitentiaires_, publiées dans la
_Défense_, en 1878, d'après les documents qui m'avaient été communiqués
par le ministère de l'intérieur.]

Ce courage qui fait surmonter à la femme française et chrétienne tous
les dégoûts physiques, toutes les répulsions morales, ce courage lui
fait braver tous les périls. Dans les hôpitaux ravagés par le choléra,
sur les barricades, sur les champs de bataille, on voit la cornette de
là soeur de charité; et sous le feu meurtrier des obus aussi bien que
sous le souffle empesté de l'épidémie, elle a trouvé de vaillantes
auxiliaires dans la société laïque.

Lors de nos récentes calamités nationales, la bravoure et le patriotisme
des femmes de France se sont montrés à la hauteur des exemples du passé.
Si Dieu n'a plus suscité parmi elles une Jeanne d'Arc, du moins elles
ont prouvé qu'elles n'étaient pas indignes d'être nées dans le pays de
l'héroïne. Nous les avons vues à Paris supporter gaiement les rudes
épreuves du siège, la famine, la bombardement. Nous les avons
vues passer les glaciales nuits d'hiver à la queue des boucheries
municipales. Nous les avons vues accepter avec intrépidité la
perspective d'une explosion qui aurait fait périr avec elles
l'envahisseur, et demeurer calmes au milieu des obus qui, en sifflant
sur leurs demeures, leur apportaient peut-être la mort. Lorsqu'un
décret décida que les femmes qu'atteindraient les obus ennemis seraient
considérées comme tombées au champ d'honneur, c'était dignement répondre
à l'enthousiasme avec lequel les assiégées de Paris partageaient, non
seulement les rigueurs, mais les périls de la guerre. Elles pouvaient
avec fierté dire cette parole que je recueillais un jour sur les lèvres
de l'une d'elles: «Eh bien! nous mourrons comme des soldats!»

Devant le péril de la patrie, la femme s'est senti une âme romaine, et
j'ai vu la mère du soldat faire passer le salut national avant même la
vie de son fils.

Quand les généreuses émotions de la guerre étrangère firent place aux
poignantes douleurs de la guerre civile, les femmes se montrèrent pour
sauver des proscrits. Heureuses celles qui purent, comme les dames de la
Halle, préserver leur pasteur de la mort!

Rappelons-le encore ici: c'est, dans l'action de la charité, c'est dans
le courage du patriotisme, c'est dans les interventions qui ont pour
objet d'arracher des innocents à la mort, c'est là surtout la vraie
mission publique de la femme, ou, pour mieux dire, c'est l'extension
même du rôle qu'elle remplit à son foyer.

Cette mission, sociale et domestique, la femme qui sait la comprendre
n'en réclame pas d'autre. Ce n'est pas elle qui prétend à l'émancipation
politique. Il lui suffit de maintenir à son foyer les traditions de
justice, de désintéressement, d'honneur chevaleresque et de généreux
patriotisme, qui font sacrifier l'intérêt personnel à la voix de la
conscience[538]. Elle sait aussi que la plus sûre manière de servir son
pays est de lui donner dans ses fils de courageux soutiens, dans ses
filles, des femmes qui seront des mères éducatrices. Et lorsqu'elle a
le bonheur d'être unie à un homme digne d'elle, elle n'a pas non plus
à songer à l'émancipation civile. Entourée de sa tendresse et de
son respect, elle vit de sa vie, elle partage avec lui l'autorité
domestique, et si la loi humaine ne lui accorde pas la plénitude de son
droit maternel, elle exerce ce droit au nom d'une loi plus haute: le
_Décalogue_.

[Note 538: C'est dans ce sens que M. de Tocqueville souhaitait que la
femme ne se désintéressât pas de la vie publique: «J'ai vu cent fois,
dans le cours de ma vie,» écrivait-il à Mme Swetchine, «des hommes
faibles montrer de véritables vertus publiques, parce qu'il s'était
rencontré à côté d'eux une femme qui les avait soutenus dans cette voie,
non en leur conseillant tels ou tels actes en particulier, mais en
exerçant une influence fortifiante sur la manière dont ils devaient
considérer en général le devoir et même l'ambition.»]

C'est la famille patriarcale telle que Dieu l'a instituée au
commencement du monde, et telle que le Christ l'a restaurée. Elle a
traversé de bien mauvais jours, et peut-être subit-elle maintenant la
crise la plus périlleuse qu'elle ait jamais eu à combattre. Ce n'est
plus seulement, comme autrefois, la corruption des moeurs qui la menace;
c'est l'ébranlement même des principes sur lesquels elle repose: Dieu,
l'indissolubilité du mariage, l'autorité paternelle. Plus que jamais il
appartient à la femme d'être à son foyer la gardienne vigilante de ces
principes. Elle ne remplit pas seulement ainsi ses devoirs d'épouse et
de mère, elle remplit une mission patriotique. Au milieu des ruines qui
nous entourent, elle protège contre l'effondrement général, la seule
pierre qui soit restée debout: la pierre du foyer. C'est sur cette
pierre seulement que pourra se reconstituer la société française.

FIN



TABLE DES MATIÈRES.


CHAPITRE PREMIER
L'ÉDUCATION DES FEMMES--LA JEUNE FILLE LA FIANCÉE
(XVIe-XVIIIe SIÈCLES)

Transformation que le XVIe siècle fait subir à l'existence de la
femme.--Le courant de la vie mondaine et le courant de la vie
domestique.--Les deux éducations.--Érudition des femmes de la
Renaissance.--Opinion de Montaigne à ce sujet.--Les émancipatrices
des femmes au XVIe siècle.--Les sages doctrines éducatrices et leur
application.--L'instruction des femmes au xviie siècle.--Les femmes
savantes d'après Mlle de Scudéry et Molière.--Suites funestes de la
satire de Molière.--L'ignorance des femmes jugée par La Bruyère,
Fénelon, Mme de Maintenon, etc.--L'éducation comprimée des jeunes
filles.--Réformes éducatrices: le traité de Fénelon sur _l'Éducation des
filles_. Mme de Maintenon à Saint-Cyr.--L'instruction professionnelle
et l'instruction primaire du XVIe au XVIIIe siècles.--Caractère de
l'ignorance des femmes du monde au XVIIIe siècle; leur éducation
automatique.--Les théories éducatrices de Rousseau et de Mme
Roland.--Les anciennes traditions.--Les résultats de l'éducation
mondaine et ceux de l'éducation domestique.--La jeune fille dans
la poésie et dans la vie réelle.--Les tendresses du foyer.--Mme de
Rastignac.--Le sévère principe romain de l'autorité paternelle.--Les
jeunes ménagères dans une gentilhommière normande.--La fille pauvre,
Mlle de Launay.--Le droit d'aînesse.--Bourdaloue et les vocations
forcées.--Condition civile et légale de la femme.--La communauté et le
régime dotal.--Marche ascendante des dots.--Mariages
d'ambition.--La chasse aux maris.--Les mariages enfantins--Mariages
d'argent.--Mésalliances.--Mariages secrets.--Les exigences du rang et
leurs victimes; une fille du régent; Mlle de Condé.--Mariages d'amour;
Mlle de Blois.--La corbeille.--Cérémonies et fêtes nuptiales.--Le
mariage chrétien.


CHAPITRE II
L'ÉPOUSE, LA VEUVE, LA MÈRE
(XVIe-XVIIIe SIÈCLES)

La femme de cour.--Le luxe de la femme et le déshonneur du
foyer.--Nouveau caractère de la royauté féminine.--Tristes résultats des
mariages d'intérêt.--Indifférence réciproque des époux.--L'infidélité
conjugale.--Légèreté des moeurs.--Veuves consolables.--Mères
corruptrices.--La femme sévèrement jugée par les moralistes.--Rareté des
bons mariages.--La femme de ménage.--La femme dans la vie rurale.--La
baronne de Chantal.--La maîtresse de la maison, d'après les écrits de la
duchesse de Liancourt et de la duchesse de Doudeauville.--La femme forte
dans l'ancienne magistrature; Mme de Pontchartrain, Mme d'Aguesseau.--La
miséricorde de l'épouse; Mme de Montmorency; Mme de Bonneval.--La vie
conjugale suivant Montaigne.--Exemples de l'amour dans le mariage.--De
beaux ménages au XVIIIe siècle: la comtesse de Gisors, la maréchale de
Beauvau.--Dernière séparation des époux.--Hommages testamentaires
rendus par le mari à la vertu de la femme.--Dispositions testamentaires
concernant la veuve.--La mère veuve investie du droit d'instituer
l'héritier.--Autorité de la mère sur une postérité souvent
nombreuse.--La mission et les enseignements de la mère.--La mère de
Bayard.--Mme du Plessis-Mornay, la duchesse de Liancourt, Mme Le
Guerchois, née Madeleine d'Aguesseau.--L'aïeule.--La mère, soutien de
famille; Mme du Laurens.--Caractère austère et tendre de l'affection
maternelle.--Mères pleurant leurs enfants.--La mère le fils réunis dans
le même tombeau.


CHAPITRE III
LA FEMME DANS LA VIE INTELLECTUELLE DE LA FRANCE
(XVIe-XVIIIe SIÈCLES)

Influence des femmes sur les arts de la Renaissance.--Leur rôle
littéraire.--Marguerite d'Angoulême.--Les Contes de la reine de Navarre
et la causerie française.--Vie de Marguerite, ses lettres et ses
poésies.--La seconde Marguerite.--_Mémoires_ de la troisième
Marguerite.--Marie Stuart.--Gabrielle de Bourbon.--Jeanne
d'Albret.--Femmes poètes du xvie siècle, la belle Cordière, les dames
des Roches, etc.--Mlle de Gournay, son influence philologique.--Les
salons du xviie siècle.--L'hôtel de Rambouillet; Corneille et les
commensaux de la _chambre bleue_.--La duchesse d'Aiguillon, protectrice
du _Cid_; écrivains et artistes qu'elle reçoit au Petit-Luxembourg.--La
marquise de Sablé et les _Maximes_ de La Rochefoucauld.--Double courant
féminin qui donne naissance aux _Caractères_ de La Bruyère.--Les
conversations d'après Mlle de Scudéry.--Relations littéraires de
Fléchier avec quelques femmes distinguées.--Les protectrices et les
amies de La Fontaine.--Anne d'Autriche protège les lettres et les
arts.--Racine et les femmes.--Productions intellectuelles des femmes du
XVIIe siècle.--Les oeuvres de Mme de la Fayette.--Les lettres de Mme de
Sévigné.--Mme de Maintenon.--Mme Dacier.--Femmes peintres au XVIIe et
au XVIIIe siècles.--Mme de Pompadour.--Femmes de lettres et salons
littéraires au XVIIIe siècle: Mme de Tencin, la cour de Sceaux; Mme de
Staal de Launay, la marquise de Lambert.--Influence des femmes du XVIIIe
siècle sur les travaux des philosophes et des savants.--Mme du Chatelet,
Mlle de Lézardière.--Le salons philosophiques; Mme Geoffrin.--Un salon
du faubourg Saint-Germain: la marquise du Deffant.--Les admiratrices de
Rousseau et de Voltaire.


CHAPITRE IV
LA FEMME DANS LA VIE PUBLIQUE DE NOTRE PAYS

Quelle a été l'influence des femmes dans l'histoire des temps
modernes.--Entre le moyen âge et la Renaissance: Jeanne Hachette et
les femmes de Beauvais; Anne de France, dame de Beaujeu; Anne de
Bretagne.--XVIe-XVIIIe siècles: Louise de Savoie et Marguerite
d'Angoulême.



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